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El Mahjari place Akhannouch face à deux questions : « El Faiq, Chouki et les 7 milliards »… et le prêt d’Agadir de 100 milliards

Hicham El Mahjari, dirigeant du Parti authenticité et modernité (PAM) et candidat dans la circonscription de Chichaoua, n’a pas eu besoin d’ouvrir un nouveau front avec Aziz Akhannouch. Les dossiers existaient déjà. Certains avaient été évoqués au Parlement, d’autres sont revenus sur le devant de la scène par la voie judiciaire, tandis que d’autres encore sont devenus des thèmes récurrents de la campagne électorale.

Cette fois, El Mahjari les a réunis dans une même confrontation avec le chef du gouvernement : si la justice suit son propre cours, la politique, selon lui, a aussi ses questions.

Lors d’une rencontre partisane dans la province de Chichaoua, El Mahjari est revenu sur l’affaire concernant Rachid El Faiq et Mohamed Chouki, président du Rassemblement national des indépendants (RNI), quelques jours après l’annonce par le parquet général près la Cour d’appel de Fès de la poursuite des recherches dans la plainte déposée par El Faiq, à la lumière de nouveaux éléments présentés par sa défense.

Il faut ici distinguer deux niveaux.

Le parquet n’a pas affirmé que les faits évoqués par la défense d’El Faiq étaient établis, pas plus qu’une juridiction ne s’est prononcée sur leur réalité. Ce qui a été annoncé, c’est que de nouveaux éléments, qui ne figuraient pas dans la plainte initiale, avaient été présentés et que les recherches se poursuivraient afin de les vérifier et d’en tirer, le cas échéant, les conséquences juridiques appropriées. La plainte initiale remonte à juin 2025 et portait sur des allégations relatives aux conditions de la campagne électorale de 2021.

El Mahjari s’est appuyé sur cette évolution pour dire à Akhannouch, en substance, que le discours sur la justice et le droit de saisir les tribunaux ne met pas fin à la question politique. Le citoyen, le responsable politique comme le parti peuvent, selon lui, être confrontés à une question politique parallèlement à la question judiciaire.

L’affaire est désormais désignée, dans le débat électoral, par les expressions « 7 milliards » et « 800 millions », des montants associés aux allégations avancées par la défense d’El Faiq et non à des faits établis par une décision de justice. Certains rapports ont relayé les déclarations de la défense évoquant des sommes qui auraient été vues dans un véhicule appartenant à Mohamed Chouki et présentées comme liées à un achat de voix lors des élections de 2021. C’est précisément ce qui rend l’utilisation de ces chiffres dans le discours électoral particulièrement sensible : le chiffre appartient au récit des accusateurs ; l’établissement des faits, lui, relève encore de l’enquête annoncée par le parquet.

El Mahjari ne veut pas laisser ce dossier séparé de la confrontation qu’il mène avec Akhannouch.

Il a également remis au centre du débat la question du prêt accordé à la commune d’Agadir, dossier auquel le chef du gouvernement avait répondu quelques jours plus tôt lors d’un meeting électoral à Mezzouda, dans la province de Chichaoua.

Akhannouch a présenté sa propre version de l’opération : la commune d’Agadir aurait lancé un appel d’offres pour sélectionner les établissements chargés de mobiliser le financement, et la procédure aurait abouti, selon son exposé, au choix de deux établissements bancaires ainsi que de la Caisse de dépôt et de gestion. Il a également affirmé qu’une partie importante du financement provenait de fonds d’investissement et d’une organisation internationale.

El Mahjari regarde l’opération sous un autre angle.

D’après son intervention, il ne conteste pas le principe même du recours de la commune d’Agadir à l’emprunt. Il interroge plutôt les conditions de l’opération, les intervenants et la destination du financement. Des médias ont rapporté ses déclarations faisant état d’un montant de 100 milliards de centimes et d’une société qu’il aurait liée à Mohamed Chouki, ainsi que d’un écart dans le taux d’intérêt. Ces éléments sont contestés par Akhannouch, qui rejette la présentation faite par son adversaire.

Deux dossiers de nature différente se retrouvent ainsi dans le discours électoral d’El Mahjari : un dossier judiciaire portant sur des allégations liées aux élections de 2021 et un dossier financier concernant les conditions du financement de la commune d’Agadir.

