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280 milliards et 7 milliards de centimes dans une « Volvo » : que feront les institutions face au récit de l’avocat de Faiq ?

Le dossier de Rachid Faiq ne se limite plus à la plainte déposée par l’ancien parlementaire ni au récit initial présenté par sa défense. Cette fois, son avocat, Mohamed Hassi, a livré face caméra une série d’éléments précis : des noms, des réunions qui auraient eu lieu, des sommes d’argent, une Volvo grise, ainsi que des photographies, des enregistrements et des témoins dont la défense affirme qu’ils pourraient être retrouvés et vérifiés.

Le lendemain, le parquet général près la Cour d’appel de Fès a annoncé qu’il poursuivrait les investigations sur la plainte, après avoir pris connaissance de nouveaux éléments présentés par la défense lors de sa conférence de presse et qui ne figuraient pas dans la plainte initiale.

C’est à cet endroit précis que la nature de l’affaire change.

L’avocat ne s’est pas contenté de citer des montants. Il a parlé de faits qui, s’ils existent matériellement, devraient laisser des traces : communications téléphoniques, photographie d’un véhicule avec sa marque, sa couleur et sa plaque d’immatriculation, enregistrements sonores et personnes susceptibles d’être entendues.

Parmi les éléments les plus frappants figure cette Volvo grise que Hassi présente, selon le récit de son client, comme appartenant à Mohamed Chouki. Faiq aurait vu dans le coffre des liasses de billets de 200 dirhams. Quant aux sept milliards de centimes, l’avocat n’a pas dit que son client les avait comptés lui-même : selon le récit rapporté, Faiq aurait vu les liasses et aurait été informé que leur valeur atteignait ce montant. Hassi affirme également qu’une photographie du véhicule existe.

La question devient alors différente.

La photographie existe-t-elle ?

Le véhicule et sa plaque peuvent-ils être identifiés ?

Les enregistrements évoqués par la défense existent-ils ?

Les communications téléphoniques correspondent-elles aux dates et aux personnes citées ?

Et les témoins annoncés peuvent-ils confirmer une partie du récit ou, au contraire, le contredire ?

Nous n’avons pas les réponses.

Mais ce sont, en principe, des éléments vérifiables. C’est précisément ce qui empêche de réduire désormais l’affaire à un simple affrontement de déclarations.

Le récit ne s’arrête d’ailleurs pas à la Volvo.

Hassi a également évoqué des montants de l’ordre de 800 millions et de 200 millions de centimes, ainsi qu’une rencontre qui aurait été préparée à travers des communications téléphoniques et qui aurait eu lieu, selon son récit, au Marjane de la route d’Imouzzer à Fès.

Puis il a évoqué une autre réunion qu’il présente comme un moment central du dossier : un bureau situé dans la coupole du Parlement, où auraient été présents, selon ce qu’il rapporte de son client, Rachid Faiq, Rachid Talbi Alami, Mustapha Baitas et Mohamed Chouki.

Là encore, il s’agit du récit de la défense.

Hassi affirme que Faiq aurait été invité à se retirer de ses responsabilités régionales tout en conservant son siège parlementaire, qu’un délai de 48 heures lui aurait été donné et qu’une discussion aurait également porté sur 200 millions de centimes. Selon cette version, Faiq aurait refusé de démissionner en invoquant le nombre de voix obtenues.

La réunion a-t-elle réellement eu lieu sous cette forme ?

Les personnes citées étaient-elles présentes ?

Les propos attribués à chacun ont-ils réellement été tenus ?

La presse ne peut pas répondre à ces questions à la place de l’enquête.

Même le chiffre de 280 milliards évoqué dans le récit de la défense au sujet du soutien financier lié à la région et de sa répartition doit être confronté à des documents permettant d’établir précisément le montant, sa nature, sa source, ses bénéficiaires et la destination des fonds. Un chiffre prononcé lors d’une déclaration ne devient pas, à lui seul, une réalité financière établie.

C’est là que deux niveaux doivent être distingués.

Il y a ce que dit l’avocat de Faiq.

Et il y a ce que l’enquête pourra établir ou écarter.

Le parquet général a lui-même réaffirmé cette distinction. Il n’a pas annoncé que les accusations étaient établies et n’a pas confirmé la véracité des faits exposés par la défense. Il a annoncé la poursuite des investigations après avoir constaté que les déclarations de la défense contenaient des éléments nouveaux qui ne figuraient pas dans la plainte initiale.

Ce point compte dans la chronologie du dossier.

La plainte initiale avait été déposée le 23 juin 2025. Elle portait, selon les précisions du parquet, sur des allégations de chantage et de menaces d’emprisonnement durant la campagne électorale de 2021. Le parquet avait tenté à trois reprises d’entendre Faiq en prison avant de décider, le 29 août 2025, de classer provisoirement la plainte en raison notamment de l’absence de confirmation de son contenu et de l’absence d’éléments de preuve suffisants. Une demande ultérieure de sortie du classement, introduite en juillet 2026, n’avait pas apporté, selon le parquet, d’éléments nouveaux à ce moment-là.

Cette fois, le parquet dit avoir relevé de nouveaux éléments.

L’affaire dépasse donc la question de savoir qui croire.

Les faits allégués remontent à une période électorale. Les sommes évoquées auraient, selon le récit de la défense, été liées à des usages électoraux. Et plusieurs des personnes citées occupent ou ont occupé des fonctions politiques et institutionnelles importantes. Le tout intervient alors que la campagne pour les élections législatives du 23 septembre 2026 est en cours.

Cette concomitance ne permet évidemment pas de déduire une quelconque relation politique entre le dossier et le scrutin actuel. Elle ne permet pas davantage d’attribuer une intention à qui que ce soit. Mais elle donne une raison supplémentaire de vouloir des vérifications précises lorsqu’il est question d’argent et d’élections.

Alors les questions sont simples.

Si une photographie existe, où est-elle ?

Si des enregistrements existent, seront-ils expertisés ?

S’il existe des communications et des témoins, seront-ils vérifiés et entendus ?

Et si de telles sommes ont réellement circulé, leur origine et leur destination peuvent-elles être établies ?

Si certains faits étaient finalement établis comme relevant d’un financement électoral illégal, quelles en seraient les conséquences juridiques ?

Ces questions ne constituent pas un jugement contre qui que ce soit. Elles ne sont pas non plus secondaires.

À ce stade, nous ne savons pas si la réunion a eu lieu comme la défense la raconte, si les sommes existaient dans les conditions décrites, ni si les photographies, les enregistrements et les témoins annoncés confirmeront ou modifieront cette version.

Ce que l’on sait, en revanche, c’est que la défense a présenté un récit nouveau, assorti d’éléments qu’elle affirme vérifiables, et que le parquet général a annoncé la poursuite des investigations sur cette base.

La suite ne dépendra donc plus des déclarations.

Elle dépendra de ce que les vérifications permettront d’établir.

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