L’information politique la plus importante sortie de la rencontre entre Nizar Baraka et Fatima Zahra Mansouri, mercredi, n’est ni la félicitation adressée à la nouvelle cheffe du gouvernement désignée, ni la qualification de sa nomination de « moment historique ». Elle tient à un autre élément : le Parti de l’Istiqlal n’a pas encore tranché sa participation au prochain gouvernement, mais son secrétaire général a clairement renvoyé cette décision à l’instance dirigeante du parti, tout en affirmant que l’Istiqlal soutiendra l’expérience politique, quel que soit son positionnement.
Le Conseil national de l’Istiqlal doit en effet se réunir en fin de semaine pour évaluer les résultats des élections du 23 septembre et examiner « la possibilité d’entrer dans la coalition gouvernementale ».
C’est donc à ce niveau que se situe désormais l’une des prochaines étapes des consultations menées par Fatima Zahra Mansouri. Baraka n’a pas annoncé l’entrée de son parti au gouvernement. Il n’a pas non plus fermé la porte. Il a laissé les deux possibilités ouvertes, tout en précisant que, quel que soit le positionnement retenu, l’Istiqlal continuera à soutenir l’expérience politique en cours.
Entre ces deux éléments — participation non tranchée et soutien déjà affirmé — se trouve l’essentiel de la séquence actuelle.
La rencontre avec la direction du Parti Authenticité et Modernité constituait la deuxième étape des consultations de formation du gouvernement. Baraka était accompagné d’Abdeljabbar Rachidi, président du Conseil national de l’Istiqlal, ainsi que de Mohamed Ould Errachid et Abdessamad Qaiouh, membres du comité exécutif du parti.
Baraka a commencé par féliciter Fatima Zahra Mansouri pour sa désignation, qualifiant l’arrivée pour la première fois d’une femme à la tête du gouvernement de « moment historique ». Mais le contenu politique de la rencontre dépassait cette dimension symbolique.
Les discussions ont porté, selon le secrétaire général de l’Istiqlal, sur la situation politique du pays et sur les défis auxquels le Maroc doit désormais faire face.
C’est à ce moment que la question de la confiance dans l’action politique est apparue dans son discours.
Pour Baraka, cette confiance passe par une exigence assez concrète : respecter les engagements pris par les partis dans leurs programmes électoraux. Les promesses formulées pendant la campagne ne seraient donc pas seulement des instruments de compétition électorale ; elles deviennent, dans son raisonnement, l’un des critères à partir desquels l’action de la prochaine majorité pourra être jugée.
La question prend une dimension particulière au lendemain des élections du 23 septembre. Le PAM est arrivé en tête avec 97 sièges, devant le RNI avec 66 et l’Istiqlal avec 65, dans une Chambre des représentants composée de 395 sièges. Aucun parti ne dispose donc, à lui seul, de la majorité absolue.
La formation du prochain gouvernement dépendra par conséquent d’accords entre plusieurs formations politiques.
Dans ce contexte, la référence de Baraka à la « confiance » ne se limite pas à une déclaration générale sur la relation entre les citoyens et les partis. Elle intervient au moment précis où les formations politiques doivent transformer leurs résultats électoraux en accords de gouvernement, puis ces accords en politiques publiques.
Le secrétaire général de l’Istiqlal a particulièrement insisté sur les questions sociales et sur la jeunesse. Selon lui, le respect des engagements pris dans ces domaines doit contribuer à restaurer la confiance et à ouvrir de nouvelles perspectives.
L’emploi, l’investissement, le pouvoir d’achat et l’élargissement de la classe moyenne figurent parmi les priorités qu’il a citées.
Il y a là un élément qui mérite d’être suivi dans les prochaines discussions : le contenu des programmes électoraux pourrait devenir l’un des terrains sur lesquels se négociera la participation des partis au prochain gouvernement.
Baraka n’a pas présenté l’Istiqlal comme un parti uniquement préoccupé par sa place dans l’architecture gouvernementale. Il a également évoqué la nécessité de passer de la logique de compétition électorale à celle d’une « mobilisation globale » autour des défis stratégiques, économiques et sociaux du pays.
La question de l’intégrité territoriale reste, dans ce cadre, une constante du discours du parti. Baraka a réaffirmé que l’Istiqlal continuerait à défendre la cause nationale et ce qu’il a qualifié de « constantes nationales ».
Mais les consultations gouvernementales ne se jouent pas uniquement dans les déclarations publiques.
Pour l’Istiqlal, le prochain rendez-vous déterminant sera celui du Conseil national. C’est là que le parti doit examiner officiellement son bilan électoral et la possibilité de rejoindre la coalition gouvernementale.
Baraka, malgré sa position de secrétaire général, n’a donc pas présenté la participation comme une décision déjà prise. Il a renvoyé le choix à l’instance partisane appelée à en débattre.
Ce point est important pour éviter de transformer une déclaration d’ouverture en annonce politique définitive.
Car la formule utilisée par Baraka laisse au parti une marge de manœuvre considérable. S’il rejoint le gouvernement, l’Istiqlal fera partie de la majorité. S’il reste dans l’opposition, il affirme néanmoins qu’il continuera à soutenir l’expérience politique.
Il faudra donc attendre la décision du Conseil national plutôt que considérer les déclarations de mercredi comme une confirmation anticipée de l’entrée de l’Istiqlal au gouvernement.
Dans l’arrière-plan des consultations, une autre question reste entière : quelle sera exactement la composition de la future majorité ?
Le PAM, arrivé en première position, doit nécessairement rechercher des partenaires pour atteindre une majorité parlementaire. Avec ses 65 sièges, l’Istiqlal dispose d’un poids parlementaire significatif dans cette équation, mais les conditions d’une éventuelle participation n’ont, à ce stade, pas été rendues publiques.
C’est pourquoi la référence de Baraka au respect des engagements pourrait prendre une portée plus concrète dans les prochains jours. Elle pourrait rester un discours général sur la restauration de la confiance. Elle pourrait aussi devenir un élément du débat sur le contenu même de la participation gouvernementale : quels engagements seront retenus par la future majorité, quelles priorités seront inscrites dans son programme et quelles garanties les partis chercheront-ils avant de s’engager ?
Pour l’instant, la réponse n’est pas venue de la réunion avec la direction du PAM.
Elle doit désormais passer par le Conseil national de l’Istiqlal, appelé à examiner à la fois le résultat électoral du parti, la situation politique nouvelle et la possibilité d’entrer dans le gouvernement.
D’ici là, la position de l’Istiqlal reste dans cet espace intermédiaire entre participation et soutien extérieur au gouvernement.
Et c’est précisément dans cet espace que Nizar Baraka a choisi, pour l’instant, de laisser la décision ouverte.


