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Fédération de kick-boxing : 8 démissions… les activités continuent, mais qui détient encore la légitimité pour décider ?

La Fédération de kick-boxing après six mois de vacance

Quand les compétitions continuent et que la légitimité de ceux qui les dirigent reste en suspens

Samedi 19 septembre 2026, Khalid Guendili a présidé une réunion technique consacrée, selon les éléments rendus publics, à l’examen du programme de la Fédération Royale Marocaine de Kick-Boxing, Muay-Thaï, Savate et Sports Assimilés pour le reste de l’année. Il a été question du championnat d’Afrique de savate à Casablanca, de la Coupe du Trône à Taza, du Grand Prix national dans les différentes disciplines de la Fédération, ainsi que de la coordination avec les ligues régionales et d’une prochaine réunion avec leurs présidents.

Sur le plan sportif, la scène paraît normale : des compétitions, des échéances, des préparatifs et un calendrier.

Mais la phrase qui a précédé cette présentation est celle qui oblige à reprendre toute l’affaire depuis le début : selon ce qui a été rapporté lors de la réunion, les démissions n’empêcheraient pas la Fédération de poursuivre ses activités, et le président aurait présenté aux participants un texte juridique à l’appui de cette position.

Cette affirmation peut être exacte sur un point précis. Elle ne répond cependant pas à la question qui demeure posée depuis le printemps.

Personne ne soutient que la démission de membres d’un bureau dirigeant devrait entraîner l’arrêt du kick-boxing, du muay-thaï ou de la savate au Maroc. Les clubs ne démissionnent pas avec les dirigeants. Les sportifs ne perdent pas leur droit à l’entraînement ou à la compétition. Les championnats ne deviennent pas inexistants parce qu’un organe administratif traverse une crise.

La question est différente : quelle est l’autorité juridiquement habilitée à administrer ces activités au nom de la Fédération lorsque son bureau dirigeant a perdu la majorité de sa composition initiale ?

En avril, huit membres sur quinze du bureau dirigeant ont démissionné. Parmi eux figuraient le secrétaire général, le trésorier, son adjoint ainsi que cinq conseillers. L’affaire n’est pas restée au stade des informations internes ou des divergences de couloir. Les démissions ont été rendues publiques, relayées par plusieurs médias, puis portées devant l’institution parlementaire.

Plus important encore, la question parlementaire n° 30719 publiée sur le site officiel de la Chambre des représentants indique explicitement que huit membres sur quinze ont présenté leur démission et rattache cette situation à ce qu’elle décrit comme une « vacance empêchant le bureau de délibérer sur les décisions de la Fédération ». La même question indique que le ministère avait été saisi, le 23 avril 2026, afin d’appliquer l’article 22 des statuts de la Fédération. Une autre question parlementaire, portant le n° 32322, est revenue sur la même situation, en évoquant à nouveau la démission de huit membres sur quinze et la vacance qui en aurait résulté. D’après les pages officielles consultées, aucune réponse gouvernementale n’y était publiée au moment de la consultation. (chambredesrepresentants.ma)

Ces éléments donnent à la phrase « les démissions n’empêchent pas la poursuite des activités » une portée qui mérite d’être précisée.

Oui, l’activité sportive continue.

Mais la continuité de l’activité sportive ne signifie pas automatiquement la continuité du bureau dirigeant dans l’exercice de l’ensemble de ses pouvoirs.

La loi n° 30.09 relative à l’éducation physique et aux sports confie aux fédérations sportives des missions d’organisation et d’encadrement des disciplines dont elles ont la charge. Elle exige également que leurs statuts soient conformes à la loi et aux textes pris pour son application. (ar.wikisource.org)

Et lorsque le législateur aborde les situations dans lesquelles le fonctionnement d’une fédération n’est plus régulier, il ne laisse pas la question dans une zone sans réponse. L’article 31 de la loi 30.09 prévoit une procédure lorsqu’une fédération commet une violation grave de ses statuts ou des dispositions législatives et réglementaires qui lui sont applicables, ou lorsque son fonctionnement ou son activité devient préjudiciable à l’activité sportive.

