Le Mouvement populaire entre « rupture positive » et participation au gouvernement : Mohamed Ouzzine reporte l’arbitrage
Au moment où les contours du prochain gouvernement marocain commencent à se dessiner, le Mouvement populaire se trouve confronté à une question qui dépasse le bilan de sa participation aux élections : le parti entend-il rejoindre la prochaine majorité, choisir les bancs de l’opposition ou attendre des propositions politiques susceptibles de déterminer les conditions de sa participation à la nouvelle étape ?
Le communiqué publié à l’issue de la réunion de son bureau politique, le lundi 28 septembre 2026, n’apporte pas de réponse définitive. Le parti félicite le Parti authenticité et modernité pour être arrivé en tête des élections législatives et appelle à l’émergence d’une « alternative politique et gouvernementale » fondée sur une « rupture positive » avec l’expérience de 2021-2026. En revanche, il n’annonce officiellement ni son entrée au gouvernement ni son choix de rejoindre l’opposition.
Dans une déclaration publiée par LeBrief le mardi 29 septembre, le secrétaire général du Mouvement populaire, Mohamed Ouzzine, a indiqué que la question de la participation gouvernementale n’avait pas encore été tranchée. Il a précisé que la décision relevait du Conseil national du parti et non du seul bureau politique. L’hypothèse d’une entrée du Mouvement populaire au gouvernement reste donc ouverte, sans constituer à ce stade une décision officiellement annoncée.
Le calendrier compte également. Le 29 septembre, Fatima Zahra Mansouri, coordinatrice du leadership collectif du Parti authenticité et modernité, a été nommée cheffe du gouvernement et chargée de former la nouvelle équipe gouvernementale. Le processus politique entre ainsi dans une phase où les partis devront préciser leurs positions et leurs conditions de participation à la future majorité.
29 sièges : un poids parlementaire qui ouvre des possibilités sans déterminer le choix
Le Mouvement populaire a obtenu 29 sièges à la Chambre des représentants, selon les résultats définitifs annoncés par le ministère de l’Intérieur, ce qui le place au cinquième rang des formations représentées. D’après le communiqué de son bureau politique, ce résultat représente trois sièges supplémentaires par rapport à la législature précédente.
Cette progression lui assure une présence parlementaire susceptible d’être prise en compte dans les discussions politiques. Elle ne suffit cependant pas, à elle seule, à déterminer sa place dans le prochain dispositif gouvernemental. La participation dépendra également de la nature des accords négociés, du programme auquel le futur gouvernement s’engagera et de la disposition des différentes parties à accepter leurs conditions respectives.
Durant la campagne électorale, Hicham Rahil, membre du bureau politique du Mouvement populaire, avait expliqué que la participation du parti à une coalition gouvernementale était conditionnée par la prise en compte de son programme électoral dans le programme du gouvernement. Cette position place le contenu du projet politique au cœur des éventuelles négociations, au-delà de la seule question de l’attribution des portefeuilles ministériels.
Le communiqué du 28 septembre privilégie toutefois une autre formulation : celle d’une « rupture positive » avec l’expérience gouvernementale de 2021-2026. L’expression ouvre plusieurs pistes d’interprétation. Elle peut renvoyer à une révision de certaines pratiques gouvernementales, à un changement des priorités économiques et sociales ou encore à une nouvelle conception des rapports entre majorité et opposition.
La distinction est importante. Un parti peut défendre une réorientation des politiques publiques tout en participant au gouvernement. Il peut également porter cette même exigence depuis l’opposition. Le sens concret de la « rupture positive » dépendra donc des propositions que le Mouvement populaire formulera et des engagements qu’il cherchera à inscrire dans le programme du prochain gouvernement.
