dimanche, septembre 13, 2026
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Lekjaa met 350 milliards de dirhams sur la table de l’élection du 23 septembre : de grandes promesses sociales, sans hausse des impôts

À Agadir, Fouzi Lekjaa a choisi de commencer la présentation du programme du Parti Authenticité et Modernité par le chiffre qu’il est difficile d’éviter dans toute discussion électorale sérieuse : 350 milliards de dirhams sur cinq ans, soit 70 milliards de dirhams par an. Ce montant ne concerne ni un seul projet ni un seul secteur. Il correspond à un ensemble d’engagements que le parti entend mettre en œuvre entre 2026 et 2031, de la protection du pouvoir d’achat et des revenus aux retraites, en passant par la santé, l’éducation, la jeunesse et la réduction des disparités territoriales.

Mais Lekjaa n’a pas laissé ce chiffre parler seul. La partie la plus sensible de son intervention a porté sur l’affirmation selon laquelle ces engagements disposent, selon lui, de sources de financement identifiées année par année, et que leur mise en œuvre ne passerait pas par une augmentation des impôts supportés par les citoyens.

C’est précisément ce point qui donne aux 350 milliards de dirhams leur véritable poids politique et financier. Un programme électoral peut relever le niveau des promesses, mais le moment du véritable test commence lorsque ces promesses doivent devenir des crédits budgétaires et des mesures gouvernementales. Lekjaa, en raison de ses responsabilités de ministre délégué chargé du Budget, sait mieux que quiconque qu’un coût ne se résume pas à un chiffre inscrit dans un document électoral.

Il affirme que l’élaboration du programme a commencé par une lecture de la situation du Maroc et des Marocains en 2026, avant de définir l’image que le parti souhaite atteindre à l’horizon 2031. Pour lui, aucun projet d’avenir ne peut être construit sans un diagnostic économique et social qu’il veut réaliste et sincère, car une mauvaise lecture du point de départ conduit à de mauvais choix pour la suite.

Sur le plan social, la liste des engagements présentés est suffisamment large pour toucher différentes catégories de la population.

Porter le minimum des pensions de retraite à 3 000 dirhams par mois figure parmi les propositions avancées par Lekjaa. À cela s’ajoute une révision globale de l’impôt sur le revenu, avec l’objectif d’augmenter les revenus des salariés. Les chiffres évoqués parlent de hausses pouvant aller de 1 500 à 4 000 dirhams par mois, selon le niveau de revenu et la situation de chaque salarié.

Ces montants devront naturellement être appréciés à partir de la structure de l’impôt sur le revenu, du nombre de bénéficiaires et du coût de la mesure pour les finances publiques. Mais le message politique est clair : le parti veut faire du revenu direct des ménages l’un des axes visibles de son programme, et pas seulement miser sur des mesures dont les effets seraient plus lointains ou sur des promesses générales liées à la croissance.

La situation des veuves s’inscrit dans la même logique. Lekjaa a pris l’exemple de la famille après le décès du chef de ménage pour défendre l’idée d’une pension complète au profit de la veuve, à partir d’un constat très simple : les dépenses ne disparaissent pas avec la disparition du principal soutien financier. Si elle devait être appliquée, la mesure reviendrait à revoir le niveau de protection accordé à la famille après la perte de l’une de ses principales sources de revenu.

Sur les prix, l’approche présentée ne se limite pas à soutenir le pouvoir d’achat par l’argent public. Le ministre a parlé d’une réorganisation des circuits de distribution des produits de première nécessité et d’un meilleur encadrement de la relation entre producteur et consommateur, avec une marge commerciale jugée raisonnable et une réduction des hausses de prix liées à la multiplication des intermédiaires dans les chaînes de distribution.

C’est l’un des points qui relient directement la politique sociale au fonctionnement du marché. Une hausse des prix ne se corrige pas toujours par une augmentation des revenus ou par la subvention. Une partie du problème peut aussi se situer dans le parcours du produit avant qu’il n’arrive au consommateur.

