Fouzi Lekjaa n’a pas commencé par le programme électoral du Parti authenticité et modernité lorsqu’il s’est exprimé à Oujda. Il a commencé par Oujda elle-même.
La ville qu’il a qualifiée de « capitale de l’Orient » et de « ville millénaire » était au centre de son intervention comme une cité qui possède une histoire, des compétences et un poids régional, mais qui, selon lui, n’est pas aujourd’hui dans la situation qu’elle devrait connaître. C’est à partir de là qu’il a abordé les transports urbains, puis l’investissement et l’emploi, avant de parler de la santé. Il ne dressait donc pas simplement la liste des problèmes d’une ville marocaine parmi d’autres ; il confrontait le programme présenté par son parti aux difficultés concrètes d’une ville qui a ses propres fragilités.
Lekjaa a expliqué que ses visites répétées à Oujda lui faisaient éprouver de la peine face à certaines de ses réalités, s’arrêtant notamment sur le transport urbain et sur des autobus qu’il juge indignes d’une ville de cette taille et de cette histoire.
Cette question a une dimension très concrète. Le transport urbain relève des compétences propres de la commune, tandis que le développement de l’économie locale, la promotion de l’emploi et l’encouragement de l’investissement privé font partie des compétences partagées entre la commune et l’État. Dès lors, toute promesse de changement dans la ville ne dépend pas, dans sa mise en œuvre, d’une seule décision gouvernementale. Commune d’Oujda – compétences de la commune
Puis la question de la jeunesse est arrivée.
Lekjaa n’a pas présenté le problème comme une absence de ressources humaines. Au contraire, il a affirmé qu’Oujda disposait de compétences et de jeunes qui avaient besoin de davantage de possibilités d’investissement, d’emploi et de création de petites et moyennes entreprises. Le diagnostic est assez direct : la ville, selon cette lecture, ne souffre pas d’un manque de potentiel humain, mais d’une capacité insuffisante à transformer ce potentiel en activité économique et en emplois durables.
Sur la santé, le regard s’est élargi d’Oujda à l’ensemble de la région de l’Oriental. Lekjaa a estimé que la région ne pouvait continuer à dépendre principalement du Centre hospitalier universitaire d’Oujda, alors que l’offre de soins demeure insuffisante dans plusieurs provinces. Il a appelé à développer les infrastructures et les services afin de rapprocher les soins des citoyens.
Ce n’est qu’ensuite que le discours est revenu à la politique nationale.
Les problèmes évoqués à Oujda ne sont en effet pas séparés du programme que le PAM présente pour les élections du 23 septembre. Le parti affirme inscrire son projet dans un horizon allant jusqu’en 2031. Lors d’une précédente intervention, Lekjaa avait évalué son coût global à quelque 350 milliards de dirhams sur cinq ans, soit environ 70 milliards par an, en affirmant que le financement de ces engagements ne passerait pas par de nouvelles hausses d’impôts pour les citoyens. Hespress – Programme du PAM et financement annoncé
C’est là que commence la difficulté du passage du chiffre national à la réalité d’une ville.
Oujda n’a pas seulement besoin d’un programme électoral général. Elle a besoin de savoir ce qui, dans ce programme, peut concrètement lui revenir, dans quels secteurs, avec quels moyens et sous quelle responsabilité. Le transport obéit à une organisation particulière, l’investissement implique plusieurs niveaux de décision, la santé relève d’un système spécifique et la question de la jeunesse renvoie à des politiques qui vont de l’éducation à la formation et à l’emploi.
Lekjaa n’est pas entré dans ce niveau de détail à Oujda. Il a posé les grandes orientations et laissé la mise en œuvre au niveau du programme présenté par son parti aux électeurs.
Même le Mouloudia d’Oujda a trouvé sa place dans cette logique.
Lekjaa a évoqué plusieurs figures de l’histoire du football oujdi, notamment Filali, Semmari, Hayouani et Tairi, rappelant les générations qui ont joué dans des conditions difficiles et contribué à une partie de la mémoire du football marocain. Il a ensuite appelé à conjuguer les efforts pour permettre au club de retrouver sa place.
