Mohamed Chouki, président du Rassemblement national des indépendants (RNI), a choisi de mettre fin à son silence concernant ce qu’il qualifie d’allégations et d’accusations diffusées au cours des derniers jours, annonçant le recours à la justice contre toute personne dont l’implication dans leur fabrication, leur publication, leur rediffusion ou leur attribution à sa personne serait établie.
Le communiqué adressé à l’opinion publique ne détaille pas le contenu de ces allégations et ne propose pas véritablement un récit contradictoire des faits rapportés. Il insiste davantage sur leur portée juridique. Chouki affirme que les informations diffusées ces derniers jours par plusieurs médias et plateformes, ainsi que par certaines personnes, sont dépourvues de tout fondement, et que l’ampleur de leur circulation ne leur confère ni valeur juridique ni caractère de vérité.
Mais le moment choisi pour publier ce communiqué lui donne une portée qui dépasse la simple réponse à ce qui circule dans l’espace médiatique.
Le 12 septembre dernier, le parquet général près la Cour d’appel de Fès avait annoncé la poursuite des recherches dans une plainte déposée auparavant par l’ancien parlementaire Rachid El Faiq, après avoir pris connaissance de nouveaux éléments présentés par sa défense lors d’une conférence de presse. Le parquet avait précisé que ces éléments ne figuraient pas dans la plainte initiale.
Cette affaire est antérieure à la controverse actuelle. El Faiq avait déposé, le 23 juin 2025, une plainte contenant des allégations relatives aux conditions de la campagne électorale de 2021 et à ce qu’il affirme avoir subi en matière de chantage et de menaces d’emprisonnement. Selon le communiqué du procureur général du Roi, il n’avait pas été possible, dans un premier temps, de poursuivre les investigations en raison du refus du plaignant de faire sa déposition, malgré trois déplacements d’un représentant du parquet à l’établissement pénitentiaire pour l’entendre. Le parquet avait finalement décidé, le 29 août 2025, de classer provisoirement la plainte. La demande de réouverture introduite par la défense d’El Faiq en juillet 2026 ne comportait pas, dans sa première formulation, d’éléments nouveaux susceptibles de justifier une modification de cette décision.
Ce qui a modifié la situation du dossier, ce sont les éléments présentés ultérieurement par la défense d’El Faiq lors d’une conférence de presse. Le parquet n’a pas déclaré que ces éléments étaient établis et n’a pas repris à son compte le récit présenté par la défense. Il a indiqué avoir pris connaissance de nouvelles données qui ne figuraient pas dans la plainte initiale et a décidé de poursuivre les recherches afin d’en vérifier la portée et d’en tirer, le cas échéant, les conséquences juridiques.
Cette distinction est importante, d’autant que certaines couvertures médiatiques ont présenté des déclarations faites par la défense comme s’il s’agissait déjà de faits établis. Sur le plan juridique, la situation est différente : il existe des allégations, des éléments que le parquet considère comme nouveaux, et une procédure destinée à les vérifier. À ce stade, les données disponibles ne font pas état d’une décision judiciaire établissant la responsabilité de Chouki dans les faits qui lui sont attribués.
C’est dans cette configuration que le communiqué du président du RNI trace une ligne entre ce qu’il considère comme des accusations portant atteinte à sa personne et à sa réputation, et ce qui doit désormais être établi devant les institutions compétentes.
Chouki affirme avoir choisi, depuis le début de la circulation de ces informations, de garder le silence, de respecter les institutions et d’éviter la polémique publique. Il réaffirme son attachement à la liberté d’expression et au droit à la critique, tout en soulignant que leur exercice doit rester compatible avec le respect des droits, de la dignité et de la réputation des personnes. Il annonce parallèlement qu’il déposera des plaintes contre toute personne dont l’implication dans la fabrication, la publication, la rediffusion ou l’attribution de ces allégations serait établie.
Le communiqué ne constitue donc pas une réponse détaillée à chacune des affirmations diffusées. Il déplace plutôt le conflit vers un autre terrain : celui d’une procédure dans laquelle pourront être examinés l’origine de l’allégation, les conditions de sa diffusion, les éléments sur lesquels elle repose et, éventuellement, la responsabilité juridique de chacun.
Cette décision prend une dimension supplémentaire parce que Chouki ne vise pas uniquement l’auteur initial d’une éventuelle accusation. La formulation du communiqué englobe celui qui aurait fabriqué les allégations, celui qui les aurait publiées, celui qui les aurait relayées ou celui qui les aurait attribuées à sa personne. La responsabilité, dans les termes employés, pourrait donc concerner non seulement l’origine d’une information, mais également ceux qui auraient contribué à élargir sa diffusion, sous réserve évidemment de ce que les procédures judiciaires permettront d’établir.
Parallèlement, l’existence d’une enquête judiciaire annoncée dans le dossier El Faiq ne signifie pas que tout ce qui est publié au sujet de Chouki relève automatiquement de cette procédure. De même, l’annonce d’un recours judiciaire par Chouki n’efface pas l’existence d’un dossier déjà ouvert. Les deux démarches sont distinctes, avec leurs propres objets, leurs propres parties et leurs propres procédures. Le point commun, à ce stade et dans les limites des faits établis, est qu’une partie du débat entourant le président du RNI s’est déplacée du terrain politique et médiatique vers celui des institutions judiciaires.
Cette évolution intervient par ailleurs dans une période électorale sensible. Le RNI est engagé dans les élections du 23 septembre et Chouki a occupé ces dernières semaines une place importante dans la communication électorale du parti, présentant son programme et soutenant ses candidats dans plusieurs villes et régions.
Mais le contexte électoral, aussi important soit-il pour comprendre l’intensité de l’attention médiatique accordée à l’affaire, ne permet pas à lui seul d’établir l’origine des allégations ni les motivations de ceux qui les diffusent. Il ne permet pas davantage de transformer une concomitance temporelle en relation de cause à effet.
Dans son communiqué, Chouki choisit précisément de ne pas prolonger le débat sur la place publique. Il affirme sa confiance dans les institutions de l’État et dans l’indépendance de la justice, considérant que les juridictions et les institutions compétentes sont les seules habilitées à vérifier le contenu des allégations, à déterminer les responsabilités et à en tirer les conséquences juridiques nécessaires.
Une partie essentielle du dossier reste donc en dehors du communiqué lui-même : quelles sont exactement les informations que Chouki conteste ? Qui les a produites ? Sur quels éléments leurs auteurs s’appuient-ils ? Les plaintes annoncées déboucheront-elles sur de véritables procédures judiciaires ? Et que permettront d’établir les investigations, si elles sont engagées ?
Le communiqué ne répond pas à ces questions, et le travail journalistique ne peut les trancher à la place des institutions compétentes. Ce qui est établi à ce stade, c’est que Chouki a choisi de passer du silence au recours judiciaire, que le parquet général de Fès a annoncé quelques jours auparavant la poursuite des recherches dans un dossier distinct portant sur des allégations liées à une précédente période électorale, et que les deux affaires ne peuvent être confondues tant que les enquêtes et, le cas échéant, les décisions judiciaires ne permettent pas d’en préciser la portée.


