dimanche, septembre 13, 2026
AccueilActualitésDepuis Zagora, Lekjaa place le PAM face à l’épreuve des promesses :...

Depuis Zagora, Lekjaa place le PAM face à l’épreuve des promesses : université, eau, désenclavement et pouvoir d’achat

À Zagora, Fouzi Lekjaa n’a pas commencé son intervention par les grands chiffres du programme électoral du Parti authenticité et modernité, ni par les 350 milliards de dirhams annoncés pour les cinq prochaines années. Il est parti d’un problème local qu’il dit avoir découvert en arrivant sur les lieux : une province d’environ 400 000 habitants dont les jeunes ne disposent pas encore d’un noyau universitaire leur permettant de poursuivre leurs études supérieures à proximité de leurs familles.

La question peut, en apparence, sembler relever d’une revendication strictement locale. Mais son introduction au cœur de la présentation électorale élargit immédiatement le sujet : comment un parti qui sollicite la confiance des Marocains entend-il traiter les territoires où le développement n’avance pas au même rythme que dans les grands centres ?

Membre du bureau politique du PAM et ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa a affirmé que la question de l’enseignement universitaire et les déficits dont souffre la province seraient portés à la table du gouvernement dès le lendemain, en les présentant comme relevant d’un engagement plus général à transformer les besoins exprimés par les citoyens en mesures concrètes.

Mais Zagora ne résume pas ses difficultés à l’absence d’une université.

Lorsque l’intervention s’est déplacée vers l’eau et l’agriculture, elle a touché à l’un des dossiers les plus complexes auxquels pourrait être confronté tout prochain gouvernement. L’économie oasienne ne dépend pas uniquement de la disponibilité de l’eau. Elle repose sur un équilibre fragile entre les ressources hydriques, l’activité agricole et le maintien des populations sur leur territoire.

Lekjaa a ainsi parlé de solutions durables pour les ressources en eau, tout en insistant sur la nécessité de préserver l’activité agricole et de garantir les besoins des habitants.

Puis est venue la question des routes.

Pour le responsable du PAM, désenclaver un territoire ne consiste pas simplement à améliorer sa liaison avec les centres urbains. Une route permet la circulation des personnes et des marchandises, mais elle conditionne aussi la capacité d’une économie locale à sortir de son isolement géographique. D’où son insistance sur les zones qui souffrent d’un déficit de connexion et sur des projets locaux qu’il affirme avoir connus des retards ou des blocages.

Il a également plaidé pour que les infrastructures ne soient pas concentrées uniquement dans les principaux centres de la province, mais que les communes soient considérées en fonction de leurs besoins réels.

À ce stade, Zagora devient un terrain concret pour une idée que le PAM met en avant dans son programme : le développement ne devrait pas seulement être mesuré à l’échelle des réalisations nationales, mais à la capacité du citoyen vivant dans une province éloignée à en ressentir les effets dans sa vie quotidienne.

Le parti affirme, par ailleurs, ne pas avoir construit ces engagements indépendamment des contraintes budgétaires. Son programme électoral officiel est organisé autour de cinq pactes, dont un pacte consacré au pouvoir d’achat, auquel il attribue une enveloppe de 150 milliards de dirhams, aux côtés de mesures concernant l’intégration des jeunes, la citoyenneté, la protection sociale et la croissance durable.

À Zagora, Lekjaa a repris cette idée dans un langage électoral beaucoup plus direct : le programme constitue, selon lui, le « contrat » qui lie le parti aux citoyens.

Cette formulation place le PAM devant un critère différent de celui de la simple promesse électorale. Un contrat politique suppose des engagements qui puissent être mesurés et, à terme, faire l’objet d’une évaluation par les citoyens, plutôt que de rester limités à la période de campagne.

C’est dans ce cadre que Lekjaa est revenu sur le pouvoir d’achat, qui constitue l’un des principaux axes du programme.