La procédure commence par une mise en demeure. En l’absence de régularisation, l’administration peut dissoudre l’organe dirigeant et prendre les mesures nécessaires dans l’intérêt de l’activité sportive, notamment par la désignation d’une commission provisoire chargée d’administrer la Fédération jusqu’à la tenue de l’assemblée générale. Cette commission doit fixer la date de cette assemblée dans un délai maximal de trois mois à compter de la dissolution de l’organe dirigeant. (droit-biram.blogspot.com)

La commission provisoire n’est donc pas une construction théorique destinée à résoudre les conflits de la seule Fédération de kick-boxing.

En juin 2026, le ministère a désigné une commission provisoire pour administrer la Fédération Royale Marocaine de Pétanque, en application de l’article 31. Sa mission comprenait la continuité de l’activité sportive, la réorganisation des structures fédérales et la préparation d’une assemblée générale destinée à élire un nouveau président et un nouveau bureau dirigeant. Une décision similaire a été prise en août concernant la Fédération Royale Marocaine de Badminton, avec le même principe de continuité de l’activité et de réorganisation des structures avant l’élection d’un nouveau bureau.

Il ne s’agit pas de comparer mécaniquement la situation du kick-boxing à celle de la pétanque ou du badminton, chacune ayant son propre dossier. Ce que ces précédents montrent, c’est que le mécanisme de la commission provisoire existe dans la loi et qu’il a effectivement été utilisé par le ministère lorsque les conditions d’un fonctionnement ordinaire n’étaient plus réunies.

Dans le dossier du kick-boxing, le ministère n’était d’ailleurs pas absent du processus. Des échanges ont eu lieu au sujet de la situation, une question parlementaire officielle a porté sur l’application de l’article 22 et une assemblée générale extraordinaire s’est tenue le 27 juin en présence de représentants du ministère, du Comité National Olympique Marocain et de représentants d’un grand nombre de clubs. La Fédération avait elle-même présenté cette assemblée comme destinée à mettre en place une commission provisoire chargée de gérer les affaires courantes jusqu’à la tenue de l’assemblée élective. (achpress.com)

Mais cette assemblée n’a pas produit la solution institutionnelle qui devait mettre fin à la crise.

Les travaux ont été interrompus dans une atmosphère tendue. Des représentants du ministère et du Comité National Olympique Marocain se seraient retirés, selon plusieurs récits médiatiques, tandis que la Fédération a livré sa propre version des événements et accusé certaines parties d’avoir tenté d’empêcher la poursuite de l’assemblée. Des accusations et des contre-accusations ont ensuite porté sur des images, des enregistrements, un rapport d’huissier et différentes démarches judiciaires. Ces éléments ne peuvent être transformés en conclusions définitives tant que les autorités compétentes ne se sont pas prononcées.

Une nouvelle étape électorale devait ensuite permettre de sortir de l’impasse. La Fédération avait annoncé une assemblée générale élective prévue le 25 juillet, avant que son report ne soit annoncé. Dans le même temps, les activités sportives ont continué au nom de la Fédération, notamment avec la manifestation « Empire Fight Morocco » organisée à Mohammedia le 25 juillet, présentée par des sources sportives comme étant placée sous l’égide de la Fédération.

C’est précisément là qu’il faut maintenir la séparation entre deux réalités qui ne peuvent pas être confondues : la compétition sportive d’un côté, l’autorité qui prend les décisions au nom de l’institution de l’autre.

Une compétition peut avoir lieu. Les athlètes peuvent participer. Les clubs peuvent continuer à fonctionner. Les ligues peuvent organiser leurs activités. Une équipe nationale peut devoir préparer une échéance internationale. Rien de tout cela ne tranche, à lui seul, la question de savoir qui détient légalement le pouvoir de décision au nom de la Fédération.

La démission collective de huit membres sur quinze n’est pas la démission d’un administrateur dont le siège pourrait simplement être remplacé sans autre conséquence. Il s’agit de la majorité du bureau dirigeant, dont plusieurs fonctions essentielles ont quitté leurs postes : secrétaire général, trésorier et trésorier adjoint. C’est précisément pour cette raison que les documents parlementaires ont parlé de vacance et d’une situation affectant la capacité du bureau à délibérer. (chambredesrepresentants.ma)

Six mois prennent alors une autre dimension.

