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El Moudni, Atrassi et Zaidi… trois poids lourds que le PAM réunit avant la bataille de la capitale

Dans la politique électorale marocaine, le passage d’une personnalité connue d’un parti à un autre n’est pas toujours un simple changement d’étiquette. Parfois, le mouvement lui-même constitue un message adressé aux appareils politiques avant même de l’être aux électeurs.

C’est ce que semble traduire le retour de Fatiha El Moudni, maire de Rabat, et d’Adel Atrassi, président de l’arrondissement de Souissi, au sein du Parti authenticité et modernité (PAM), parallèlement à l’adhésion de Souad Zaidi au parti dans la province de Benslimane, à un moment où la carte électorale des prochaines législatives commence déjà à se dessiner.

Ce qui retient l’attention n’est donc pas seulement le passage de trois personnalités vers le PAM. C’est surtout le fait que le parti récupère, à travers cette opération, des figures disposant déjà d’une expérience électorale et de gestion locale, alors que les formations politiques semblent de plus en plus concentrées sur la consolidation de leurs positions territoriales avant le scrutin du 23 septembre.

Pour El Moudni et Atrassi, le retour comporte une dimension supplémentaire. Aucun des deux n’est un nouveau venu au PAM. Ils y avaient déjà exercé des responsabilités politiques à Rabat avant de rejoindre le Rassemblement national des indépendants (RNI) et de se présenter sous ses couleurs lors des élections de 2021.

Mais l’épisode RNI s’est achevé d’une manière bien différente de la façon dont il avait commencé.

Le 5 juin dernier, quelques heures seulement après l’annonce par le parti de ses candidats aux élections législatives dans les circonscriptions de Rabat, Fatiha El Moudni et Adel Atrassi, accompagnés de six autres élus, avaient annoncé leur retrait du RNI et leur abandon de l’activité politique et électorale au sein de cette formation.

Dans leur communiqué, les signataires évoquaient notamment une réflexion approfondie, une évaluation de leur expérience et une décision prise après examen de plusieurs éléments.

Le calendrier était peut-être plus révélateur que la formulation du communiqué elle-même.

Le retrait intervenait en effet immédiatement après l’annonce des listes de candidats du parti. Certains articles de presse avaient alors rapproché cette évolution des tensions autour des investitures et des calculs électoraux dans la capitale. Cette lecture est toutefois restée du domaine de l’analyse médiatique et ne peut être présentée comme une explication officiellement établie par les intéressés.

Moins de trois mois plus tard, les deux élus retrouvent donc le parti dont ils avaient déjà été membres.

C’est à ce moment que la signification de l’épisode change.

Pour le PAM, il ne s’agit pas simplement de recruter de nouveaux militants. Le parti récupère des personnalités déjà implantées dans les réseaux d’élus locaux de la capitale, qui connaissent les équilibres des conseils communaux, les réalités territoriales et les rapports de force locaux. Le retour d’El Moudni et d’Atrassi lui permet ainsi de retrouver une présence politique et électorale qui aurait demandé davantage de temps à construire à partir de nouveaux profils.

L’enjeu est particulièrement important à Rabat, où la compétition électorale ne se résume pas aux noms figurant sur les bulletins. Elle repose aussi sur les réseaux d’élus, les implantations locales, les relations constituées au fil des mandats et la capacité à transformer une présence institutionnelle en influence électorale.

Mais l’histoire d’El Moudni et d’Atrassi ne commence pas avec leur départ du RNI. Tous deux avaient déjà quitté le PAM en 2021, dans une période marquée par de nombreux mouvements de responsables politiques à l’approche des élections, avant de rejoindre le RNI.

Autrement dit, ce qui peut apparaître aujourd’hui comme un simple passage d’un parti à un autre s’inscrit dans une dynamique plus large : à l’approche des élections, les personnalités disposant d’une implantation locale deviennent elles-mêmes des éléments mobiles de la carte politique.

L’arrivée de Souad Zaidi apporte une autre dimension à cette recomposition.

Zaidi n’est pas non plus une inconnue du paysage politique. Après avoir quitté l’Union socialiste des forces populaires, elle avait rejoint le Parti du progrès et du socialisme en 2016 et s’était présentée sous ses couleurs aux élections législatives, avant d’être élue députée dans le cadre de la liste nationale réservée aux femmes.

En 2021, elle avait ensuite participé aux élections sous les couleurs du Mouvement populaire dans l’arrondissement de Souissi à Rabat. Elle rejoint désormais le PAM à partir de la province de Benslimane, selon les informations actuellement publiées.

Son parcours ne doit donc pas être considéré comme une simple succession d’adhésions. Il illustre aussi la mobilité de certaines figures politiques entre des formations différentes, en fonction des territoires, des échéances électorales et des nouvelles configurations de candidature.

Et Benslimane n’est pas un terrain neutre.

La province connaît déjà une mobilisation politique précoce autour des candidatures et des rapports de force en vue du scrutin du 23 septembre. Dans ce contexte, l’arrivée de Zaidi peut être lue comme une pièce supplémentaire dans une compétition territoriale qui a commencé bien avant l’ouverture officielle de la campagne.

Il serait toutefois excessif d’en déduire que le PAM aurait déjà sécurisé certains sièges ou arrêté les résultats dans les circonscriptions concernées. Les mouvements actuels ne permettent pas une telle conclusion.

Ce que les faits permettent de constater, en revanche, c’est que le parti reconstitue une partie de son capital humain et électoral sur deux espaces qui présentent un intérêt politique évident : Rabat et Benslimane.

C’est là que commence le véritable test.

Le PAM pourra-t-il transformer le retour de ces personnalités en influence électorale réelle ?

Une figure connue apporte avec elle une expérience, des relations et une implantation. Mais elle apporte également toute son histoire politique. Changer de parti ne signifie pas effacer les positions précédentes, les relations nouées ou les rapports construits avec les électeurs. Et surtout, rien ne garantit automatiquement que l’électorat suive la personnalité qui change d’étiquette.

C’est pourquoi les prochaines semaines seront probablement plus importantes que l’annonce elle-même.

Ce qui se joue actuellement à Rabat et à Benslimane traduit l’entrée dans une phase où le repositionnement politique devient déjà une partie de la compétition électorale. Les partis n’attendent plus le jour du scrutin pour mesurer leurs forces. Ils les testent dès maintenant à travers le recrutement de personnalités, la recomposition des réseaux, les négociations autour des investitures et la consolidation des territoires considérés comme stratégiques.

Si le PAM a choisi, à ce moment précis, de récupérer El Moudni et Atrassi et d’accueillir Souad Zaidi, le message le plus important n’est donc peut-être pas que trois responsables ont changé de formation.

C’est que la bataille pour la prochaine carte électorale a déjà commencé.

Reste à savoir ce qui sera réellement transféré avec ces personnalités : leur expérience, leurs réseaux, leur influence locale… ou simplement leur nom.

La réponse, cette fois, ne sera pas donnée dans les sièges des partis. Elle viendra des urnes.

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