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Bourita : les relations avec Israël n’ont pas changé la position du Maroc sur la Palestine… et l’Algérie est entrée dans une logique de surenchère

Nasser Bourita a affirmé que la reprise des relations du Maroc avec Israël n’avait pas changé la position du Royaume sur la question palestinienne et que Rabat continuait de soutenir le droit du peuple palestinien à établir son propre État, tout en maintenant son attachement à la solution à deux États. Cette position avait été exprimée lors d’un entretien accordé par le ministre marocain des Affaires étrangères à RFI et France 24 en février 2022, à un moment où la reprise des relations maroco-israéliennes alimentait un débat intense sur les limites de cette nouvelle relation et sur ses éventuelles conséquences pour la position marocaine à l’égard de la Palestine. Bourita plaçait alors la relation entre Rabat et Tel-Aviv dans un cadre différent de celui qui consiste à considérer que l’existence de relations politiques, sécuritaires et économiques implique nécessairement une évolution de la position marocaine sur les droits palestiniens. Il affirmait au contraire que le Maroc voyait dans ces relations une possibilité de contribuer à la recherche d’une solution garantissant aux Palestiniens leurs droits et leur État.

L’élément temporel compte d’autant plus que l’entretien entre le chef de la diplomatie marocaine et RFI et France 24 avait eu lieu en février 2022, à une période où la reprise des relations maroco-israéliennes demeurait au cœur d’un débat particulièrement sensible dans les espaces arabe et africain. Dans le même temps, les relations entre le Maroc et l’Algérie étaient déjà entrées dans une phase de rupture et de tensions. La déclaration de Bourita sur la Palestine doit donc être replacée dans cette séquence précise.
Interrogé sur les accusations selon lesquelles Rabat accorderait désormais davantage d’importance à ses relations commerciales et militaires avec Israël qu’à la cause palestinienne, Bourita avait répondu directement : le Maroc, selon ses propres termes, est « engagé aux côtés du peuple palestinien » et le rétablissement des relations avec Israël « ne changera aucunement » la position du Royaume sur la question palestinienne.
La position exposée par Bourita ne reposait donc pas sur une remise en cause de l’existence d’Israël, mais sur une conception différente de la voie devant conduire au règlement. Le Maroc, expliquait-il, soutient la solution à deux États, c’est-à-dire la reconnaissance de deux États appelés à vivre côte à côte dans la paix et la quiétude. Il ajoutait que le développement des relations maroco-israéliennes pouvait également, du point de vue de Rabat, contribuer à permettre au peuple palestinien d’obtenir ses droits et son État indépendant.
Ce point occupait une place centrale dans son argumentation, puisqu’il permettait à la diplomatie marocaine de maintenir simultanément deux lignes qui pouvaient apparaître contradictoires dans le débat politique : la poursuite des relations avec Israël d’un côté, et le maintien de la question palestinienne comme cause politique et de droits, indépendante de la nature des relations entre Rabat et Tel-Aviv, de l’autre.
Bourita refusait ainsi que la relation avec Israël devienne le critère à partir duquel serait jugée la position marocaine sur la Palestine. Lorsqu’il aborda les critiques adressées au Maroc au sein de l’Union africaine, la discussion se déplaça rapidement vers une autre question : la manière dont les désaccords sont gérés au sein de l’organisation continentale et la possibilité, pour certains États, d’imposer leur position aux autres.
Le ministre marocain rappelait que 44 pays africains entretenaient alors des relations avec Israël, s’appuyant sur cette réalité pour contester ce qu’il considérait comme une tentative de certains États de modifier, par la pression politique, une situation déjà établie au sein de l’Union africaine. Il citait notamment l’Afrique du Sud, s’interrogeant sur le fait qu’un pays puisse entretenir lui-même des relations avec Israël tout en défendant, au niveau de l’organisation continentale, une position différente.
Bourita ne présentait donc pas la question du statut d’observateur d’Israël à l’Union africaine comme une simple manifestation du soutien marocain à Israël. Il ramenait d’abord le débat à la « procédure » et aux textes de l’organisation, estimant que la position du Maroc devait être fondée en premier lieu sur le respect des règles et des mécanismes institutionnels de l’Union africaine. Cette formulation inscrivait le débat dans une dimension institutionnelle, au-delà d’un simple affrontement de positions autour d’Israël.
La question algérienne prit une place plus directe lorsque Bourita fut interrogé sur les accusations concernant la coopération militaire entre le Maroc et Israël.
Il reprit alors une formule diplomatique attribuée à Talleyrand sur les effets de la surenchère et expliqua avoir cessé depuis longtemps de suivre ce qui se disait en Algérie ou dans la diplomatie algérienne, évoquant ce qu’il considérait comme de nombreuses contradictions. À propos de la décision d’Alger de rompre ses relations avec Rabat, il rappela que, selon sa lecture, les relations maroco-israéliennes n’avaient pas constitué l’unique motif invoqué par l’Algérie, qui avait également évoqué le Sahara, la guerre de 1963 et d’autres dossiers.
L’entretien atteignit ensuite son point le plus sensible : la rupture politique pouvait-elle déboucher sur une confrontation militaire directe entre les deux pays ?