Le relèvement du minimum des pensions de retraite à 3 000 dirhams par mois, l’augmentation du soutien social direct à 1 000 dirhams, ainsi que des mesures destinées à agir sur les prix et les revenus figurent parmi les engagements déjà présentés par le PAM dans d’autres étapes de sa campagne.

À Zagora, ces promesses ont toutefois été placées à côté de revendications très concrètes : une université, l’eau, les routes, les équipements, l’agriculture et les oasis.

Cette juxtaposition compte, parce que le citoyen ne vit pas le pouvoir d’achat comme un chiffre isolé de l’endroit où il habite. La valeur réelle d’un soutien, d’une pension ou d’un revenu dépend aussi du coût du transport, de la distance des services publics, de l’accès à l’éducation, des possibilités d’emploi et de la proximité des marchés.

Améliorer les revenus ne peut donc pas être complètement dissocié du désenclavement et de l’investissement dans les infrastructures.

Lekjaa a lui-même reconnu que les efforts financiers engagés au cours des dernières années n’avaient pas empêché la hausse du coût de la vie d’en absorber une partie des effets. Le PAM s’appuie sur ce constat pour justifier la place accordée au pouvoir d’achat dans son programme.

Mais le chiffre global de 350 milliards de dirhams ne clôt pas le débat. Il l’ouvre.

Car tout engagement financier suppose une source de financement. Tout projet social suppose une capacité d’exécution. Et toute promesse locale finit par entrer dans les arbitrages du budget national et dans la répartition des investissements entre les territoires.

C’est précisément pour cette raison que Lekjaa insiste sur le fait que le programme, selon sa présentation, n’a pas été conçu comme une accumulation de promesses indépendantes des capacités financières. Le coût des mesures et leurs sources de financement auraient été intégrés à la préparation du programme.

Le PAM estime ainsi à environ 70 milliards de dirhams par an, en moyenne, l’effort financier supplémentaire nécessaire à la mise en œuvre de ses engagements sur la période 2027-2031.

À Zagora, cette question du financement n’était donc pas totalement abstraite. Lorsqu’une province demande une université, des routes, de l’eau et des équipements, les grands chiffres du programme deviennent directement liés à une autre question : qu’est-ce qui sera réalisé en premier ? Quels projets pourront être engagés dès les premières années ? Et comment répartir les ressources entre les provinces qui présentent des besoins comparables ?

Lekjaa n’a pas détaillé, lors de cette rencontre, un calendrier précis pour chacun de ces projets à Zagora. Il a toutefois défendu un principe : le diagnostic doit précéder la solution, et la solution doit être liée à ses moyens de financement.

Le responsable du PAM est également revenu sur le parcours électoral de son parti, rappelant que le PAM avait déjà occupé la deuxième place lors de précédentes élections sans pour autant diriger le gouvernement. Aujourd’hui, le parti cherche à franchir cette étape et à obtenir la possibilité de conduire la prochaine phase gouvernementale sur la base de son propre programme.

Ce passage d’une position de participation à une position de conduite ne sera pas décidé par les discours de campagne.

Il le sera par les urnes, le 23 septembre.

C’est pourquoi Lekjaa a appelé les habitants de Zagora à participer au scrutin et à voter, présentant le programme comme la base à partir de laquelle les citoyens pourront ensuite juger le parti et les responsables auxquels ils auront accordé leur confiance.

Pour Zagora, la liste des engagements exposés lors de cette rencontre est finalement assez concrète : une université pour les jeunes de la province, une gestion de l’eau compatible avec la préservation des oasis et de l’agriculture, des routes pour réduire l’isolement, des équipements qui ne se limitent pas aux centres urbains et des mesures censées alléger la pression des prix sur les ménages et les retraités.

À ce stade, tout cela reste ce que c’est : des engagements électoraux.

S’ils obtiennent la possibilité de gouverner, leur véritable mesure apparaîtra ensuite dans ce qui commencera effectivement, dans les financements mobilisés, dans les délais respectés et dans la capacité à expliquer pourquoi un projet aurait pris du retard s’il devait en prendre.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus