mercredi, septembre 2, 2026
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Le PAM brandit l’étendard d’une économie sans pression fiscale sur les ménages… 350 milliards de dirhams sur la table : la croissance suffira-t-elle à financer les promesses ?

Dans les programmes électoraux, les grands chiffres ont quelque chose de séduisant : ils donnent aux promesses une forme mesurable. Mais un chiffre devient beaucoup plus intéressant lorsqu’il révèle la logique qui le sous-tend. Dans le cas du Parti authenticité et modernité (PAM), le chiffre qui résume le prochain combat économique n’est pas seulement celui des 350 milliards de dirhams, mais l’équation que le parti entend construire autour de cette enveloppe : davantage de dépenses sociales, une croissance plus rapide, des recettes fiscales supplémentaires sans nouvelles charges pour les classes moyennes, et un déficit qui ne dépasserait pas 3 %.

C’est ce pari que le parti place au cœur de son « Pacte de croissance et de durabilité », présenté dans le cadre de son programme pour les élections législatives prévues le 23 septembre 2026.

L’idée centrale est claire : il serait difficile de financer les engagements en matière de pouvoir d’achat, d’État social et de sécurité stratégique si l’économie continue d’évoluer à des rythmes proches de ceux enregistrés jusqu’ici. Le PAM relève donc son ambition à une croissance moyenne annuelle de 5 % entre 2027 et 2031, contre environ 3,7 % sur la période 2022-2025. Le parti estime par ailleurs qu’un point de croissance supplémentaire pourrait générer environ 53 000 emplois nets, sur la base d’une élasticité emploi-croissance de 0,53.

Mais le calcul ne s’arrête pas à l’emploi.

Le parti veut simultanément maintenir l’inflation autour de 2 %, contenir le déficit budgétaire à 3 % du PIB et placer la dette publique sur une trajectoire descendante, jusqu’à environ 62 % du PIB en 2031. Autrement dit, l’équation ne repose pas sur un recours accru à l’endettement pour financer les dépenses, mais sur une économie suffisamment dynamique pour produire les ressources nécessaires à leur financement.

C’est précisément là que se trouve le point le plus sensible du pacte.

Dans cette conception, la croissance n’est plus seulement un résultat recherché : elle devient une composante du plan de financement lui-même.

Le parti évalue le coût additionnel cumulé de son programme à environ 350 milliards de dirhams sur cinq ans, soit près de 70 milliards par an. Cette enveloppe serait répartie entre 150 milliards pour le « Pacte du pouvoir d’achat », 100 milliards pour le « Pacte de la citoyenneté », 50 milliards pour le « Pacte de la jeunesse » et 50 milliards pour le « Pacte de la souveraineté ». Le parti précise que le programme de développement territorial intégré, évalué à 130 milliards de dirhams sur cinq ans, est inclus dans ces enveloppes et ne constitue donc pas une dépense supplémentaire.

Ce sont toutefois les sources de financement qui révèlent le mieux la philosophie du programme.

Trois cents milliards de dirhams devraient provenir de l’effet additionnel de la croissance et des recettes fiscales, 40 milliards de la contribution des collectivités territoriales à travers les crédits liés au Fonds de la taxe sur la valeur ajoutée, et 10 milliards de la réallocation des dépenses et de l’amélioration de l’efficacité budgétaire. Le parti affirme ainsi que les ressources envisagées couvriraient la totalité du coût de 350 milliards de dirhams.

Cela signifie que le véritable combat ne consiste pas à trouver 350 milliards de dirhams dans les caisses de l’État. Il porte sur la capacité de l’économie à générer des ressources supplémentaires de cette ampleur au cours d’un seul mandat.

Le PAM mise ici davantage sur une transformation de la structure économique que sur une hausse des taux d’imposition. L’élargissement de l’assiette fiscale devrait, selon cette logique, passer par l’intégration d’activités économiques dans le secteur formel, l’amélioration du contrôle, une contribution accrue des établissements et entreprises publics et l’augmentation naturelle des recettes que la croissance est censée produire.

Le message politique est tout aussi clair : l’État social ne doit pas être construit au détriment de la classe moyenne.

Ce n’est pas un détail technique. Le programme tente de concilier deux exigences qui entrent souvent en tension dans les politiques publiques : protéger le pouvoir d’achat d’un côté et dégager des ressources supplémentaires pour l’État de l’autre. Le parti choisit donc de faire de la croissance, de la productivité et de l’élargissement de l’assiette fiscale une alternative à une pression fiscale directe accrue sur les ménages.

Mais atteindre cet objectif suppose de transformer l’économie réelle, pas seulement les tableaux financiers.

