Ce qui est désormais établi, c’est que l’Union socialiste des forces populaires (USFP) s’apprête à faire passer la question de sa participation au gouvernement du niveau du débat au sein du Bureau politique à celui d’un arbitrage par le Conseil national. Réuni hier soir, le Bureau politique a décidé de convoquer cette instance à la fin de la semaine, alors que la participation gouvernementale s’est imposée comme le principal sujet de discussion interne.
Cette décision marque une étape supplémentaire dans l’examen de l’offre gouvernementale, sans pour autant signifier que la participation est définitivement actée. Une source dirigeante au sein du Bureau politique évoque une orientation générale favorable à l’entrée au gouvernement, tout en précisant que la position finale n’est pas encore arrêtée et que le débat reste ouvert au sein des instances du parti.
La réunion du Bureau politique a notamment examiné les conclusions des consultations menées par le Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachgar, avec Fatima Zahra Mansouri, chargée de former le prochain gouvernement. Selon la même source, la volonté de Mansouri de voir Lachgar et son parti intégrer l’équipe gouvernementale a bien été exprimée dans le cadre de ces consultations. Mais la nature de l’offre, les conditions d’une éventuelle participation et les modalités qui l’accompagneraient ne constituent pas encore un accord définitif.
C’est précisément à ce niveau qu’il convient de distinguer les faits des projections qui commencent déjà à circuler.
La participation de l’USFP est désormais sérieusement envisagée au sein de ses propres structures, mais la forme politique qu’elle pourrait prendre reste à définir. S’agirait-il d’une participation dans le cadre d’une coalition gouvernementale élargie ? Quelle place serait accordée au parti ? Quel poids politique pourrait-il réellement revendiquer ? Et quelles responsabilités en découleraient ?
Pour l’heure, ces questions demeurent au stade des discussions.
Le choix de renvoyer le dossier au Conseil national prend ainsi tout son sens. Pour l’USFP, la question ne se résume pas à accepter ou à refuser une proposition formulée au cours des consultations gouvernementales. Entrer au gouvernement signifie assumer des responsabilités exécutives et accepter un coût politique, particulièrement pour un parti qui a occupé une place importante dans l’opposition au cours de la précédente séquence.
Le débat attendu au Conseil national devrait donc dépasser l’évaluation de l’offre formulée par la cheffe du gouvernement désignée.
La source évoque d’ailleurs un débat « fort » et approfondi au sein de cette instance. L’existence d’une orientation générale au Bureau politique ne signifie donc pas que toutes les questions ont été tranchées, ni que les réserves éventuelles ont disparu.
Les noms commencent pourtant déjà à circuler.
Interrogée sur la possibilité que Driss Lachgar puisse pousser des membres de sa famille vers des postes ministériels, une source au sein du Bureau politique a écarté l’existence, à ce stade, de tout nom officiellement retenu ou proposé. Les noms qui circulent relèveraient, selon cette source, de simples spéculations.
Cette précision est loin d’être secondaire, car le calendrier réel des discussions au sein du parti semble suivre une logique différente de celle des rumeurs qui circulent déjà : d’abord le principe de la participation, ensuite ses conditions et ses modalités, puis les noms.
Même dans l’hypothèse où le Conseil national approuverait l’entrée au gouvernement, cela ne signifierait donc pas que la liste des futurs ministres de l’USFP serait automatiquement arrêtée.
Le parti devrait encore définir ce qu’il attend de cette participation, les profils qu’il souhaite proposer et les responsabilités qu’il serait prêt à assumer. Ces propositions entreraient ensuite dans le processus plus large de négociation gouvernementale.
Le Bureau politique n’a donc pas véritablement clos le dossier. Il l’a déplacé vers une étape institutionnelle supérieure.
Driss Lachgar dispose, selon les éléments disponibles, d’une première marge politique pour poursuivre les discussions autour d’une participation gouvernementale. Mais il ne peut, à ce stade, transformer à lui seul cette orientation en décision définitive au nom du parti. C’est le Conseil national qui devra, s’il valide cette ligne, lui donner une assise politique et organisationnelle plus large.
En attendant, l’USFP se trouve dans une zone intermédiaire : plus proche du gouvernement que de l’opposition, mais sans participation définitivement décidée ; les consultations ont avancé, mais les termes politiques de l’accord restent à préciser ; et les noms circulent déjà à l’extérieur alors que le parti affirme que leur discussion est encore prématurée.
Le véritable test interviendra à la fin de la semaine, lorsque la question ne sera plus seulement de savoir si l’USFP envisage de participer au gouvernement, mais à quelles conditions, avec quel poids et à quel prix politique il accepterait d’y entrer.


