dimanche, août 30, 2026
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Rabat… Le PAM construit-il une nouvelle force électorale ou ne fait-il que la recomposer ?

En politique, un changement de parti n’est pas toujours important en raison du parti que l’élu quitte, mais en raison de la force qu’il emporte avec lui vers celui qui l’accueille. À Rabat, cette question prend aujourd’hui une dimension particulière, car certaines figures qui ont quitté le RNI ne rejoignent pas le PAM pour la première fois : elles y reviennent après avoir disputé les élections de 2021 sous une autre bannière.

Ce détail, qui peut sembler secondaire dans une dépêche politique, constitue pourtant une des clés pour comprendre ce qui se joue actuellement dans la capitale.

Ce samedi, Fatiha El Moudni, maire de Rabat, et Adel Atrassi, président du conseil de l’arrondissement de Souissi, ont rejoint les rangs du Parti authenticité et modernité, après avoir quitté le Rassemblement national des indépendants en juin dernier. Avec six autres élus, ils avaient annoncé leur rupture avec le RNI quelques heures après la publication par le parti de ses listes pour les prochaines élections législatives.

Mais le plus important est ailleurs : ce retour ne part pas de zéro.

El Moudni et Atrassi étaient auparavant associés au PAM avant de rejoindre le RNI et de se présenter sous ses couleurs aux élections de 2021. Leur retour actuel ne correspond donc pas à l’arrivée de nouvelles figures inconnues de la carte politique locale. Le PAM récupère des personnalités qui ont entre-temps accumulé une expérience électorale et institutionnelle au sein des instances de la capitale.

C’est là que la question change de nature.

Le PAM est-il en train de construire une nouvelle présence électorale à Rabat, ou est-il plutôt en train de recomposer une force électorale qui existait déjà au sein du conseil communal et des conseils d’arrondissements, mais qui se trouvait répartie sur une autre carte partisane ?

La différence est considérable.

Si le parti attirait des personnalités nouvelles, venues de l’extérieur du champ électoral local, il serait logique de parler d’une expansion organisationnelle classique. Mais lorsqu’il récupère des élus qui ont déjà accédé à leurs fonctions à la faveur d’un précédent scrutin, avec leur expérience locale et les réseaux qu’ils ont pu constituer depuis, le phénomène ressemble davantage à une recomposition d’une force politique existante.

Et c’est précisément ce qui rend le cas de Rabat intéressant.

En juin, le départ du RNI n’a pas concerné des personnalités marginales. Outre El Moudni et Atrassi, le groupe comprenait des vice-présidents, des présidents de commissions, le secrétaire du conseil ainsi qu’une conseillère du conseil de l’arrondissement de Souissi. Les signataires avaient expliqué leur décision par une évaluation du bilan politique et de terrain des dernières années. Mais le calendrier de cette rupture était particulièrement significatif : elle intervenait juste après l’annonce des candidats du RNI aux prochaines législatives.

Le calendrier compte, parce qu’à l’approche du scrutin, la valeur d’une personnalité locale ne se mesure plus seulement à sa fonction dans une assemblée existante. Un élu qui dispose d’une implantation dans un quartier, d’un réseau de relations locales et d’une capacité de mobilisation peut devenir beaucoup plus précieux au moment où les partis passent de la gestion d’un conseil constitué à la recherche de voix dans les urnes.

C’est pourquoi il serait insuffisant de lire ce qui s’est passé uniquement comme une crise interne au RNI.

La vraie question est de savoir ce qu’est devenue la force politique qui se trouvait à l’intérieur du conseil après le départ de ceux qui l’incarnaient.

C’est à ce moment que le PAM entre dans l’équation.

Le parti n’était d’ailleurs pas absent de Rabat. Mohamed Mehdi Bensaid se présente dans la circonscription de Rabat-Agdal, tandis que la présence du PAM dans la capitale repose également sur des figures qui ont déjà occupé des fonctions électives dans cette zone.

Le retour d’El Moudni et d’Atrassi ne se produit donc pas sur un terrain vierge. Il intervient au-dessus d’un dispositif politique déjà existant, alors même que la carte électorale de la capitale est en train de bouger rapidement.

Le parcours d’Abdelfettah El Aouni illustre une autre facette du même mouvement. Figure du PAM à Rabat, El Aouni a récemment rejoint le Parti de l’Istiqlal, ajoutant un nouveau déplacement à une compétition où les formations cherchent chacune à préserver ou renforcer leurs relais dans les circonscriptions les plus disputées de la capitale.

