dimanche, septembre 13, 2026
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Le PJD repart à l’offensive contre le gouvernement : Benkirane ouvre le feu, El Azami hausse le ton

Abdelilah Benkirane n’a pas attendu longtemps avant de fixer la place que le Parti de la justice et du développement (PJD) entend occuper dans les prochaines élections législatives. Lors du meeting national organisé ce samedi à Rabat pour le lancement de sa campagne électorale, le secrétaire général du parti est revenu sur les cinq dernières années, non comme sur une séquence désormais close, mais comme sur la matière politique à partir de laquelle le parti entend construire son retour au Parlement.

Benkirane a placé le gouvernement d’Aziz Akhannouch et les autres composantes de la coalition gouvernementale face au PJD, en employant un vocabulaire particulièrement dur lorsqu’il a évoqué la manière dont l’État et l’argent public auraient été gérés. Selon lui, « ce qui a principalement marqué cette période », c’est que les responsables n’auraient pas accédé aux responsabilités avec une logique de résolution des problèmes, mais auraient considéré, selon ses propres termes, que le champ était désormais ouvert pour « dévorer l’argent de l’État et de la société » et en profiter eux-mêmes, ainsi que leurs proches et ceux qui appartiennent à leurs formations politiques.

Ce n’est pas une remarque secondaire dans un discours électoral. Benkirane a choisi de faire de la manière d’accéder au pouvoir une partie de son explication de ce qui s’est passé ensuite. Il a affirmé que le problème commence par « l’approche adoptée par le responsable avant son arrivée au pouvoir », avant d’énumérer les différents espaces de décision auxquels, selon lui, les détenteurs de cette mentalité ont su accéder : Parlement, gouvernement, collectivités territoriales, ambassades et autres.

Lorsqu’il est revenu sur la situation de son propre parti, l’image présentée par Benkirane s’est davantage inscrite dans le parcours des cinq dernières années. Il a évoqué une tentative de faire tomber le PJD et rappelé le résultat électoral qui avait réduit le parti à 13 députés et députées, tandis que ses adversaires obtenaient les différentes responsabilités. À partir de là, Benkirane a construit son explication du retour du parti : ses adversaires, selon son récit, avaient considéré que le PJD était fini et qu’il ne lui restait plus qu’à devenir une formation marginale ou à disparaître définitivement.

Puis est venue la formule la plus directement liée à l’identité politique du parti : « Celui qui a fait revivre le parti, c’est Dieu », avant d’ajouter que « le Parti de la justice et du développement est revenu ».

Le retour dont parle Benkirane ne serait pas, selon sa propre présentation, le résultat d’une exceptionnelle dynamique organisationnelle au cours des cinq dernières années. Au contraire, il a décrit une longue période de difficultés, commencée avec la démission de l’ancienne direction et l’élection d’une nouvelle équipe composée d’anciens et de nouveaux responsables, puis prolongée par ce qu’il a décrit comme une phase de convalescence politique. Il a même reconnu que la présence du parti à certaines occasions était devenue extrêmement limitée en raison du découragement qui avait gagné une partie de ses membres.

Mais, dans sa lecture, le parti a trouvé un facteur extérieur qui l’a aidé à retrouver son équilibre : l’action du gouvernement lui-même.

Benkirane a affirmé clairement que les « mauvais agissements » du gouvernement avaient donné au PJD l’occasion de se relever. Il a ajouté que le parti n’aurait peut-être pas été capable de réapparaître s’il avait eu face à lui un gouvernement « gouvernant avec justice et logique » et plaçant l’intérêt de la société au premier rang de ses priorités. Même la question qu’il a posée sur la capacité du parti à agir avec un groupe parlementaire réduit était liée à cette idée : les « manquements » du gouvernement, selon ses termes, ont fourni au parti un espace politique qui n’était pas disponible au début de la législature.

Cette partie du discours est probablement plus importante pour comprendre la campagne actuelle que la seule question du nombre de sièges que le PJD pourrait obtenir le 23 septembre. Benkirane ne présente pas la formation comme un parti ayant retrouvé son ancienne puissance, mais comme une organisation qui a survécu à la défaite et qui a trouvé, dans le bilan du gouvernement, une matière politique lui permettant de se présenter à nouveau devant les électeurs.

Il n’a donc pas traité le nombre de sièges comme la question centrale. Il a affirmé que le parti, qu’il soit petit ou grand, n’était pas entré dans la vie politique pour se taire ou obtenir une contrepartie. Il n’y serait pas venu non plus pour regarder la corruption et l’injustice sans réagir. Le message s’adresse aussi aux propres militants du parti : la réduction de sa représentation parlementaire n’aurait pas changé, dans sa lecture, la fonction que le PJD entend continuer à exercer.

Idriss El Azami, secrétaire général adjoint du parti, a donné au discours une orientation davantage liée aux questions économiques et sociales et aux promesses électorales qui commencent à apparaître à l’approche du scrutin.

Il a parlé de la nécessité de préserver les équilibres macroéconomiques et sociaux, de la souveraineté économique et financière, de la stabilité sociale et de la durabilité du modèle de développement. Il a également relié les élections à la question de la responsabilité et de la reddition des comptes, l’un des axes à travers lesquels le parti cherche à reconstruire son image politique.