Il était logique que le sujet apparaisse à Oujda. Mais la reconstruction du club ne relève pas uniquement du discours. Elle dépend de sa situation, de ses ressources, de sa gouvernance et de son environnement sportif. L’intervention de Lekjaa est donc restée, sur ce point, au niveau d’un appel général, sans devenir un plan précis pour le club.
Lorsqu’il a abordé le pouvoir d’achat, Oujda a de nouveau rejoint le cadre national du discours du PAM.
Coût de la vie, retraités, factures d’électricité pour les ménages à faible consommation, impôt sur le revenu et intermédiaires entre producteurs et consommateurs : autant de dossiers que Lekjaa a présentés comme des éléments de la réponse proposée par le PAM à la pression qui pèse sur les ménages.
Lors de précédentes interventions, il avait déjà détaillé certaines de ces mesures, notamment le soutien aux ménages dont la consommation électrique reste limitée, la révision de l’impôt sur le revenu et la volonté de réduire les écarts entre le prix payé au producteur et celui finalement acquitté par le consommateur. Intervention de Lekjaa sur les mesures annoncées
La jeunesse est revenue une nouvelle fois, mais cette fois comme priorité nationale.
Lekjaa a parlé de l’école, de la formation, de l’insertion professionnelle, de l’accompagnement des initiatives économiques, de la création d’entreprises et du logement. Il a affirmé que les jeunes avaient exprimé leur colère et leur inquiétude quant à leur avenir de manière pacifique et que le message avait été entendu.
Cette phrase relie directement le programme politique à une question qui dépasse les services publics classiques. Un jeune sans formation adaptée, sans emploi ou sans possibilité de financer un projet ne sépare pas forcément l’éducation, l’emploi et le logement en dossiers indépendants.
Sur la santé, Lekjaa ne s’est pas limité aux infrastructures. Il a parlé de la manière dont le citoyen devrait être accueilli à l’hôpital, de la nécessité de lui garantir sa dignité et de lui permettre d’accéder aux soins dans les délais appropriés.
Il est ensuite revenu à l’école publique, estimant que son rôle ne devait pas se limiter à délivrer des diplômes, mais devait également comprendre la formation, la transmission des valeurs et la préparation des jeunes à leur vie professionnelle et sociale.
Tout cela relève du programme national du parti, mais Oujda lui a donné une dimension différente. Le discours ne portait plus seulement sur le « Maroc de 2031 », mais sur une ville que Lekjaa veut voir retrouver, selon ses propres termes, son rôle de locomotive de la région.
Sur le plan politique, le message adressé aux électeurs était également explicite. Lekjaa a critiqué la course aux postes et aux responsabilités, estimant que les citoyens étaient capables de distinguer ceux qui travaillent au service du pays de ceux qui font du poste une fin en soi. Puis il est arrivé au point électoral proprement dit : le Parti authenticité et modernité n’a jamais dirigé le gouvernement et, selon son argumentaire, les électeurs peuvent lui accorder leur confiance avant de le juger ensuite sur ce qu’il aura réalisé et sur ce qu’il n’aura pas réalisé.
Le programme devient alors un engagement politique plus qu’une simple liste de propositions.
L’épreuve qui suivra ce discours ne consistera pas à déterminer si Oujda a besoin de meilleurs transports, de davantage d’emplois ou d’une offre de soins plus importante. Ces besoins sont déjà présents dans le débat local. La véritable question sera de savoir comment, si le parti obtient une position lui permettant de mettre son programme en œuvre, ces intitulés se transformeront en projets, en budgets, en calendriers et en responsabilités clairement réparties.
Pour l’instant, Lekjaa a choisi d’inscrire Oujda dans l’image que le PAM veut donner du Maroc à l’horizon 2031, en affirmant que la capitale de l’Orient ne devrait pas, selon lui, rester à la périphérie de cette vision.
Le reste commencera lorsque les promesses pourront être mesurées.


