Lorsqu’Abdelrahim Rmah écrit sur les élections législatives du 23 septembre 2026, il ne les présente pas comme un simple rendez-vous électoral destiné à départager les partis pour occuper les sièges de la Chambre des représentants. Dans son article intitulé « La responsabilité de tous dans les élections du 23 septembre 2026 », il déplace la question vers un terrain plus large : qui porte la responsabilité de faire des élections un véritable point d’appui pour des institutions plus crédibles ?
Rmah part d’un principe clairement énoncé dans son texte : aucun pays ne peut fonctionner normalement sans une démarche démocratique et des institutions représentatives, au premier rang desquelles un Parlement élu dans la clarté et la transparence. Il rappelle à cet égard la place accordée à la Chambre des représentants par la Constitution du 1er juillet 2011.
Mais son propos ne s’arrête pas à l’institution.
Après avoir consacré deux précédents articles à la mobilisation nationale en faveur de l’intégrité électorale et au renforcement de la confiance dans les institutions, puis formulé dix remarques et propositions concernant les élections législatives, Rmah élargit cette fois le champ de la responsabilité : les élections ne relèvent pas exclusivement des partis, ni uniquement de l’État, ni d’un citoyen qui déposerait son bulletin avant de se retirer de la vie politique.
C’est là que son raisonnement commence réellement à prendre une autre dimension.
Rmah relie le choix électoral à l’évaluation du travail accompli par la Chambre des représentants depuis son élection en 2021, à celui du gouvernement durant la même période, mais aussi aux programmes que les partis proposent pour la prochaine étape, jusqu’en 2031.
Autrement dit, il invite l’électeur à considérer l’élection à la fois comme un moment de reddition des comptes et comme un choix pour l’avenir.
La question n’est donc plus seulement : qui apprécions-nous ? Ou à quel parti sommes-nous attachés ? Elle devient : qu’a réalisé celui qui détenait la responsabilité ? Que propose celui qui veut l’exercer ? Et surtout, quel candidat présente suffisamment de probité, de crédibilité et de compétence pour mériter la confiance ?
À ce niveau, le vote cesse d’être uniquement une expression d’appartenance. Il devient un exercice de citoyenneté.
Mais Rmah aborde ensuite une question plus sensible lorsqu’il évoque ce qu’il considère comme un fort abstentionnisme parmi les citoyens, estimant que, quelles qu’en soient les raisons, ses conséquences seraient négatives.
Le problème n’est donc pas seulement de savoir combien de listes ou de candidats sont en compétition. La véritable interrogation est peut-être ailleurs : combien de citoyens auront le sentiment que leur voix mérite encore d’être portée jusqu’à l’urne ?
C’est ici que son article dépasse le discours classique sur la participation pour attribuer à la société elle-même une part de la responsabilité dans la reconstruction de la confiance.
Rmah ne limite pas cette mobilisation aux partis politiques. Il cite les universitaires, les intellectuels, les journalistes sérieux, les organisations syndicales, les associations de défense des droits, la société civile, les avocats, les médecins, les ingénieurs, les enseignants, les professionnels de la santé, les fonctionnaires, les salariés du secteur privé, les professions libérales, les commerçants, les agriculteurs et, plus largement, l’ensemble des citoyens.
Cette longue énumération n’est pas anodine.
Elle traduit une conception plus large de l’élection : si le scrutin doit contribuer à déterminer la qualité des institutions politiques des prochaines années, alors la société qui attend de ces institutions des réponses en matière d’emploi, d’éducation, de santé, d’investissement et de développement territorial ne peut considérer l’élection comme une affaire réservée aux appareils partisans.
Le développement économique et social n’est pas séparé de la qualité des institutions qui produisent la décision publique. Les politiques sociales ne naissent pas dans le vide. Elles ont besoin d’un Parlement capable de légiférer et de contrôler, d’un gouvernement capable d’agir et de partis capables de produire des choix politiques lisibles.
À partir de là, l’appel de Rmah à la participation rejoint, même indirectement, les grandes questions du développement.
Quel Parlement voulons-nous pour la période qui nous mène à 2031 ?
Quelles compétences doivent y accéder ?
Les partis sont-ils capables de convaincre les citoyens que leurs candidats ne sont pas seulement capables de gagner une circonscription, mais aussi d’assumer les fonctions de législation, de contrôle et de représentation ?
Rmah va plus loin lorsqu’il appelle à soutenir les candidats qui disposent de probité, de crédibilité et de compétence, indépendamment de leur appartenance politique.
C’est probablement l’une des idées les plus importantes de son article.
Il ne propose pas de supprimer les partis, et ne dit pas que l’appartenance politique n’a aucune valeur. Il suggère plutôt que la personnalité du candidat, son intégrité et ses compétences deviennent des critères essentiels du vote, et que le parti lui-même puisse être apprécié à travers la qualité des personnes qu’il présente aux électeurs.
La responsabilité des partis apparaît alors clairement.
Lorsqu’un parti demande au citoyen de lui confier son vote, il doit accepter en retour que ses candidats soient évalués sur leur probité, leur compétence et leur capacité à exercer leur mandat, et pas uniquement sur leur appartenance organisationnelle ou sur la puissance de leurs réseaux électoraux.