El Mahjari demande à Akhannouch une réponse politique sur les deux, tandis que le chef du gouvernement insiste sur l’aspect technique et financier du prêt et sur le fait que le dossier judiciaire relève des institutions compétentes.

C’est à partir de là que la confrontation change d’échelle.

El Mahjari sait que parler d’Akhannouch à Chichaoua ne peut pas se limiter à Agadir. Il est donc revenu sur leur ancienne confrontation autour des prix et du pouvoir d’achat, rappelant les interventions qu’il prononçait au Parlement et les critiques qu’il formulait sur le coût de la vie.

Puis il a ramené le débat à Chichaoua.

L’hôpital de proximité d’Imintanout, par exemple, n’est plus un projet sur le papier. Il a ouvert ses services en novembre 2025, en présence d’El Mahjari lui-même, après plusieurs années de reports et de débats autour du projet. En juillet de la même année, El Mahjari avait dénoncé le retard de son ouverture, rappelant que la demande d’un établissement hospitalier remontait à plusieurs années.

Ce dossier rend justement difficile une lecture réduite à la question : qui a réalisé le projet ?

Le projet a une histoire antérieure à son ouverture, tandis que cette ouverture est intervenue sous l’actuel gouvernement. El Mahjari affirme que les habitants de la province connaissent cette chronologie et refuse donc, dans son discours électoral, que des projets ayant traversé plusieurs années d’études, d’accords et de blocages soient intégralement présentés comme les réalisations d’un seul mandat gouvernemental.

Il reprend le même raisonnement à propos de la zone industrielle de Chichaoua, du foncier et des infrastructures qu’il dit disponibles depuis plusieurs années, sans que cela ait encore produit, à la hauteur attendue, l’activité économique et les emplois espérés.

Sur ce point, El Mahjari ne demande plus seulement à Akhannouch de répondre sur un dossier, une opération financière ou un prêt. Il cherche à placer le chef du gouvernement face à une question de bilan local, susceptible d’être discutée à partir de données concrètes : qu’est-ce qui a réellement été réalisé en matière d’investissement ? Qu’en est-il de l’emploi ? Pourquoi certains projets restent-ils pendant des années entre les conventions, les études et l’exécution ? Et à qui revient la responsabilité de chaque étape ?

Akhannouch, dans sa réponse à El Mahjari, a choisi d’entrer dans les détails liés au prêt d’Agadir et de lui rappeler que les communes et collectivités dirigées par son parti peuvent elles aussi mobiliser des financements pour réaliser leurs projets. Il lui a également demandé, sur un ton clairement politique, pourquoi il cherchait à le concurrencer dans le « service » rendu à Agadir.

C’est précisément à ce moment que Chichaoua devient davantage qu’un simple lieu de meetings.

Akhannouch est venu dans la circonscription d’El Mahjari pour lui répondre, tandis qu’El Mahjari utilise les dossiers d’Agadir et de Fès, les prix, l’hôpital et l’investissement pour répondre depuis son propre territoire électoral.

Le dossier des « 7 milliards », lui, suit une autre trajectoire, que le discours électoral ne peut pas résumer. Le parquet a indiqué que les recherches se poursuivraient à la lumière des nouveaux éléments présentés. Cela signifie que la question judiciaire demeure ouverte et que les déclarations de campagne ne peuvent se substituer ni à l’enquête ni à une décision de justice.

La confrontation actuelle entre les deux hommes dépasse donc le seul débat sur le prêt de la commune d’Agadir.

El Mahjari veut qu’Akhannouch réponde politiquement aux dossiers qu’il met sur la table. Akhannouch répond en contestant certaines présentations et en expliquant le mécanisme financier retenu pour le financement d’Agadir.

Entre les deux récits, plusieurs questions restent suspendues aux documents, aux procédures et à l’enquête judiciaire. C’est aussi ce qui donne à la campagne actuelle une dimension qui dépasse l’échange de déclarations : certains dossiers que la politique porte aujourd’hui sur les estrades suivent parallèlement leur propre chemin en dehors de la campagne électorale. Pour ceux-là, la suite dépendra des pièces, des vérifications et des institutions compétentes.

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