La crise ne date pas de samedi. Les démissions remontent au mois d’avril. Les échanges avec le ministère ont suivi. La question a été portée devant le Parlement. Une assemblée générale extraordinaire a été organisée en juin pour tenter de traiter la situation. Ses travaux n’ont pas permis de sortir de l’impasse. Une assemblée élective annoncée pour juillet a ensuite été reportée. Août est passé, septembre est arrivé, et la question de la légitimité du dispositif dirigeant reste publiquement posée.

Puis, le 19 septembre, une nouvelle programmation sportive est présentée jusqu’à la fin de l’année.

Le problème n’est pas le programme lui-même. Le problème est qu’il reformule l’ancienne question sous une forme nouvelle : un organe dont la majorité des membres a démissionné et dont la situation est restée contestée pendant des mois peut-il continuer à exercer l’ensemble des prérogatives du bureau dirigeant comme si sa situation juridique n’avait pas changé ?

Si la réponse est oui, le texte qui confère cette continuité doit être clairement identifié.

Une référence générale à la continuité de l’activité sportive ne suffit pas à établir la continuité de tous les pouvoirs administratifs, financiers et institutionnels du bureau.

Si la réponse est non, cela ne signifie pas que le sport doit être laissé sans direction. La loi 30.09 prévoit précisément un mécanisme permettant d’éviter cette rupture : lorsque les conditions de l’article 31 sont réunies, l’administration peut intervenir, dissoudre l’organe dirigeant et désigner une commission provisoire chargée d’assurer la continuité de l’activité, de réorganiser les structures et de préparer une nouvelle assemblée générale dans le délai légal. (droit-biram.blogspot.com)

La question adressée au ministère devient alors plus difficile à repousser.

Il ne s’agit pas de choisir entre Khalid Guendili et ses opposants. Il ne s’agit pas davantage de confier une légitimité politique ou administrative à un camp contre un autre. Il s’agit de déterminer, sur la base des textes et des documents, qui détient la qualité juridique pour agir au nom de la Fédération et quel mécanisme doit encadrer la période transitoire.

Le sport n’a aucun intérêt à un vide administratif. Il n’a pas davantage intérêt à ce qu’un conflit de qualité juridique se prolonge indéfiniment.

Le dossier concerne d’ailleurs bien plus que les personnes actuellement en désaccord. Les membres démissionnaires, les ligues régionales, les clubs, les entraîneurs, les arbitres et les sportifs ont tous intérêt à ce que l’autorité qui prend les décisions au nom de la Fédération soit clairement identifiée et juridiquement habilitée. Une décision sportive, administrative ou financière peut difficilement être durablement sécurisée si la qualité de celui qui l’a prise reste contestée.

Quant au silence éventuel de l’administration, il faut également rester précis. Rien ne permet d’attribuer une intention particulière au ministère sans éléments supplémentaires. Mais le fait demeure : la situation a été portée à sa connaissance, elle a fait l’objet de démarches et de questions officielles, et elle n’a pas encore produit, dans les sources publiques consultées, une issue institutionnelle définitive.

C’est pourquoi le secteur du kick-boxing, du muay-thaï, de la savate et des sports assimilés n’a pas besoin d’un nouveau communiqué sur les compétitions pour sortir de cette crise. Il a besoin d’une réponse institutionnelle documentée.

Le bureau constitué de quinze membres conserve-t-il juridiquement la même qualité après la démission de huit d’entre eux ? Si oui, quel texte lui confère cette continuité ? Si non, pourquoi la situation de vacance n’a-t-elle pas été définitivement réglée par le mécanisme prévu par les textes afin d’assurer à la fois la continuité de l’activité sportive et la reconstruction d’un organe dirigeant régulièrement constitué ?

La question dépasse Khalid Guendili. Elle dépasse également ceux qui contestent sa gestion.

Elle porte sur une chose plus simple et plus importante : la qualité juridique de celui qui décide au nom de la Fédération.

Un athlète a besoin de connaître la date de sa compétition. Un club a besoin d’une autorisation. Une ligue a besoin d’un interlocuteur. Une fédération a besoin d’un organe habilité à décider.

Et après plusieurs mois de crise, le problème reste entier : qui assume aujourd’hui, juridiquement, la responsabilité de la Fédération ?

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