Rmah aborde ensuite la question la plus délicate lorsqu’il appelle explicitement à combattre l’achat des voix et les candidats corrompus, en refusant de voter pour eux au nom de la discipline partisane, du tribalisme ou des solidarités familiales.
Ce n’est pas, dans son raisonnement, une simple anomalie électorale.
C’est une question qui touche à la signification même du vote.
Lorsque l’argent devient un instrument d’achat du choix électoral, il ne modifie pas seulement le résultat d’une circonscription. Il transforme également le rapport entre le citoyen et l’institution. Le citoyen qui cède sa voix peut obtenir un avantage immédiat ; mais l’institution qui résulte de cette opération devra ensuite prendre des décisions dont les effets se prolongeront pendant plusieurs années.
Une question apparaît alors derrière le raisonnement de Rmah : comment une société peut-elle exiger des institutions fortes et intègres si une partie de ses membres accepte, au moment décisif du vote, de privilégier l’argent, la parenté ou l’appartenance communautaire au détriment de la compétence ?
Rmah ne veut pas non plus faire du citoyen un simple spectateur de la campagne.
Il lui demande d’utiliser ses relations professionnelles et sociales, les liens entre villes et campagnes, les médias, la presse et les réseaux sociaux pour faire connaître les candidats qu’il considère comme dignes de confiance.
Cette idée pose nécessairement la question du rôle des médias.
Il ne s’agit pas de transformer le journaliste en soutien d’un candidat, ni de faire des réseaux sociaux une machine électorale sans règles. Il s’agit plutôt, dans l’esprit de son propos, de permettre à la société de produire un débat sur la personne à qui elle accorde sa confiance et les raisons de cette confiance.
La question peut alors être adressée directement aux médias marocains : peuvent-ils dépasser, durant cette campagne, la simple couverture des déplacements et des déclarations des candidats pour les interroger sur leur bilan, leurs programmes, les sources de leurs promesses et leur capacité réelle à les mettre en œuvre ?
La même interrogation concerne l’électeur.
Lorsqu’il lit un programme qui prétend s’étendre jusqu’en 2031, qu’est-ce qui lui permet de le considérer comme crédible ? Une promesse séduisante suffit-elle ? Ou faut-il également connaître son coût, ses mécanismes de financement, l’institution chargée de sa mise en œuvre, son calendrier et, surtout, ce qui a été réalisé des promesses précédentes ?
L’article de Rmah n’apporte pas toutes ces réponses. Mais il ouvre clairement la porte à ces questions.
Son intérêt réside justement dans le fait qu’il ne place pas toute la responsabilité sur l’État ou sur les partis. Pour lui, l’augmentation de la participation, la lutte contre l’achat des voix et la promotion de candidats intègres supposent une action venant de plusieurs composantes de la société.
L’objectif qu’il dessine est précis : renforcer la confiance dans la Chambre des représentants, créer les conditions d’une opposition forte et d’un gouvernement fort, et redonner sa valeur à l’action politique.
La participation devient alors plus qu’un simple chiffre à faire progresser.
Elle renvoie à la qualité des institutions qui sortiront des urnes.
Le prochain Parlement ne sera pas séparé des grandes questions économiques et sociales auxquelles le Maroc devra répondre dans les années à venir : emploi, éducation, santé, investissement, pouvoir d’achat, justice territoriale et transformation du marché du travail. Toutes ces questions nécessitent des institutions capables de légiférer, de contrôler et de demander des comptes, ainsi que des partis capables de présenter des alternatives mesurables.
C’est pourquoi l’une des questions les plus fortes que laisse l’article de Rmah n’est peut-être pas seulement : faut-il voter ?
Elle est plutôt : qu’allons-nous choisir en votant ?
Un candidat capable de gagner seulement ?
Ou un député capable d’exercer réellement son mandat ?
Un parti capable de former un gouvernement ?
Ou un parti dont le programme pourra être évalué et sanctionné ?
Une opposition qui se contente de contester ?
Ou une opposition capable de proposer une alternative ?
À partir de là, la « responsabilité de tous », choisie par Abdelrahim Rmah comme titre de son article, cesse d’être uniquement un appel moral. Elle devient une véritable épreuve politique.
Le citoyen est responsable de son choix. Le parti est responsable de ses candidats. Le candidat est responsable de son parcours et de ses engagements. Les médias sont responsables de la manière dont ils l’interrogent. La société civile est responsable de sa capacité à surveiller le processus. Et les institutions restent appelées à garantir les conditions de l’intégrité et de la transparence.
Quant à ce que révéleront les urnes le 23 septembre, nul ne peut raisonnablement le déterminer à l’avance.
Mais l’article d’Abdelrahim Rmah laisse une question ouverte, qui mérite de rester au centre du débat jusqu’au dernier jour de la campagne : irons-nous voter seulement pour choisir ceux qui nous représenteront, ou aussi pour assumer notre part de responsabilité dans le type de politique que nous voulons pour les cinq prochaines années ?


