dimanche, septembre 20, 2026
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Les élections de mi-mandat américaines pèsent sur les calculs du Maroc : pourquoi Rabat agit-elle avant novembre ?

L’annonce, à New York le 16 septembre, de la décision du Maroc et d’Israël de porter leurs relations diplomatiques au niveau des ambassades n’était pas un événement isolé de l’activité diplomatique américaine de ces derniers jours. L’accord a été annoncé en présence du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, de son homologue israélien, Gideon Saar, et sous les auspices de l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Michael Waltz. Il prévoit, outre la rehausse du niveau de représentation diplomatique, des mesures concernant les liaisons aériennes ainsi que la coopération économique et les investissements.

Le moment choisi est tout aussi révélateur que le contenu de l’accord. Les États-Unis se dirigent vers les élections de mi-mandat du 3 novembre, après lesquelles la composition actuelle du Congrès pourrait profondément changer. Or le dossier marocain, et particulièrement la question du Sahara, ne passe pas à Washington uniquement par la Maison-Blanche. Le Congrès joue également un rôle important dans les textes législatifs, les crédits budgétaires, la défense et certains volets de la politique étrangère.

Pour Rabat, les prochains mois ressemblent donc davantage à une période de consolidation qu’à une période d’attente.

Le Congrès actuel reste contrôlé par les républicains, mais l’écart à la Chambre des représentants demeure suffisamment étroit pour que quelques sièges puissent modifier l’équilibre. Les données officielles montrent une majorité républicaine étroite, tandis que plusieurs sièges ont connu des changements ou restent vacants. Au Sénat, les républicains disposent de 53 sièges contre 47 pour les démocrates et les indépendants qui votent avec leur groupe.

Cette configuration ne garantit cependant pas sa propre continuité après novembre.

Les élections de 2026 renouvelleront les 435 sièges de la Chambre des représentants ainsi que 35 des 100 sièges du Sénat. Le nouveau Congrès commencera son mandat en janvier 2027. La question ne porte donc pas seulement sur le changement éventuel d’une majorité parlementaire. Elle concerne aussi la capacité de la future majorité à agir sur les budgets, les autorisations, les commissions, les nominations et le contrôle exercé sur l’exécutif.

Le Maroc connaît bien cette mécanique.

La question du Sahara n’est plus, pour Rabat, un dossier diplomatique séparé de l’ensemble de la relation américano-marocaine. La reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, annoncée à la fin du premier mandat de Donald Trump, a constitué un tournant majeur dans cette relation. Depuis lors, cette position américaine s’est inscrite dans un environnement institutionnel plus large, où les équilibres au Congrès restent importants.

C’est ce qui donne aux élections de novembre une dimension particulière pour Rabat.

Le Congrès américain a connu ces dernières années plusieurs initiatives et textes concernant le Maroc et le Sahara, tandis que des parlementaires républicains ont régulièrement affiché leur soutien à la position marocaine. Mais réduire cette dynamique au seul Parti républicain conduirait à une lecture incomplète.

Le Parti démocrate lui-même connaît une transformation visible, et certaines primaires ont fait émerger des candidats plus jeunes et plus progressistes, parfois éloignés du profil des élus démocrates traditionnels avec lesquels Rabat avait l’habitude de travailler.

À New York, Zohran Mamdani, devenu maire en janvier 2026, s’est imposé comme l’un des visages les plus visibles du courant socialiste démocratique au sein du Parti démocrate. Il a également utilisé son influence dans les primaires pour soutenir des candidats progressistes.

Dans le Michigan, la surprise a été encore plus significative au niveau du Sénat. Abdul El-Sayed, figure progressiste soutenue notamment par Bernie Sanders, a remporté la primaire démocrate et est devenu le candidat du parti pour le siège sénatorial. Le qualifier directement de « socialiste démocratique » serait toutefois imprécis : les sources américaines le situent plutôt dans le courant progressiste, même s’il bénéficie du soutien de responsables et de réseaux socialistes démocratiques.

