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Makhariq frappe à la porte du PAM pour le sport… Soussi le réclame depuis 10 ans : séparez même le sport de la jeunesse

La demande de rétablissement du ministère de la Jeunesse et des Sports revient sur le devant de la scène, cette fois par l’intermédiaire de l’Union marocaine du travail, à un moment où le débat s’ouvre sur la prochaine architecture gouvernementale. Le syndicat de la Jeunesse et des Sports, affilié à l’UMT, a adressé une correspondance à la coordinatrice de la direction collective du Parti authenticité et modernité, l’appelant à prendre en considération la réhabilitation du secteur des sports au sein d’un ministère spécialisé dans la Jeunesse et les Sports.

Le syndicat ne demande pas seulement de séparer le sport de l’Éducation nationale et du Préscolaire. Il propose de nouveau de réunir la jeunesse et les sports au sein d’un département gouvernemental spécialisé, doté des ressources humaines, financières et administratives nécessaires. Son argument est que l’expérience du regroupement des deux secteurs a montré, selon son appréciation, la difficulté de gérer des dossiers dont les natures et les enjeux sont différents. L’Éducation nationale porte des charges considérables liées à l’école, aux ressources humaines, aux programmes et aux infrastructures éducatives, tandis que le sport nécessite une décision plus rapide et une gestion spécialisée des questions liées à la compétition, au professionnalisme, au sport de haut niveau, au sport pour tous, aux fédérations, aux ligues, aux clubs, aux infrastructures et à l’investissement sportif.

Mais le retour à l’ancienne formule ouvre une autre question, à laquelle la correspondance syndicale ne répond pas à elle seule : le problème résidait-il essentiellement dans la place du sport au sein du gouvernement ?

Le Maroc a effectivement connu un ministère de la Jeunesse et des Sports avant que le sport ne soit intégré au ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports. Si le ministère devait être rétabli sans modification des règles de gestion ni de la relation entre l’administration et le mouvement sportif, le changement pourrait davantage concerner l’intitulé du département que sa manière de fonctionner.

C’est précisément sur ce point que Jamal Soussi insiste depuis plusieurs années, à travers différentes propositions visant à sortir le sport d’une dépendance administrative directe : Conseil supérieur des sports, Conseil national des sports, Haut-Commissariat aux sports ou ministère spécialisé. Les appellations diffèrent, mais l’idée centrale de sa démarche reste la même : donner aux acteurs du sport eux-mêmes une place plus importante dans la définition des décisions et la gestion du secteur, tout en maintenant les responsabilités de l’État en matière de législation, de financement, de contrôle et de politiques publiques.

Soussi va plus loin avec l’idée d’une « gestion autonome » du sport, en prenant, sur le plan des principes, l’expérience du Conseil national de la presse comme point de comparaison. Il ne s’agit évidemment pas d’une équivalence institutionnelle entre la presse et le sport, mais d’une question de fond : dans quelle mesure une partie de la décision sportive pourrait-elle être confiée aux institutions et aux acteurs qui disposent de l’expertise du terrain, au lieu de rester principalement déterminée par la structure administrative ?

La loi 30-09 relative à l’éducation physique et aux sports a déjà établi un ensemble d’institutions et de compétences. Pourtant, les rapports de la Cour des comptes ont relevé des difficultés dans la mise en œuvre de plusieurs dispositions et recommandé notamment d’évaluer le cadre juridique ainsi que les relations entre les fédérations sportives et le département gouvernemental chargé des sports. La Cour a également appelé à renforcer la gestion participative et à élaborer un programme national du sport définissant les orientations, les priorités et les résultats attendus en partenariat avec les fédérations sportives.

Le problème ne semble donc pas, au regard des évaluations institutionnelles, se limiter au nom du ministère. Même dans l’architecture actuelle, le secteur des sports dispose officiellement de compétences importantes dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique sportive, l’accompagnement des fédérations, le développement du sport de haut niveau, la formation des ressources humaines, les infrastructures et le contrôle du respect des règles par les organismes sportifs.

Cela ne signifie pas pour autant que le regroupement de l’Éducation et des Sports n’a posé aucune difficulté. Le syndicat évoque un recul de la présence institutionnelle du sport, des difficultés dans le suivi de certains programmes et projets, notamment au niveau territorial, ainsi que le départ de cadres et de fonctionnaires du secteur, avec le risque, selon lui, d’une perte progressive de l’expertise administrative et technique accumulée. Une partie de ces affirmations appelle naturellement une évaluation institutionnelle plus large plutôt qu’un simple constat syndical.

La question des ressources humaines reste au cœur des critiques de Soussi. Selon lui, le sport ne peut pas être géré uniquement avec une logique administrative et l’accès de responsables à des postes de décision sans expérience réelle du sport de compétition et du sport professionnel ouvre, à ses yeux, la voie à ce qu’il qualifie de favoritisme, de clientélisme et d’arbitraire dans la gestion du secteur.

La même prudence s’impose lorsqu’il s’agit d’évaluer les résultats du sport marocain. Les réduire à un « zéro » olympique ne correspond pas aux faits : le Maroc a remporté une médaille d’or en football et une médaille de bronze en boxe aux Jeux de Paris 2024. Mais ces médailles ne suffisent pas à trancher la question plus large de la capacité du système à produire durablement des champions, pas plus qu’elles ne font disparaître les interrogations liées à la formation, à la détection, au professionnalisme, au sport scolaire, à la pratique de masse et aux infrastructures.

De son côté, le ministère avance des chiffres qui témoignent d’une progression dans plusieurs domaines de la pratique sportive. Il fait état de 470 281 licenciés auprès des fédérations sportives en 2023, de plus de 2,44 millions de bénéficiaires des programmes de sport pour tous et de 2 488 infrastructures sportives relevant du ministère. Le gouvernement a également annoncé que le nombre d’élèves bénéficiaires des activités sportives scolaires avait atteint environ 1,2 million en 2024, contre 240 800 en 2021.

La situation ne se laisse donc pas enfermer dans une opposition entre réussite et échec. Des programmes, des infrastructures et la pratique sportive progressent dans certains domaines, tandis que persistent des interrogations sur la gouvernance, les relations entre l’administration et les fédérations, la mise en œuvre du cadre juridique, la répartition des responsabilités et l’évaluation des résultats.

Si le ministère de la Jeunesse et des Sports devait effectivement être rétabli, l’enjeu ne serait donc pas seulement de récupérer une appellation ou de redistribuer les compétences. Il faudrait voir si cette nouvelle architecture permettrait réellement au sport de disposer d’une plus grande capacité de décision, et si les fédérations accepteraient en parallèle d’assumer davantage de responsabilités en matière de gestion, de résultats et de reddition des comptes.

C’est ce qui donne tout son intérêt aux éventuelles initiatives qui pourraient venir des fédérations sportives, des ligues, des clubs et des autres acteurs du terrain. La correspondance syndicale adressée à un parti politique ouvre le débat par le haut, à travers la question gouvernementale. Le débat prendrait une autre dimension si les acteurs sportifs eux-mêmes présentaient leur propre vision de ce qu’ils attendent de l’État : un ministère spécialisé, un conseil national, une formule de gestion autonome ou une combinaison de plusieurs de ces niveaux, avec une définition précise de ceux qui décident, de ceux qui exécutent et de ceux qui contrôlent.

Le rétablissement du ministère pourrait répondre à une question de positionnement politique et administratif du sport au sein du gouvernement. La question de la gouvernance, elle, ne serait pas réglée par le seul déplacement du secteur d’un ministère à un autre.

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