C’est pourquoi le pacte repose sur neuf programmes structurants qui commencent par l’industrialisation et le développement des chaînes de production d’avenir. Il ne s’agit pas uniquement de remplacer certaines importations par une production locale. Le programme prévoit également le développement des territoires ruraux, la valorisation des investissements liés à la Coupe du monde 2030, la libération de l’initiative au profit des très petites, petites et moyennes entreprises, le traitement des difficultés rencontrées par les entreprises moyennes lorsqu’elles cherchent à passer à l’échelle supérieure, ainsi que l’amélioration de leur accès aux marchés publics et la réduction des délais de paiement.

Le parti y ajoute l’augmentation du taux d’activité économique des femmes, le développement de l’économie du sport et le renforcement de l’économie de la connaissance et des services exportables.

Dans cette perspective, le « Pacte de croissance et de durabilité » n’est pas un programme économique au sens étroit. Il cherche à construire toute la chaîne : investissement, production, emploi, recettes, puis dépenses sociales.

La différence entre la réussite et l’échec de cette chaîne pourrait toutefois se jouer dans des détails que le grand chiffre de 350 milliards ne montre pas.

Faire passer la croissance de 3,7 % à 5 % ne représente pas simplement une hausse de 1,3 point. Cela suppose que l’économie marocaine puisse maintenir pendant cinq années un rythme supérieur, alors même que la croissance reste exposée aux facteurs climatiques et agricoles, aux évolutions extérieures et aux tensions géopolitiques. De même, transformer chaque point de croissance supplémentaire en 53 000 emplois nets suppose que les secteurs appelés à tirer cette croissance soient effectivement capables de créer des emplois au rythme retenu par le programme.

C’est là que la qualité de la croissance devient plus importante que son volume.

Si l’essentiel de la croissance provient de secteurs à forte productivité mais à faible intensité d’emploi, les équilibres du marché du travail seront différents. Si l’économie continue de dépendre des importations pour une part importante de ses besoins, une hausse de la demande intérieure ne se transformera pas nécessairement en production nationale. Et si les petites entreprises ne parviennent pas à devenir des entreprises capables de changer d’échelle, l’investissement public, à lui seul, ne suffira pas à constituer une base d’emploi large et durable.

Le choix de mettre l’accent sur l’industrie, les TPME, l’économie rurale et les services exportables apparaît donc comme une tentative de répondre par avance à ce défi.

Il y a aussi un pari sur le temps.

Le parti propose une révision globale des dépenses publiques au cours des six premiers mois du mandat, avec le regroupement des programmes et établissements dont les missions se chevauchent, la fixation d’un plafond pour les dépenses de fonctionnement jugées non prioritaires et l’audit des conventions et contrats-programmes. Il veut également soumettre la mise en œuvre du programme à des objectifs annuels, des contrats de performance, des évaluations semestrielles et une évaluation indépendante des résultats.

Cette mécanique est importante parce que les 350 milliards de dirhams ne constituent pas seulement un coût : ils représentent un engagement politique étalé sur cinq années.

Au bout du compte, l’épreuve ne portera pas sur la capacité du parti à annoncer un chiffre important ou à promettre une croissance de 5 %. Elle portera sur une question beaucoup plus concrète : que se passe-t-il si la croissance n’atteint pas 5 % ?

Que réduit-on en premier ? Qu’est-ce qui reste protégé ? Et est-il possible de préserver simultanément les dépenses sociales, le plafond du déficit, la trajectoire de la dette et l’investissement public ?

Le programme, dans sa présentation actuelle, n’apporte pas de réponse définitive à tous ces scénarios. C’est donc l’une de ses principales zones d’épreuve.

Mais une évolution mérite d’être relevée : le PAM ne présente pas la croissance comme un objectif économique séparé de la politique sociale. Il en fait la condition de son financement. Le débat électoral se déplace ainsi d’une question relativement simple — « combien l’État va-t-il dépenser ? » — vers une question beaucoup plus exigeante : « comment l’État et l’économie vont-ils produire les ressources qu’ils devront ensuite dépenser ? »

C’est précisément là que le slogan d’une « économie sans pression fiscale sur les ménages » cesse de ressembler à une simple promesse électorale pour prendre la forme d’un véritable contrat économique.

Si l’équation entre croissance, productivité et élargissement de l’assiette fiscale fonctionne, les 350 milliards de dirhams pourraient devenir une composante d’un cycle économique qui accroît les ressources au lieu de les épuiser. Mais si la croissance reste inférieure aux hypothèses retenues, les anciennes questions reviendront au premier plan : qui paiera le prix de l’État social et comment l’État arbitrera-t-il entre ses promesses et les contraintes des finances publiques ?

Le véritable combat ne porte donc pas sur les 350 milliards de dirhams. Il porte sur la capacité de l’économie marocaine à les produire sans que le citoyen en paie le prix deux fois : une première fois par l’impôt, et une seconde fois par la faiblesse des services publics ou l’érosion du pouvoir d’achat.

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