Cette nuance compte, car le changement au sein du Parti démocrate ne se limite pas à un renouvellement de noms. Certains des nouveaux candidats portent des positions plus critiques à l’égard d’Israël et de la politique américaine au Moyen-Orient, alors que la guerre dans la région est devenue un facteur de débat à l’intérieur même du Parti démocrate.

El-Sayed affrontera désormais le républicain Mike Rogers dans le Michigan. Un sondage Washington Post/George Mason University publié le 17 septembre le donnait à 48 % contre 45 %, un écart inférieur à la marge d’erreur de 3,9 points. Il s’agit donc d’une mesure d’un rapport de forces à un moment donné, et non d’un résultat électoral établi.

À la Chambre, les indicateurs nationaux dessinent un autre tableau.

La moyenne de Silver Bulletin publiée le 16 septembre donnait aux démocrates une avance de 7,5 points dans le « generic congressional ballot », portée à 8,2 points après ajustement selon les électeurs considérés comme les plus susceptibles de voter. Ces chiffres mesurent l’intention de vote nationale et ne correspondent pas directement au nombre de sièges que chaque parti obtiendra.

C’est dans les circonscriptions réellement disputées que la lecture devient plus complexe. Un sondage du Cook Political Report portant sur 1 052 électeurs susceptibles de voter dans 37 circonscriptions compétitives, entre le 8 et le 11 septembre, donnait 49 % aux démocrates contre 47 % aux républicains.

Le passage du vote national aux circonscriptions explique une partie de l’incertitude. Une avance nationale ne se transforme pas mécaniquement en majorité parlementaire. Au Sénat, le calcul est encore différent puisque chaque siège se joue à l’échelle d’un État.

Pour le Maroc, attendre le résultat de novembre avant de reconstruire ses relations avec Washington comporterait donc une difficulté évidente : les réseaux politiques et institutionnels se construisent sur la durée, alors que les majorités parlementaires peuvent changer en quelques heures de dépouillement.

C’est dans cette perspective que le mouvement diplomatique actuel peut être lu, sans qu’il soit nécessaire d’y voir la preuve d’un arrangement secret.

La décision annoncée à New York élargit le champ des intérêts liant Rabat, Washington et Tel-Aviv. La reprise et l’élargissement des liaisons aériennes, la coopération économique, les investissements et les visites de haut niveau figurent parmi les éléments annoncés, tandis que Washington a réaffirmé son attachement au cadre des Accords d’Abraham.

En revanche, les informations selon lesquelles ces arrangements seraient directement liés à la résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara ou à des contrats d’armement doivent être traitées avec prudence. Des sources et médias marocains ont évoqué des discussions plus larges incluant Washington, le Sahara et la défense, mais ces éléments ne figurent pas dans le texte public de l’annonce tripartite.

Le fait le plus solide demeure le calendrier.

Le Conseil de sécurité doit examiner la question du Sahara en octobre. Quelques semaines plus tard, les électeurs américains se rendront aux urnes pour renouveler l’ensemble de la Chambre et plus d’un tiers du Sénat. En janvier 2027, un nouveau Congrès commencera son mandat.

Pour Rabat, l’enjeu n’est donc pas simplement de savoir qui remportera les élections de novembre. Il est aussi de consolider, avant cette échéance, les acquis et les canaux institutionnels construits au cours des dernières années.

La Maison-Blanche est républicaine aujourd’hui. Le Congrès de 2027 peut être différent. Et le Parti démocrate qui pourrait revenir à la direction de l’une des chambres ne ressemble déjà plus tout à fait à celui auquel Rabat était habitué.

C’est cette possibilité de changement, plus que l’annonce d’un résultat électoral quelconque, qui donne aux semaines allant de New York au Conseil de sécurité puis aux élections de novembre une importance particulière dans les calculs diplomatiques marocains.

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