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Le PAM met l’État social sur la table des élections : un million d’emplois, un hôpital public face au privé… et le « changement de trajectoire » à l’épreuve

En période électorale, les promesses ne deviennent pas automatiquement un programme. Le véritable test commence lorsque les chiffres se transforment en engagements, les engagements en politiques publiques, et les politiques en résultats que le citoyen peut mesurer à l’hôpital, à l’école, sur le marché du travail ou encore dans l’accès au logement.

C’est précisément sous cet angle qu’il faut lire le programme électoral présenté par le Parti authenticité et modernité (PAM), au-delà de ses grands titres. Le parti, qui a fait partie de la majorité gouvernementale durant la législature qui s’achève, n’aborde pas les élections du 23 septembre uniquement pour défendre un bilan. Il se présente également comme porteur d’une proposition de « changement de trajectoire ».

Le programme est structuré autour de cinq pactes et de vingt engagements, pour un coût global annoncé de 350 milliards de dirhams sur cinq ans, avec pour objectif la création d’au moins un million d’emplois nets.

C’est ici que commence le paradoxe politique.

Comment un parti qui a participé à la gestion de la période précédente peut-il, dans le même temps, se présenter comme partie prenante de l’expérience gouvernementale et comme acteur souhaitant en modifier la trajectoire ?

La réponse ne se trouve pas dans un slogan unique, mais dans la nature même des propositions avancées.

De l’élargissement de la couverture sanitaire à la question : où va l’argent ?

Le « Pacte citoyen » place l’hôpital public au cœur de l’offre sociale du PAM. Le parti part d’une transformation majeure intervenue ces dernières années : selon son programme, le nombre de bénéficiaires de la couverture sanitaire de base est passé de 14 millions de personnes en 2021 à près de 32 millions.

Mais, selon le diagnostic du parti, cette extension de la couverture n’a pas été accompagnée d’une mise à niveau équivalente du service public de santé. Une part importante des dépenses de santé continue ainsi de se diriger vers le secteur privé, tandis que l’hôpital public reste confronté au manque de personnel, à une faible attractivité professionnelle et à une répartition géographique déséquilibrée des médecins.

Les chiffres avancés par le programme illustrent une partie du problème : près de 60 % des médecins spécialistes sont concentrés dans l’axe Casablanca-Rabat-Tanger, alors que cet axe ne représente qu’environ 35 % de la population du Royaume.

Le PAM ne propose donc pas simplement de construire de nouveaux hôpitaux. Il tente de redéfinir la fonction même de l’hôpital public : une institution capable de reconquérir une partie de la confiance, de la demande et des ressources qui se sont déplacées vers le secteur privé.

D’où la promesse de construire quatre nouveaux centres hospitaliers universitaires régionaux à Béni Mellal, Guelmim, Errachidia et Casablanca avant fin 2028, en plus de la mise à niveau de 1 600 centres de santé primaires et de 90 hôpitaux régionaux et provinciaux.

Mais le défi le plus difficile ne consiste pas à construire des murs.

Il concerne le médecin.

Le programme propose ainsi d’interdire aux cliniques privées de recourir à des médecins exerçant à temps plein dans le secteur public, avec des exceptions contractuelles précises et des règles clairement définies. Il lie également la réaffectation des médecins vers leurs établissements d’origine à la pleine mise en œuvre du nouveau statut de la fonction publique de santé.

Autrement dit, la bataille proposée par le PAM ne porte pas uniquement sur le manque d’hôpitaux. Elle concerne aussi la manière dont les ressources humaines sont réparties au sein du système de santé.

Un million d’emplois… le chiffre qui porte tout le programme

S’il existe un chiffre qui poursuivra le programme du PAM tout au long du débat électoral, c’est bien celui d’un million d’emplois nets.

Le chiffre est considérable, d’autant que le programme reconnaît lui-même que le bilan entre 2022 et 2025 n’a pas dépassé environ 94 000 emplois nets, soit moins d’un dixième de l’objectif d’un million annoncé au début de la législature.

Le parti s’appuie également sur des données faisant état d’un taux de chômage de 10,8 %, selon la nouvelle méthodologie du Haut-Commissariat au Plan, et de 29,2 % chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans.

Le PAM a donc tenté de ne pas laisser le million d’emplois comme un simple chiffre électoral suspendu dans le vide.

Il le répartit par secteurs : 250 000 emplois dans l’industrie, 270 000 dans les services à forte valeur ajoutée, 360 000 liés à la Coupe du monde 2030 et aux activités qui l’accompagneront, 80 000 liés à la stabilisation des jeunes dans le monde rural, ainsi que 40 000 emplois dans l’économie sportive et culturelle.

Cette démarche est politiquement importante, parce qu’elle déplace le débat de la question « combien allez-vous créer ? » vers une autre question : « d’où viendront ces emplois ? »

Mais elle ouvre simultanément une interrogation plus difficile : combien de ces emplois seront durables et combien dépendront d’un cycle d’investissement ou d’un événement exceptionnel comme la Coupe du monde ?

Le programme tente d’apporter une réponse partielle, notamment en reliant la pérennité des emplois liés au Mondial 2030 au développement du tourisme et des services. Il vise ainsi 32 millions de touristes en 2031 contre 17 millions en 2024.

Mais transformer un événement mondial en emplois durables exige davantage que des stades et des infrastructures. Il faut une économie capable de maintenir l’activité une fois l’événement terminé.