Les félicitations au PAM : une reconnaissance institutionnelle, pas encore un accord politique
En félicitant le Parti authenticité et modernité pour sa première place, le Mouvement populaire reconnaît le résultat annoncé et lui souhaite de réussir dans l’exercice des responsabilités constitutionnelles qui lui sont associées. Cette démarche ne constitue pas, en elle-même, une annonce d’alliance, pas plus qu’elle ne signifie que le parti a décidé de rejoindre la prochaine majorité.
Les élections ont produit une configuration parlementaire marquée par la présence de plusieurs formations. Le Parti authenticité et modernité a obtenu 97 sièges, le Rassemblement national des indépendants 66, l’Istiqlal 65, le Parti de la justice et du développement 54 et le Mouvement populaire 29, selon les chiffres mentionnés dans les résultats électoraux.
Ces chiffres établissent le poids parlementaire de chaque formation. Ils ne préjugent pas de la composition de la future majorité, qui dépendra des consultations politiques engagées après la désignation de la cheffe du gouvernement.
La question pratique est désormais de savoir si le Mouvement populaire abordera ces consultations avec des conditions précises et dans quelle mesure celles-ci pourront être conciliées avec les priorités des partis appelés à former la majorité. Le communiqué, à lui seul, ne permet ni de déterminer l’issue des négociations ni d’identifier avec certitude les formations qui participeront au prochain gouvernement.
Dakhla : une contestation électorale qui suit une voie juridique distincte
Lors de la même réunion, le parti a exprimé sa solidarité avec son candidat dans la circonscription de Dakhla, El Haj Sidi Slaouh El Jommani, et annoncé son soutien aux démarches légales et constitutionnelles qu’il entend engager pour contester les résultats du scrutin devant les instances compétentes. Cette position fait suite à des informations locales faisant état de possibles irrégularités.
Le dossier de Dakhla se trouve ainsi placé à côté du débat sur le positionnement gouvernemental. Le Mouvement populaire reconnaît les résultats généraux des élections et félicite le parti arrivé en tête, tout en se réservant la possibilité de contester le résultat d’une circonscription particulière par les voies légales.
Ces deux positions ne sont pas nécessairement contradictoires dès lors que la contestation porte sur des faits précis et que leur examen relève des autorités compétentes.
Une distinction reste néanmoins indispensable : l’annonce d’un recours ne constitue pas la preuve des irrégularités invoquées. Le communiqué exprime la position du parti, tandis que la réalité des faits allégués et leurs éventuelles conséquences juridiques devront être établies à partir des éléments de preuve, des procédures engagées et des décisions des instances concernées.
Participation ou opposition : le choix reste ouvert
Le communiqué du Mouvement populaire revient également sur la participation électorale, donnée à moins de 38 %, ainsi que sur le nombre de bulletins nuls et l’ampleur de l’abstention. Le parti relie ces indicateurs à la question de la confiance entre les citoyens et leurs institutions représentatives, et appelle à revoir l’expérience politique et gouvernementale qui vient de s’achever.
La traduction de ce diagnostic en un projet politique concret reste toutefois à construire. Si le parti choisit de participer au gouvernement, il devra préciser comment la « rupture positive » se traduira en mesures applicables et quels engagements sociaux et économiques il cherchera à faire inscrire dans le programme gouvernemental.
S’il choisit l’opposition, il lui appartiendra de définir l’alternative qu’il défendra au Parlement et les moyens par lesquels il entendra contrôler l’action du gouvernement et l’exécution de ses engagements.
À ce stade, le communiqué ne permet pas d’affirmer que le Mouvement populaire a annoncé son entrée au gouvernement. La déclaration de Mohamed Ouzzine indique, au contraire, que la décision n’a pas encore été prise. Le parti évalue son résultat électoral, expose des orientations politiques générales et se prépare à une nouvelle phase dont l’issue dépendra des décisions de ses instances et des négociations sur la formation de la majorité.
Selon les indications données par son secrétaire général, le Conseil national du Mouvement populaire constitue la prochaine étape interne appelée à trancher cette question. D’ici là, la participation gouvernementale demeure une possibilité politique, mais pas encore un engagement officiel.


