À l’issue de sa rencontre avec Fatima Zahra Mansouri, chargée de former le prochain gouvernement, Driss Lachguar, Premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), n’a livré aucun élément permettant de conclure à un accord sur la participation de son parti à la future majorité. Pas de position officielle sur une éventuelle entrée au gouvernement, pas de conditions de négociation rendues publiques, pas davantage d’indications sur les portefeuilles ministériels ou les contours d’une alliance.
La formule retenue par le dirigeant socialiste est restée volontairement réservée : les échanges intervenus lors de cette rencontre « resteront sous le sceau de la confidentialité », jusqu’à ce que Fatima Zahra Mansouri achève ses consultations avec l’ensemble des partis politiques.
Dans les négociations gouvernementales, la discrétion est une pratique courante. Mais le choix de cette formule, au moment où le Parti authenticité et modernité (PAM) entreprend de sonder les différentes formations politiques, mérite d’être replacé dans la séquence politique en cours. Les consultations engagées le mercredi 30 septembre s’inscrivent dans le prolongement des dernières élections législatives, qui ont placé le PAM en tête avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI), crédité de 66 sièges, et l’Istiqlal, qui en a obtenu 65.
Cette nouvelle configuration parlementaire ouvre une phase de discussions au cours de laquelle les rapports entre les partis, leurs ambitions respectives et leurs éventuelles convergences doivent encore être précisés. Dans ce contexte, le silence de Driss Lachguar sur le contenu des échanges constitue un fait politique observable. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de conclure à l’existence d’un accord ou d’un désaccord resté confidentiel.
Le Premier secrétaire de l’USFP a expliqué que la rencontre avait également été l’occasion d’évoquer « plusieurs souvenirs et événements politiques ». Une précision qui donne à l’échange une tonalité à la fois relationnelle et politique, sans permettre de déterminer jusqu’où les discussions ont porté sur la composition de la prochaine majorité.
Lachguar n’a annoncé ni l’acceptation d’une participation gouvernementale ni le rejet d’une telle perspective. Il n’a pas davantage exposé de conditions précises que son parti entendrait poser. À l’issue de la rencontre, la question de la participation de l’USFP au prochain gouvernement demeurait donc ouverte.
Le dirigeant socialiste était accompagné de Mustapha Ajab, président du Conseil national de son parti. Il a précisé que leur présence au siège du PAM répondait à une invitation de Fatima Zahra Mansouri, qu’il a tenue à féliciter pour la confiance royale dont elle a bénéficié.
Lachguar a également salué la nomination d’une femme à la tête du gouvernement, en la présentant comme une avancée dans le développement de la société marocaine vers davantage de modernité et d’égalité entre les femmes et les hommes. Il a rappelé, à cette occasion, que la question des droits des femmes occupe une place centrale dans l’identité politique de l’USFP.
Cette déclaration relève du positionnement public du parti sur la représentation des femmes et la modernisation de la société. Elle ne renseigne cependant pas sur les termes de la négociation gouvernementale. La félicitation adressée à Mansouri et la position que l’USFP adoptera sur sa participation à la majorité constituent deux registres distincts.
C’est précisément sur cette seconde question que Driss Lachguar a choisi de ne pas s’avancer.
La rencontre avec l’USFP intervenait après plusieurs autres consultations conduites le même jour par la commission mise en place par le PAM. Dans la matinée, cette commission avait reçu des délégations du RNI et de l’Istiqlal. Elle avait ensuite rencontré des représentants du Mouvement populaire, avant de s’entretenir avec les socialistes.
La succession de ces rendez-vous indique que les discussions s’inscrivent dans une démarche plus large, destinée à recueillir les positions des différentes formations politiques avant que les contours de la future majorité ne se précisent.
Pour le Mouvement populaire, la délégation reçue par la commission comprenait notamment son secrétaire général, Mohamed Ouzzine, ainsi que Hicham Rahil et Mohand Laenser. La rencontre avec l’USFP s’inscrit ainsi dans une série d’échanges successifs, plutôt que dans une négociation isolée avec un seul partenaire potentiel.
La formule employée par Lachguar prend alors un sens particulier lorsqu’il précise que les échanges resteront confidentiels « jusqu’à ce que Madame la Cheffe du gouvernement achève sa tournée auprès de l’ensemble des partis politiques ».
Le dirigeant socialiste lie explicitement la communication de son parti à l’achèvement de cette première phase de consultations. Il ne ferme pas la porte à une participation, mais ne s’engage pas non plus publiquement dans cette direction. Il laisse à la séquence en cours le temps de produire davantage de visibilité sur les positions des autres formations.
Il serait néanmoins prématuré d’interpréter cette réserve comme une stratégie de négociation déterminée. Aucun élément rendu public à l’issue de la rencontre ne permet d’affirmer que l’USFP attend une concession particulière, qu’il cherche à obtenir des portefeuilles ministériels précis ou qu’il prépare une alliance avec une formation donnée. De telles hypothèses restent possibles dans le cadre général des négociations, mais elles ne sont pas établies par les déclarations disponibles.
Le contexte électoral éclaire toutefois la place que peut occuper le parti dans les discussions. L’USFP doit désormais définir son positionnement face à une configuration parlementaire dominée par les trois formations arrivées en tête du scrutin. Sa participation éventuelle à la majorité dépendra des choix politiques qui seront arrêtés au cours des consultations, mais aussi des équilibres que les négociateurs chercheront à construire.
Dans une telle séquence, les formations qui ne disposent pas, à elles seules, d’un poids parlementaire suffisant pour déterminer la composition du gouvernement doivent préciser leur place dans un ensemble plus large. Cela ne signifie pas que leur marge de négociation soit inexistante. Cela signifie que leur position dépend aussi des rapprochements, des désaccords et des arbitrages qui se dessineront entre les principaux acteurs.
L’USFP n’est donc pas encore situé, sur la base des déclarations de Lachguar, dans un camp clairement défini pour la prochaine étape. Le parti a répondu à l’invitation du PAM, a salué la nomination de Fatima Zahra Mansouri et a participé aux consultations. Pour le reste, son choix demeure à préciser.
La commission chargée de conduire ces discussions comprend Fatima Zahra Mansouri, Abdellatif Ouahbi, Faouzi Lekjaa et Ahmed Kchichen. Sa composition inscrit les consultations dans un cadre partisan plus large qu’une simple succession de rencontres protocolaires entre la responsable chargée de former le gouvernement et les dirigeants des autres partis.
Reste à savoir ce que produiront ces échanges lorsque l’ensemble des formations auront été consultées et que les discussions entreront dans une phase plus concrète. Les déclarations publiques permettront alors de distinguer les simples marques de courtoisie, les convergences politiques et les engagements susceptibles de déboucher sur une participation gouvernementale.
Pour l’heure, Driss Lachguar s’en tient à une formule ancienne de la pratique politique marocaine : « Les réunions sont des dépôts de confiance. » Il l’utilise pour justifier la confidentialité des échanges jusqu’à la fin des consultations.
L’USFP a donc pris part aux discussions sans annoncer sa décision. Entre les félicitations adressées à Fatima Zahra Mansouri et la définition de sa place dans la future majorité, le parti conserve une question essentielle en suspens : celle de savoir ce qu’il entend faire de cette nouvelle séquence politique, une fois que les consultations auront dépassé le stade des premiers échanges.


