dimanche, septembre 13, 2026
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Lekjaa à Tinghir : le PAM met le pouvoir d’achat au cœur de son programme… mais la facture des promesses reste à venir

Depuis Tinghir, Fouzi Lekjaa ne s’est pas contenté de présenter un programme électoral supplémentaire, parmi les nombreux programmes que les Marocains voient défiler en période de campagne. Il a choisi d’entrer dans des questions qui touchent directement le budget des ménages : la pension de retraite, l’aide sociale, l’impôt sur le revenu, la facture d’électricité, les prix des produits de première nécessité et la santé.

Les chiffres avancés ne sont pas anodins.

Le PAM propose de porter la pension minimale à 3 000 dirhams par mois, le montant minimum de l’aide sociale directe à 1 000 dirhams, tout en envisageant la prise en charge par l’État de la facture d’électricité des ménages dont la consommation reste très faible, autour d’une facture mensuelle de 90 à 100 dirhams. Sur le plan fiscal, le parti propose également d’alléger, voire de supprimer, l’impôt sur le revenu pour les rémunérations brutes inférieures à 15 000 dirhams.

À Tinghir, Lekjaa parlait donc du programme par le côté que le citoyen comprend immédiatement : combien lui restera-t-il à la fin du mois ? Combien devra-t-il payer ? Et que deviendra sa pension après des années de travail ?

Mais l’histoire de ce programme ne commence pas avec ces seuls chiffres.

Quelques jours auparavant, Lekjaa avait déjà présenté, devant la Confédération générale des entreprises du Maroc, une partie du raisonnement économique sur lequel le parti entend appuyer ses propositions. Il avait évoqué près de 280 milliards de dirhams mobilisés ces dernières années dans le cadre des politiques sociales, ainsi que l’augmentation des budgets consacrés à la santé et à l’éducation, tout en reconnaissant que l’effort financier engagé ne s’est pas toujours traduit par l’effet attendu dans la vie quotidienne des citoyens.

C’est à ce moment que la question du pouvoir d’achat prend une autre dimension.

Le PAM ne propose pas seulement d’augmenter certains revenus. Le programme présenté par le parti le 1er septembre, pour la période 2027-2031, prévoit une enveloppe globale d’investissement de 350 milliards de dirhams, soit environ 70 milliards par an, avec des engagements portant sur le pouvoir d’achat, l’emploi, la santé, l’eau, l’énergie et le développement territorial.

Lekjaa sait, compte tenu de ses responsabilités gouvernementales actuelles, que l’annonce d’un montant n’est pas la partie la plus difficile de l’exercice.

La question la plus difficile vient après : d’où viendra l’argent ?

Le parti a déjà avancé une architecture de financement. Elle repose notamment sur 300 milliards de dirhams censés provenir de la croissance économique, 40 milliards de contribution des collectivités territoriales et 10 milliards issus de la rationalisation des dépenses publiques.

Ces chiffres font partie du schéma présenté par le PAM pour financer son programme de 350 milliards de dirhams.

C’est pourquoi la promesse des 3 000 dirhams pour les retraités ou celle des 1 000 dirhams d’aide sociale ne peuvent être lues séparément du reste du programme.

Le parti veut, dans le même temps, réduire la pression fiscale sur les salariés, élargir l’aide sociale, relever le minimum des pensions, financer des réformes dans la santé, créer un million d’emplois et investir dans l’eau, l’énergie et les infrastructures.

Il propose également un premier contrat de travail destiné à 500 000 jeunes et prévoit un accompagnement pour des dizaines de milliers de jeunes entreprises.

Pour le citoyen, pourtant, il n’est pas nécessaire de connaître tous ces calculs pour comprendre l’enjeu de la promesse.

Pour un retraité vivant avec une pension modeste, passer à 3 000 dirhams n’est pas un chiffre dans un document électoral. Pour une famille en difficulté, doubler le minimum de l’aide sociale, d’environ 500 à 1 000 dirhams, représente une différence concrète à la fin du mois.

Mais le programme pose en même temps une autre condition : que l’aide parvienne réellement à ceux qui en ont besoin.

C’est dans ce cadre que Lekjaa a critiqué certains critères utilisés pour déterminer les bénéficiaires, s’interrogeant notamment sur la pertinence d’exclure une famille en difficulté parce qu’elle possède un téléphone, un vélo ou un moyen de transport simple.

Selon son approche, le revenu réel et la situation sociale devraient constituer les principaux critères d’éligibilité. Et lorsque la situation d’un bénéficiaire s’améliore au point de lui permettre de disposer d’un revenu suffisant, il devrait pouvoir sortir du dispositif.

L’idée dépasse donc la simple augmentation du montant de l’aide. Elle touche à la manière dont l’État définit sa relation avec le citoyen en situation de précarité : aider celui qui en a besoin, puis lui permettre de sortir du dispositif lorsque cette nécessité disparaît.

Sur l’impôt sur le revenu, le programme emprunte une autre voie.

L’exonération envisagée pour les rémunérations brutes inférieures à 15 000 dirhams aurait un effet directement perceptible sur le salaire net d’une partie importante des salariés, plutôt que de passer par les effets indirects d’une politique économique dont l’impact reste parfois éloigné du calcul mensuel des familles.

Pour les prix, l’équation est évidemment plus complexe.

Lekjaa a également lié le pouvoir d’achat non seulement au niveau des revenus, mais à la manière dont les produits arrivent jusqu’au consommateur. Il a mis en cause la multiplication des intermédiaires et l’écart entre le prix payé au producteur et celui finalement supporté par le consommateur.

Le programme propose, dans cette logique, d’intervenir sur les circuits de distribution, de réduire les marges excessives et de renforcer les mécanismes de régulation du marché.

C’est un point important, parce qu’une hausse du revenu d’un ménage ne signifie pas nécessairement une amélioration de son pouvoir d’achat si les prix continuent d’augmenter au même rythme.

Le PAM semble donc chercher sa réponse sur deux fronts : augmenter ce qui entre dans le budget familial et tenter de réduire ce qui en sort.

La santé, la jeunesse, l’eau et l’énergie entrent dans la même équation.

Dans le domaine de la santé, le programme ne réduit pas la réforme à la construction ou à l’équipement des établissements. Il pose plutôt la question de l’accès effectif aux soins et de la qualité du service rendu au citoyen.

Pour l’eau, le parti défend une approche qui dépasse les interventions d’urgence déclenchées par les épisodes de sécheresse. Il s’agit de construire une sécurité hydrique capable de répondre durablement aux besoins des populations, de l’agriculture et des activités économiques.

Sur l’énergie, le programme mise davantage sur les ressources renouvelables dont dispose le Maroc, notamment le solaire et l’éolien, avec l’objectif d’en faire bénéficier les ménages et l’économie à un coût plus accessible.

La proposition concernant les familles pauvres à faible consommation électrique est, à cet égard, particulièrement concrète : l’État prendrait en charge la facture des ménages dont la consommation reste limitée, autour de 90 à 100 dirhams par mois.

La jeunesse occupe, elle aussi, une place importante dans ce dispositif.

Lekjaa défend un parcours qui commencerait par l’éducation et la formation pour aller vers l’insertion économique, avec l’idée qu’un jeune disposant d’une compétence ou d’un talent doit pouvoir trouver un accompagnement lui permettant de transformer cette capacité en activité économique.

Le programme évoque également plusieurs millions de jeunes qui se trouvent en dehors de l’emploi, de l’éducation ou de la formation, ainsi que la nécessité de distinguer un revenu occasionnel d’un véritable emploi capable d’inscrire durablement le jeune dans l’économie.

Jusqu’ici, l’architecture paraît cohérente : pouvoir d’achat, revenus, aide sociale, emploi, services publics, eau et énergie.

Mais le véritable test ne sera pas la capacité du programme à produire de grands chiffres. Il sera sa capacité à transformer ces chiffres en mesures exécutables, financées et mesurables.

Lekjaa a lui-même fait de cette question une partie du discours du PAM en présentant le programme comme un document permettant au citoyen de demander des comptes au parti sur ses engagements.

Le parti affirme avoir construit son programme à partir d’un travail économique et technique et ne pas s’être limité à fixer des objectifs, mais avoir également associé ces objectifs à des coûts et à des sources de financement.

Cela élève, plutôt qu’il ne réduit, le niveau de responsabilité politique.

Lorsqu’on annonce à un retraité que sa pension minimale atteindra 3 000 dirhams, à une famille vulnérable que son aide ne sera pas inférieure à 1 000 dirhams, à un salarié que sa pression fiscale sera réduite et à une famille pauvre que sa facture d’électricité pourrait devenir nulle, on ne prononce plus un slogan général.

On avance des chiffres que le citoyen peut retenir.

Et qu’il pourra, ensuite, demander.

Depuis Tinghir, Lekjaa a donc choisi de placer ces chiffres au centre du discours électoral du PAM.

Ce qui leur arrivera après le 23 septembre ne relève cependant pas du discours électoral lui-même. Cela dépendra des résultats, de la place que le parti occupera dans la prochaine majorité et de sa capacité à transformer les calculs inscrits sur le papier en décisions, en budgets et en mesures concrètes.

C’est précisément là que commencera l’épreuve la plus difficile du programme : non pas convaincre le citoyen que ses difficultés sont comprises, mais lui démontrer ensuite que les promesses peuvent réellement devenir une politique publique.

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