Mais l’attaque la plus directe est venue lorsqu’il a évoqué les promesses formulées par les partis de la coalition gouvernementale dans les dernières semaines. El Azami s’est arrêté sur la promesse de créer un million d’emplois et de réduire le chômage, estimant que ces engagements étaient entrés dans « un marché de surenchères ». Il a cité le programme « Forsa », qu’il considère comme un échec, allant jusqu’à dire qu’il s’était transformé en « ghouça », une « amertume » ou une « déception ».

Il ne s’est pas limité au bilan du gouvernement. El Azami a également attaqué le chef du gouvernement sur ses engagements envers les citoyens et les professionnels, citant notamment ce qui s’est produit récemment avec les avocats. Il a estimé que cette situation avait plongé le pays dans une crise sans précédent qui se poursuit encore, avec des droits qui seraient, selon lui, perdus et des citoyens qui en subissent les conséquences.

Il a finalement présenté l’élection comme un choix entre « deux projets contradictoires », selon sa propre expression, en affirmant que les citoyens avaient déjà vécu leurs applications concrètes au cours des cinq dernières années.

Le parti n’a toutefois pas choisi de se définir uniquement par son opposition au gouvernement. El Azami a également tenté de préciser le projet que le PJD veut soumettre aux électeurs : un projet réformateur et de développement faisant de la défense des intérêts supérieurs du pays et des intérêts légitimes des citoyens, de leur dignité, des constantes nationales, de la famille et de la société, de la transparence, de la reddition des comptes, de la lutte contre la corruption et contre la rente, les bases de la gestion des affaires publiques.

En face, il a placé ce qu’il a qualifié de « projet à tendance autoritaire et dominatrice », auquel il attribue une « toile de fond idéologique hybride » visant la famille ainsi que les systèmes culturel et éducatif, à laquelle s’ajouterait une « tendance libérale sauvage et prédatrice ». Il a associé cette orientation aux conflits d’intérêts, à la rente, à la corruption et à l’utilisation des positions d’influence pour obtenir des avantages privés illégitimes.

Ces qualificatifs restent ceux d’un dirigeant de parti engagé dans une compétition électorale avec les formations qui composent aujourd’hui le gouvernement. Ils ne constituent pas, en eux-mêmes, des conclusions judiciaires ou les résultats d’enquêtes. Leur intérêt politique est ailleurs : ils montrent clairement la bataille que le PJD veut mener, en transformant l’évaluation des cinq dernières années en confrontation entre deux expériences plutôt qu’en simple compétition pour des sièges parlementaires.

El Azami est allé plus loin lorsqu’il a évoqué les conséquences sociales de la période, les reliant aux troubles, aux protestations et à la défiance. Il a estimé que le modèle qu’il critique avait profité à une catégorie limitée et privilégiée de la population au détriment des classes moyenne et populaire ainsi que des petites et moyennes entreprises.

Il n’a pas non plus laissé l’allusion aux formations concurrentes dans le vague. Lorsqu’il a évoqué ceux qui portent aujourd’hui le slogan « Pour changer de trajectoire », il l’a qualifié de « slogan vide », en visant le Parti authenticité et modernité (PAM), l’une des composantes de la coalition gouvernementale.

Un autre élément est apparu au même meeting et il est différent du discours offensif : la « Charte de l’élu du Parti de la justice et du développement ».

Les candidates et candidats du parti ont signé un document présenté comme un contrat entre eux et la formation. Celui-ci définit la nature de la relation avec les élus à la Chambre des représentants, conformément aux règlements et procédures internes du parti, et lie l’exercice de la responsabilité à la reddition des comptes, tout en affirmant l’engagement envers les valeurs d’intégrité, de probité et de transparence.

La signature symbolique a été effectuée au nom des différents responsables de listes par Idriss El Azami, aux côtés de Fatima Oualchaï, tête de la liste régionale dans la région Casablanca-Settat, qui participe pour la première fois à une campagne électorale avec le parti.

La campagne du PJD comporte donc un autre élément que l’attaque contre le gouvernement. Le parti qui parle de corruption, de rente et de reddition des comptes cherche également à présenter des règles internes censées encadrer l’action de ses élus s’ils retrouvent une présence significative à la Chambre des représentants.

La suite ne dépendra pas uniquement de la capacité de Benkirane à hausser le ton ou de celle d’El Azami à déconstruire les promesses du gouvernement. Le scrutin confrontera ce récit aux électeurs, mais il confrontera aussi le parti à une autre épreuve : les cinq années passées loin du centre du pouvoir ont-elles réellement servi à reconstruire la confiance, ou bien est-ce principalement le mécontentement suscité par le bilan du gouvernement qui lui offre aujourd’hui l’espace politique qu’il recherche ?

La campagne est lancée. Le PJD a choisi, dès son premier grand meeting, d’entrer dans la bataille par une porte qu’il connaît bien : interpeller le pouvoir, parler à ses propres bases et rappeler aux électeurs qu’il est toujours là. Le poids réel de ce discours dans les urnes sera, lui, déterminé par les jours qui viennent davantage que par la tribune du meeting.

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