Les consultations pour la formation du prochain gouvernement ont débuté par une rencontre tenue mardi matin à Rabat entre Fatima Zahra Mansouri, cheffe du gouvernement désignée et chargée de former son équipe, et une délégation du Rassemblement national des indépendants (RNI), conduite par son président, Mohamed Chouki. À l’issue de cette réunion, Chouki a retenu trois messages pour exprimer la position de son parti : la clarté et la franchise des échanges, les félicitations adressées à Mansouri pour sa désignation et l’assurance que la contribution du RNI à la prochaine étape tiendra compte de « l’intérêt supérieur de la nation ».
Ces déclarations fixent le ton que le président du RNI a choisi de donner à cette première étape des consultations. Elles ne permettent toutefois pas de savoir si la rencontre a porté sur la participation de son parti à la future majorité gouvernementale, sur la nature des responsabilités qu’il pourrait exercer ou sur les conditions auxquelles il subordonnerait son entrée au gouvernement. La déclaration rendue publique évoque un dialogue responsable et une réflexion commune sur les défis à venir, sans fournir de précisions sur le contenu des négociations ni sur leurs résultats concrets.
Cette distinction est essentielle : une rencontre officielle a bien eu lieu et des déclarations ont été faites, mais les questions relatives à la composition de la prochaine majorité attendent encore des réponses précises.
Qui détient l’initiative dans les négociations ?
Cette rencontre intervient au lendemain de la désignation par le roi Mohammed VI de Fatima Zahra Mansouri comme cheffe du gouvernement chargée de former la prochaine équipe, à la suite de la première place obtenue par le Parti authenticité et modernité (PAM) lors des élections du 23 septembre.
Selon les chiffres rapportés par Reuters, le PAM a remporté 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants, contre 66 pour le RNI et 65 pour le Parti de l’Istiqlal.
Ces résultats placent Mansouri à la tête des consultations, tout en l’obligeant à rechercher des partenaires pour constituer une majorité parlementaire. L’écart entre le parti arrivé en tête et ses principaux concurrents ne supprime pas la nécessité de négocier. De même, le classement électoral ne suffit pas, à lui seul, à déterminer la configuration de la future coalition.
C’est dans ce contexte que prend place la participation de Mohamed Chouki à cette première rencontre. Le RNI aborde les discussions en tant que deuxième force parlementaire et fort de l’expérience acquise lorsqu’il dirigeait le précédent gouvernement. Ces éléments lui confèrent une position de négociation fondée sur son poids parlementaire et son expérience de gestion gouvernementale. Ils ne signifient cependant pas que sa participation au prochain exécutif est acquise, ni qu’il obtiendra nécessairement certains portefeuilles ministériels.
Dans les déclarations rapportées, Chouki n’a annoncé aucune décision définitive concernant la participation de son parti. Il n’a pas non plus exposé de conditions ni formulé de revendications précises. Il serait donc prématuré d’interpréter son invocation de « l’intérêt supérieur de la nation » comme une adhésion annoncée au futur gouvernement. Rien, dans les propos publiés, ne permet davantage d’y voir le signe d’un éloignement politique.
« Clarté et franchise » : que sait-on du contenu de la rencontre ?
Mohamed Chouki a expliqué que les deux parties avaient évoqué les défis auxquels le Maroc sera confronté et que la réunion avait permis de discuter de la vision de Mansouri pour l’avenir. Il n’a toutefois pas précisé les dossiers abordés, ni indiqué si des ententes avaient été trouvées sur le programme gouvernemental ou sur la répartition des responsabilités.
Il convient ici de distinguer le langage politique employé pour décrire le déroulement d’une réunion des résultats que l’on peut effectivement établir. Affirmer que les échanges ont été francs et transparents constitue une appréciation formulée par le président du RNI. Cette déclaration ne suffit pas, à elle seule, à démontrer qu’un accord politique a été conclu.
Les félicitations adressées à Mansouri et la qualification de sa désignation comme un moment historique, en raison de l’accession d’une femme à la tête du gouvernement marocain, relèvent également des messages publics que le RNI a choisi de mettre en avant au début des consultations.
Cette démarche n’empêche nullement le parti de conserver sa marge de négociation sur les conditions de sa participation et sur sa place au sein de la future majorité.
La question mérite d’autant plus d’attention que le pays entre dans une nouvelle séquence politique. Mansouri conduit les négociations après des élections qui ont modifié l’ordre des forces parlementaires, tandis que chaque parti doit désormais préciser le rôle qu’il entend jouer dans la nouvelle configuration. Il reste trop tôt pour déterminer si le langage de l’entente affiché lors de cette première rencontre se traduira par des accords sur le programme gouvernemental, les priorités politiques ou la répartition des portefeuilles ministériels.
Entre l’expérience du gouvernement sortant et un nouvel ordre électoral
Le RNI aborde ces consultations avec l’expérience d’un parti qui dirigeait le gouvernement sortant. Le PAM, de son côté, se retrouve en tête de la nouvelle Chambre des représentants. Cette évolution place les deux formations devant une négociation où se croisent les résultats électoraux, le bilan de la précédente expérience gouvernementale et la conception que chaque parti se fait de son rôle dans la prochaine étape.
Il serait toutefois hasardeux de supposer que le RNI rejoindra automatiquement le nouveau gouvernement au seul motif qu’il dirigeait le précédent. À l’inverse, la première place du PAM ne signifie pas que celui-ci pourra constituer sa majorité sans compromis ni accords avec les partenaires potentiels.
Pour comprendre plus précisément l’orientation des négociations, il faudra observer ce que révéleront les prochaines rencontres : les partis s’orienteront-ils vers un programme gouvernemental commun ? Quelles priorités y occuperont la première place ? Comment les responsabilités politiques et exécutives seront-elles réparties entre les différentes composantes de la majorité ?
Dans ce contexte, les comptes rendus publiés le mercredi 30 septembre font également état d’une rencontre entre Mansouri et une délégation du Parti de l’Istiqlal conduite par Nizar Baraka, après les échanges avec le RNI. La succession de ces réunions montre que les consultations se poursuivent avec les partis concernés. Elle ne constitue cependant pas, en elle-même, une preuve que la composition de la majorité a été arrêtée.
La place du Mouvement populaire, du Parti de la justice et du développement et des autres formations représentées à la Chambre des représentants demeure, elle aussi, un élément de l’équation politique en cours de formation.
Une précision chronologique s’impose néanmoins : le texte initial présente la rencontre avec le RNI comme ayant eu lieu mardi matin, alors que les comptes rendus publiés le 30 septembre 2026 indiquent qu’elle s’est tenue le mercredi, après la désignation de Mansouri intervenue le mardi 29 septembre.
Pour l’heure, Mohamed Chouki a exprimé une position publique marquée par les félicitations et la référence à la responsabilité nationale, sans annoncer de décision définitive sur la participation de son parti au prochain gouvernement.
La portée réelle de cette déclaration apparaîtra plus clairement lorsque les consultations dépasseront les formules employées pour qualifier les rencontres et feront connaître les accords qui détermineront la composition et les orientations du prochain exécutif.


