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Ouzine après sa rencontre avec Mansouri : le Mouvement populaire entre « rupture positive » et épreuve de la participation gouvernementale

Les déclarations de Mohamed Ouzine, secrétaire général du Mouvement populaire, à l’issue de sa rencontre avec Fatima-Zahra Mansouri, chargée de former le gouvernement, placent le débat sur la prochaine étape au-delà de la seule question de la place du parti dans la majorité ou dans l’opposition : qu’est-ce qui doit réellement changer dans la conduite des affaires publiques pour que les mêmes dysfonctionnements ne se prolongent pas sous de nouveaux intitulés ?

Ouzine a parlé de la nécessité d’opérer une « rupture positive » avec la période précédente et d’éviter de consacrer un « Maroc à deux vitesses ». Il a également évoqué la situation des jeunes qui restent en dehors du système social, les enjeux du développement territorial intégré ainsi que les dossiers stratégiques auxquels le Royaume est confronté. Des messages qui replacent le bilan de la période écoulée et la définition des priorités futures au cœur du débat, sans pour autant trancher, dans les propos disponibles, la question de la place que le Mouvement populaire entend occuper dans la nouvelle configuration gouvernementale.

L’expression choisie par le secrétaire général du parti mérite que l’on s’y arrête. Parler de « rupture positive » suppose qu’il existe des éléments qu’il faudrait dépasser, mais le propos ne précise pas, à ce stade, s’il s’agit d’une révision des politiques publiques, d’un changement dans les méthodes de leur mise en œuvre ou d’une nouvelle hiérarchisation des priorités sociales et territoriales. La différence entre ces hypothèses est importante, car une rupture politique peut rester une formule générale si elle ne se traduit pas par des engagements concrets, mesurables et susceptibles d’être évalués.

Du positionnement du parti à la question de la responsabilité

Dans ce contexte, l’affirmation d’Ouzine selon laquelle l’intérêt national doit primer sur la position occupée dans la majorité ou dans l’opposition prend une dimension particulière dans le cadre des consultations gouvernementales. Le Mouvement populaire s’est rendu au siège du Parti authenticité et modernité à l’invitation de Mansouri et y a présenté sa vision des priorités de la prochaine étape. Mais cette présence à la table des consultations ne suffit pas, à elle seule, à établir que le parti a arrêté sa décision de participer au gouvernement.

Ouzine a lié la position de son parti sur la prochaine étape à la nécessité d’évaluer les résultats des élections et les conclusions des consultations. Il faut donc distinguer la disposition à contribuer à la gestion des affaires publiques d’un accord définitif pour rejoindre une majorité gouvernementale, adopter un programme commun et participer à la répartition des responsabilités. Ces questions ne sont pas tranchées par un discours de félicitations ou par l’affirmation d’une volonté de servir le pays ; elles se précisent au fil des négociations politiques.

Ces consultations interviennent après les élections du 23 septembre 2026, au terme desquelles le Parti authenticité et modernité est arrivé en tête avec 97 sièges sur 395, selon Reuters. Le parti doit donc construire une majorité parlementaire permettant la formation du gouvernement. Les positions des autres formations deviennent ainsi un élément de l’équation des négociations, même si le nombre de sièges ne permet pas, à lui seul, de connaître le contenu des accords susceptibles d’être conclus.

Pour le Mouvement populaire, cette configuration ouvre un espace pour défendre ses demandes et son programme, mais elle l’oblige aussi à préciser ce qu’il entend obtenir d’une éventuelle participation. Entrer au gouvernement donnerait au parti la possibilité de contribuer directement aux décisions, tandis qu’une position dans l’opposition lui permettrait d’exercer un rôle de contrôle et d’interpellation de la majorité. En affirmant que la patrie demeure au-dessus de la position politique, Ouzine laisse ouvertes les deux possibilités sans annoncer, à ce stade, celle que la direction du parti retiendra.

Jeunesse et développement territorial : l’épreuve qui attend le gouvernement

L’un des éléments les plus significatifs du propos d’Ouzine réside dans son passage du débat politique à la situation des jeunes qui se trouvent en dehors du système social. Cette catégorie, selon les déclarations faites à l’issue de la rencontre, figurait parmi les sujets sur lesquels la délégation du Mouvement populaire a entendu la vision de Mansouri.