Bourita répondit que le Maroc « n’est pas dans une démarche d’escalade » et qu’il ne souhaite pas « hypothéquer l’avenir ». Il rattacha cette position à une orientation plus générale qu’il attribuait à la politique du Royaume : éviter l’escalade et privilégier ce qui rapproche les deux pays plutôt que d’élargir encore l’espace de leurs différends. Cette ligne avait également été rapportée dans les comptes rendus de l’entretien consacrés à la question d’une éventuelle confrontation maroco-algérienne.
La portée de cette réponse apparaît plus clairement lorsque la discussion revint au Sahara marocain. Bourita affirma que le Maroc « est dans son territoire » et qu’il se trouve « dans sa légitime défense », tout en soulignant que le Royaume n’avait jamais cherché la confrontation. Dans le même temps, il réaffirmait que le règlement devait rester inscrit dans le cadre des Nations unies et fondé sur l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine.
Dans ses réponses, Rabat cherchait ainsi à distinguer deux niveaux : sa position sur le terrain et sa conception du règlement politique. Pour le Maroc, selon Bourita, l’initiative d’autonomie constitue la base proposée pour parvenir à une solution, tandis que le cadre des négociations demeure celui des tables rondes avec la participation des parties concernées par le différend régional.
L’Algérie occupait, dans cette lecture, une place différente de celle d’un simple pays voisin suivant le dossier depuis l’extérieur. Bourita estimait que l’évolution de sa position avait rendu son implication plus visible et la présentait comme une partie essentielle du différend. Il contestait parallèlement sa lecture du cadre défini par le Conseil de sécurité, tandis que Rabat insistait sur son propre ancrage dans ce cadre.
Cette articulation explique pourquoi l’Algérie revenait dans l’entretien même lorsque la question initiale portait sur Israël. Dans la lecture marocaine exposée par Bourita, les dossiers ne sont pas seulement juxtaposés : chacun permet d’éclairer les autres. Les accusations concernant la coopération militaire avec Israël sont ainsi replacées dans une confrontation politique plus large entre Rabat et Alger, tandis que la position algérienne sur le Sahara est présentée par le Maroc comme l’un des éléments permettant de comprendre la profondeur de la tension bilatérale.
Le dialogue s’est ensuite déplacé vers la Libye, avec un changement de registre. Il ne s’agissait plus directement d’une confrontation maroco-algérienne ni d’un affrontement autour d’une position au sein d’une organisation régionale, mais d’un processus politique que Rabat cherchait à accompagner entre des acteurs libyens concurrents.
Bourita rappelait que les Libyens eux-mêmes avaient fixé, lors du dialogue de Genève, la date des élections et que chacun savait que leur organisation serait difficile. Il insistait toutefois sur le fait que le processus politique avait permis un déplacement important : passer d’une logique de confrontation militaire à une discussion sur la base constitutionnelle et la loi électorale.
Pour Rabat, la difficulté ne résidait donc pas seulement dans la tenue des élections, mais dans la manière d’éviter que les désaccords autour de leur organisation ne débouchent sur un vide institutionnel. Bourita citait à cet égard le Parlement, le Conseil d’État, le Conseil présidentiel et le gouvernement comme des institutions dont le rôle devait être préservé, avec le refus de voir les divergences politiques conduire à une paralysie durable de l’État.
Les différentes séquences de l’entretien renvoient ainsi à une même manière de présenter la politique étrangère marocaine : les relations avec Israël, selon la position exposée par Bourita, ne signifient pas l’abandon de la cause palestinienne ; la tension avec l’Algérie ne signifie pas que Rabat s’inscrit dans une trajectoire de guerre ; la confrontation au Sahara ne signifie pas l’abandon du cadre onusien ; et les désaccords libyens ne devraient pas conduire à un vide institutionnel.
Une précision chronologique reste indispensable. L’entretien dont sont issues ces déclarations date de février 2022. Des contenus anciens ont parfois été repris ou recirculés sans que cette date apparaisse clairement, ce qui peut donner l’impression d’une déclaration récente. Les archives et comptes rendus disponibles de l’entretien confirment que les propos de Bourita sur la Palestine, l’Algérie, le Sahara et l’Union africaine remontent à cette période.
Les relations maroco-israéliennes ont, depuis, connu une évolution supplémentaire. Le 16 septembre 2026, le Maroc et Israël ont annoncé leur accord pour élever leurs représentations diplomatiques au niveau d’ambassades et nommer des ambassadeurs, à l’issue d’une rencontre à New York entre Nasser Bourita, Gideon Sa’ar et l’ambassadeur américain auprès des Nations unies Mike Waltz. Les deux pays ont également annoncé leur volonté d’avancer sur les liaisons aériennes et sur plusieurs dossiers économiques.
Cette évolution donne aujourd’hui une résonance nouvelle aux propos de 2022, sans pour autant permettre de les transformer en déclaration de 2026. La distinction entre les deux moments reste essentielle pour lire ce que Bourita disait alors et mesurer, à partir des faits ultérieurs, ce qui a changé dans la relation maroco-israélienne.
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