La jeunesse occupe une autre place importante dans le programme. Lekjaa a évoqué l’accumulation de difficultés économiques et sociales qui, selon lui, ont produit de nombreux problèmes au sein de cette catégorie de la population. La réponse proposée consiste à ramener les jeunes vers la production et la création de valeur ajoutée, et à les éloigner de la marginalisation économique et sociale.

La formule reste large, mais elle renvoie à un dossier beaucoup plus lourd qu’un slogan électoral : comment transformer une population à la recherche d’opportunités en force productive ? Dans quels secteurs cette jeunesse doit-elle être absorbée ? Et quels moyens financiers seront nécessaires pour y parvenir ? Dans sa présentation à Agadir, le programme a surtout fixé l’orientation générale, davantage qu’il n’a détaillé les mécanismes d’exécution de ces différentes mesures.

Dans la santé et l’éducation, le niveau d’ambition affiché est également élevé. L’objectif présenté par Lekjaa est de parvenir, à l’horizon 2031, à des services répondant aux besoins des citoyens dans les différentes régions du Royaume, avec une réduction des écarts dans l’accès aux services essentiels.

Cette approche rejoint l’un des dossiers devenus centraux dans les politiques publiques de ces dernières années : la différence entre ce dont bénéficie un citoyen dans un grand centre urbain et ce que trouvent les familles dans d’autres territoires, qu’il s’agisse de santé, d’éducation, d’équipements ou de services.

Lekjaa a également rattaché le programme du parti au programme lancé par le Roi Mohammed VI pour réduire les disparités territoriales et parvenir à un développement plus équilibré. L’idée qu’il a avancée est celle d’un Maroc où les régions et les catégories sociales ne progressent pas à des vitesses trop éloignées les unes des autres, mais où les écarts dans le niveau de développement et dans l’accès aux services sont progressivement réduits.

Toutes ces promesses ramènent finalement au premier chiffre : 350 milliards de dirhams.

Soixante-dix milliards de dirhams par an constituent un montant considérable lorsqu’il s’agit d’un programme électoral couvrant cinq années. C’est pourquoi l’affirmation selon laquelle des sources de financement ont été identifiées sans augmentation des impôts payés par les citoyens sera, plus que toute autre, appelée à passer du discours électoral à des calculs vérifiables.

Lekjaa affirme que les sources de financement ont été déterminées année par année. Dans la présentation rapportée, le détail complet de chaque source et de sa contribution au financement de chaque engagement n’a toutefois pas été exposé. Le coût global est donc clairement affiché dans le discours, tandis que les détails précis du financement restent la partie qui permettra de mesurer la faisabilité réelle du programme si le parti devait accéder à une position lui permettant de mettre en œuvre ces engagements.

Cela ne retire rien à l’intérêt du programme. Mais cela le replace dans son cadre naturel : d’abord devant les électeurs, puis devant les comptes publics.

Lekjaa a choisi un seul mot pour résumer la philosophie du programme : « le raisonnable ». Le terme prend ici une dimension politique directe, puisqu’il présente le programme comme un contrat avec les Marocains autour de mesures précises, permettant ensuite aux électeurs de demander des comptes au parti sur ce qui aura réellement été réalisé.

À la fin de la rencontre, le discours a quitté le terrain des chiffres et des politiques publiques. Lekjaa a appelé les présents à s’approprier le programme et à le transmettre aux citoyens. Il leur a également demandé de voter massivement pour les candidats du Parti Authenticité et Modernité lors du scrutin du 23 septembre, afin de donner au parti, selon ses propres termes, la possibilité d’appliquer son programme et de faire avancer le processus de développement.

L’élection ne permettra pas seulement de mesurer la capacité du PAM à convaincre les électeurs. Elle mettra aussi à l’épreuve la capacité de tout programme de cette ampleur à passer des tableaux de coûts au budget de l’État, et des promesses sur les revenus, les prix et les retraites aux mesures dont le citoyen pourra réellement constater les effets dans sa vie quotidienne.

Les 350 milliards de dirhams ne constituent donc pas, à eux seuls, toute l’histoire. L’histoire commencera véritablement lorsqu’il faudra expliquer chaque milliard : d’où il vient, où il ira, quand son effet apparaîtra, et qui en supportera le coût si la hausse des impôts n’est pas la voie retenue.

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