Mais les propos rendus publics ne détaillent ni la nature des solutions évoquées, ni les programmes envisagés, ni les mécanismes qui seraient mobilisés pour intégrer ces jeunes. À ce stade, il s’agit donc davantage de l’affirmation d’une priorité politique que de l’annonce d’un dispositif précis concernant l’emploi, la formation, la protection sociale ou la participation économique.

La question prend une autre dimension lorsqu’elle est rapprochée du développement territorial intégré également évoqué par Ouzine. Les disparités entre territoires ne se mesurent pas uniquement au volume des investissements ou au nombre de projets réalisés. Elles concernent aussi l’accès à l’emploi, à la formation et aux services essentiels. Une région peut ainsi bénéficier de nouvelles infrastructures sans que leurs effets se traduisent dans les mêmes proportions sur les opportunités offertes à sa population, notamment aux jeunes.

C’est dans ce cadre qu’Ouzine a repris l’expression d’un « Maroc à deux vitesses », déjà présente dans le débat public autour des disparités sociales et territoriales. Mais sa réduction suppose davantage qu’une simple répartition géographique des projets. Il faut pouvoir déterminer si les investissements atteignent effectivement les territoires les moins favorisés, s’ils créent des activités économiques durables et comment leurs effets se répartissent entre les populations.

La difficulté tient également au fait que le développement territorial intégré exige une coordination entre plusieurs niveaux de décision, du gouvernement aux collectivités territoriales, ainsi que des financements, des compétences et une capacité réelle à mettre les projets en œuvre dans les délais. Sans indicateurs permettant de mesurer les résultats, il devient difficile de distinguer une réduction effective des disparités de la simple reconduction de programmes sous de nouvelles appellations.

Autonomie et enjeux extérieurs

La rencontre a également porté sur la question de l’autonomie, la position géostratégique du Maroc et les défis qui entourent le Royaume. Ces dossiers sont de nature différente de ceux liés à l’emploi ou au développement social, mais ils relèvent aussi des responsabilités du prochain gouvernement dans la poursuite des orientations stratégiques du Royaume et dans la gestion des transformations régionales et internationales.

Le compte rendu rendu public ne fournit toutefois pas suffisamment d’éléments pour identifier de nouvelles propositions issues de cette rencontre sur ces dossiers. Il serait donc prématuré de considérer leur présence dans les discussions comme l’annonce d’un changement dans la politique étrangère ou d’une nouvelle approche de la question de l’autonomie.

La même prudence s’impose concernant les propos d’Ouzine sur le respect de la méthodologie démocratique et des dispositions constitutionnelles et légales. Le secrétaire général du Mouvement populaire a présenté la désignation de Mansouri comme conforme à cette logique, compte tenu de son appartenance au parti arrivé en tête des élections. Il s’agit d’une position exprimée dans le contexte des félicitations adressées à la cheffe du gouvernement chargée de sa formation, tandis que la prochaine étape reste liée à la poursuite de la procédure constitutionnelle de formation du gouvernement.

La dimension féminine de cette désignation a également occupé une place importante dans les déclarations d’Ouzine. Il y voit un signal concernant la place accordée aux femmes marocaines et la possibilité d’élargir leur présence dans les lieux de décision. La nomination d’une femme à la tête du gouvernement possède incontestablement une dimension institutionnelle et symbolique. Mais sa portée concrète dépendra aussi de l’ampleur de la participation des femmes aux différents niveaux de responsabilité et de leur capacité effective à contribuer à la définition et à la conduite des politiques publiques.

À l’issue de la rencontre, Ouzine a félicité Mansouri pour la confiance royale qui lui a été accordée et lui a souhaité réussite et succès dans ses futures fonctions, tout en exprimant l’espoir que l’ensemble des forces politiques soient à la hauteur des attentes, qu’elles se retrouvent dans la majorité ou dans l’opposition.

La « rupture positive » reste ainsi, pour l’instant, une formule politique qui résume une attente davantage qu’elle ne décrit encore un programme. Sa portée réelle se mesurera aux décisions du prochain gouvernement, à la manière dont il traitera les disparités sociales et territoriales et à sa capacité à transformer les priorités annoncées en résultats que les citoyens pourront constater et sur lesquels les responsables pourront être évalués.

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