Le véritable pari : faire du Maroc un exportateur de services, et pas seulement de compétences

L’une des idées les plus révélatrices du programme réside peut-être dans le projet d’« Exportateur individuel de services », ou EIS.

L’idée paraît simple, mais elle porte en elle une transformation économique importante : un jeune Marocain ne devrait pas nécessairement émigrer pour vendre ses compétences sur un marché international. Il pourrait travailler depuis le Maroc, exporter un service numérique, d’ingénierie, de conseil ou linguistique, et percevoir ses revenus en devises.

Le parti propose à cette fin un cadre juridique et fiscal simplifié, un régime de change adapté, une inscription numérique, des comptes en devises ainsi qu’un réseau d’espaces de coworking et de formation.

Cette proposition dépasse la seule question du chômage.

Elle touche à une autre interrogation : le Maroc peut-il transformer une partie de l’émigration des compétences en exportation des compétences depuis le Maroc ?

La réponse dépendra non seulement de la législation, mais aussi de la qualité de l’internet, de la maîtrise des langues, de la formation, de l’accès aux marchés internationaux et de la confiance des entreprises étrangères dans les compétences marocaines.

École, logement, numérique… élargir le sens de la citoyenneté

Dans l’éducation, le programme entre davantage dans les détails du quotidien que dans les grands slogans : généralisation du préscolaire à partir de quatre ans, début des cours à neuf heures, généralisation du transport scolaire dans le monde rural, restauration dans les zones vulnérables, contrôles périodiques de l’audition et de la vue, ainsi que vingt minutes de lecture quotidienne.

Dans le logement, le parti fixe comme objectif d’accompagner 500 000 ménages, de poursuivre le programme d’aide au logement, de réhabiliter 100 000 logements ruraux, de lutter contre la spéculation immobilière, de développer le marché locatif et de mettre en place des solutions de logement destinées aux fonctionnaires et aux jeunes.

Quant au numérique, il n’est pas présenté comme une simple question technique. Le programme l’associe à l’égalité d’accès au service public. Il propose d’équiper 80 % des logements en fibre optique, de créer 1 500 espaces numériques au sein des communes, de recourir à l’intelligence artificielle pour détecter précocement le décrochage scolaire et développer la télémédecine, avec un stockage des données dans un cloud national souverain.

C’est ici que la philosophie du « Pacte citoyen » apparaît plus clairement : le citoyen n’est pas seulement un bénéficiaire d’aides. Il est aussi un utilisateur d’institutions et de services publics dont la performance est censée pouvoir être mesurée.

Mais qui paiera pour tout cela ?

C’est précisément cette question qui distingue le programme d’une simple liste de promesses.

Le parti évalue le coût global de son programme à 350 milliards de dirhams entre 2027 et 2031, soit environ 70 milliards de dirhams par an. Il affirme que l’essentiel, près de 300 milliards de dirhams, proviendra de l’effet additionnel de la croissance économique, auxquels s’ajouteraient 40 milliards issus des ressources des collectivités territoriales et 10 milliards provenant de la réallocation des ressources et de l’amélioration de l’efficience.

La croissance devient alors une condition préalable à la réalisation des promesses, et non simplement leur conséquence.

Si la croissance atteint les niveaux envisagés par le programme, le financement devient davantage envisageable. Mais si le rythme de croissance est inférieur aux prévisions, la marge de manœuvre budgétaire se réduira.

C’est précisément là que devrait se situer le véritable débat électoral : il ne s’agit pas de savoir si le programme est séduisant sur le papier, mais quelles hypothèses doivent être réunies pour qu’il puisse réellement être exécuté.

L’amazigh entre dans le calcul politique par la porte de l’État

Même l’engagement relatif à l’amazighité n’est pas présenté sous une forme uniquement symbolique.

Le parti propose un fonds spécifique doté d’un budget de deux milliards de dirhams pour accélérer la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazigh, le transfert des compétences du fonds actuel vers un mécanisme financier indépendant, ainsi que la réactivation de la commission ministérielle permanente chargée du suivi et de l’évaluation.

Le fait marquant est que le programme relie ici la langue à l’administration, et pas seulement au discours culturel.

Du programme à l’épreuve

Au final, le PAM présente une offre électorale large : un hôpital public qui veut retrouver sa compétitivité, un million d’emplois, une nouvelle conception de l’école publique, 500 000 ménages accompagnés dans le logement, une économie numérique, une industrie locale, une jeunesse rurale, une économie sportive et une accélération de la mise en œuvre de l’amazighité.

Mais la valeur politique du document ne sera pas déterminée par le nombre de ses engagements.

Le PAM aborde ces élections dans une position plus complexe que celle d’un parti d’opposition promettant le changement. Il fait partie d’une expérience gouvernementale et affirme désormais que le pays a besoin d’un « changement de trajectoire ». Le programme officiel lui-même place cette philosophie sous un titre explicite : « Pour un changement de trajectoire ».

La véritable question, le 23 septembre et après cette date, sera donc moins liée au nombre de promesses qu’à la capacité du parti à expliquer l’écart entre ce qui était possible durant la législature précédente et ce qui deviendrait possible durant la prochaine.

L’électeur qui entend « un million d’emplois » ne demandera pas seulement d’où viendront ces emplois.

Il demandera aussi pourquoi ils n’ont pas été créés au même rythme auparavant.

Et c’est précisément là que commence la véritable épreuve politique du programme : non pas dans sa capacité à convaincre l’électeur que l’avenir est possible, mais dans sa capacité à lui démontrer que, cette fois, les outils pour y parvenir sont réellement différents.

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