La scène devient alors beaucoup moins simple que ne le laisse entendre la formule « le PAM attire les élus ».

Le mouvement ne va pas dans une seule direction.

Des personnalités quittent le RNI pour rejoindre le PAM, d’autres quittent le PAM pour l’Istiqlal, tandis que chaque formation tente de sécuriser ses candidats et ses réseaux dans les circonscriptions qui pèseront sur la physionomie politique de Rabat après le scrutin de septembre.

L’arrondissement de Hassan est lui aussi entré dans une autre séquence après la décision judiciaire ayant conduit à la destitution de son président, Idriss Razi, affilié au RNI. Les tensions autour de la majorité et de la présidence avaient précédé le volet judiciaire et montrent, elles aussi, à quel point la composition des conseils locaux peut être affectée par des facteurs qui dépassent la seule compétition électorale.

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Ces évolutions ne produisent pas nécessairement, à elles seules, une nouvelle carte électorale. Elles montrent toutefois que l’ancienne carte n’est plus aussi stable.

C’est toute la différence.

La politique locale ne change pas simplement parce que le nom d’un parti apparaît à côté de celui d’un élu. La véritable valeur d’un changement d’étiquette apparaît lorsqu’on sait ce qui se déplace avec lui : des voix, un réseau militant, une implantation dans les quartiers, une capacité de mobilisation ou simplement un siège dans une assemblée élue cinq ans auparavant.

À ce stade, rien ne permet d’affirmer que chaque transfert observé à Rabat se traduira automatiquement par des voix lors du prochain scrutin. L’expérience électorale invite même à se méfier de cette lecture trop mécanique.

La circonscription de Rabat-Agdal, par exemple, a déjà montré que les rapports de force ne peuvent être réduits à la personnalité qui préside un conseil ou à l’élu qui change de parti. Les résultats électoraux précédents et les scrutins partiels ont rappelé que la solidité d’un parti repose aussi sur son implantation propre, sa capacité d’organisation et son rapport avec les électeurs.

Il serait donc prématuré de dire que « le RNI a perdu Rabat » ou que « le PAM l’a gagnée ».

La formule la plus juste est peut-être plus simple : la force politique au sein de la capitale commence à se déplacer avant même que les électeurs ne se déplacent.

Et le PAM dispose désormais d’une possibilité particulière : transformer le retour de personnalités disposant d’une expérience locale en véritable avantage électoral. S’il parvient à articuler ces figures avec son propre dispositif organisationnel et avec les relais dont il dispose déjà à Rabat, il ne se contentera peut-être pas de récupérer des élus ; il pourrait commencer à recomposer un bloc électoral plus cohérent qu’auparavant.

Mais l’autre scénario reste parfaitement possible.

Les partis peuvent réussir à redistribuer les élus, les postes et les équilibres internes sans modifier profondément la géographie des votes. Dans ce cas, ce qui s’est passé à Rabat aura surtout été une recomposition des élites locales plutôt qu’une véritable transformation électorale.

C’est précisément ce que les prochaines semaines permettront de mesurer.

Les élections vont tester une donnée que les conseils actuels ne peuvent pas établir : l’électeur a-t-il suivi l’élu ?

Si la réponse est oui, alors les mouvements actuels auront constitué le début d’une véritable recomposition de la carte électorale de la capitale.

Si les voix restent là où elles étaient, il apparaîtra au contraire qu’une partie de ce qui semblait être un grand bouleversement partisan n’était qu’un déplacement à l’intérieur du même personnel politique local.

À Rabat, la bataille ne porte donc pas seulement sur celui qui préside un conseil ou sur le parti auquel appartient tel ou tel élu. Elle porte sur une question plus profonde : qui est capable de transformer une présence dans les conseils en présence dans les urnes ?

C’est ce qui donne au retour de Fatiha El Moudni et d’Adel Atrassi au PAM une portée qui dépasse le simple fait partisan.

Il s’agit d’un test.

Le PAM peut-il récupérer des personnalités qui ont été les siennes, et récupérer avec elles la force électorale qui les avait portées, ou ne récupère-t-il finalement que des positions qui s’étaient éloignées de lui ?

La réponse ne viendra pas des communiqués des partis.

Elle apparaîtra lorsque les transferts de personnes cesseront et que commencera le mouvement des voix.

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