samedi, août 22, 2026
AccueilActualitésDaoudi ouvre le dossier du jiu-jitsu brésilien : légitimité nationale et internationale…...

Daoudi ouvre le dossier du jiu-jitsu brésilien : légitimité nationale et internationale… qui veut la lui arracher ?

Dans sa dernière intervention, Mohamed Daoudi a choisi de placer plusieurs dossiers du sport marocain sur la même table : la délégation marocaine aux Jeux méditerranéens de Tarente, l’absence du président du Comité National Olympique Marocain lors de l’accueil de la délégation, les critères de désignation du chef de mission, puis la manière dont la Direction des sports traite les dossiers de fédérations confrontées à des difficultés juridiques et organisationnelles, jusqu’au taekwondo, au kick-boxing, au muay-thaï et au jiu-jitsu brésilien. À première vue, ces dossiers semblent dispersés. Mais la lecture de l’ensemble du discours révèle une même interrogation : qui détient le pouvoir de décision dans le sport marocain, selon quelles règles et avec quelle responsabilité quant aux conséquences de ces décisions ?

La première observation qui retient l’attention est le passage de Daoudi du soutien à la participation sportive à l’interrogation sur les institutions qui l’encadrent. Le Maroc participe à Tarente 2026 avec une délégation de 120 athlètes représentant 18 disciplines. Une participation qui devrait constituer une étape de préparation des disciplines olympiques, et non une simple occasion de faire flotter le drapeau national. Mais Daoudi ne se contente pas de souhaiter bonne chance aux sportifs : il s’arrête sur l’image institutionnelle donnée par ceux qui les accompagnent.

C’est à ce moment qu’intervient sa remarque sur l’absence de Faisal El Arraichi, président du Comité National Olympique Marocain, lors de l’accueil de la délégation. La portée de cette observation ne réside pas dans l’absence personnelle en elle-même, mais dans le message institutionnel qu’elle soulève : une institution qui revendique la transparence et la bonne gouvernance peut-elle elle-même offrir un modèle clair en matière de présence et de responsabilité ? Daoudi prend soin de distinguer la relation personnelle de la responsabilité institutionnelle, comme s’il anticipait que son observation puisse être interprétée comme une attaque individuelle. Il répète donc que son propos ne vise pas les personnes, mais les fonctions et les responsabilités.

Le passage le plus significatif commence lorsqu’il aborde la présidence de la délégation. Il s’interroge sur le choix du secrétaire général du Comité olympique et du président de la Fédération Royale Marocaine de Natation pour diriger la mission, alors même qu’il rappelle que ce dernier avait été récemment déchargé de ses fonctions à la tête de cette fédération. Il ne formule pas d’accusation : il pose une question. Et cette manière de procéder est peut-être plus forte qu’une accusation directe, puisqu’elle renvoie à l’institution elle-même la responsabilité de fournir les explications : quels critères déterminent la désignation du chef d’une délégation nationale ? S’agit-il de critères objectifs et transparents, ou d’une appréciation administrative dont les fondements restent inconnus ?

L’essentiel est que Daoudi s’appuie ici sur la notion même de gouvernance mise en avant par les institutions sportives. Le débat ne porte donc pas, au fond, sur la personne appelée à diriger la délégation, mais sur la capacité d’une décision sportive à être expliquée, justifiée et assumée. Dès lors que la gouvernance devient un principe affiché, son véritable test commence précisément avec les décisions qui suscitent des interrogations.

De là, le discours se déplace vers le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports et vers la Direction des sports, avec une critique beaucoup plus directe. Daoudi évoque plusieurs fédérations confrontées à des problèmes juridiques et organisationnels et demande au département de tutelle d’apporter des réponses claires plutôt que de laisser certains dossiers s’installer dans une zone d’attente. Le cadre juridique marocain encadre pourtant les relations entre l’État et les fédérations sportives ainsi que les conditions de leur fonctionnement, ce qui fait du respect des règles juridiques et statutaires une composante essentielle de la gouvernance sportive.

Le problème qu’il soulève n’est donc pas nécessairement l’absence de règles, mais l’écart possible entre l’existence de la règle et la manière dont elle est appliquée. La nuance est essentielle. Lorsqu’une administration intervient rapidement dans un dossier et tarde à agir dans un autre qui présente des caractéristiques comparables, la question devient plus large que le seul aspect juridique : existe-t-il réellement une doctrine administrative uniforme dans le traitement des fédérations, ou chaque crise est-elle traitée comme un cas particulier ?

C’est précisément ici que le jiu-jitsu brésilien sort de la périphérie des différends sportifs pour entrer au cœur de la question de la légitimité. Dans son intervention, Daoudi ne le présente pas comme un simple conflit entre acteurs nationaux. Il fait référence à une légitimité internationale liée à cette discipline et pose, même de manière indirecte, la question la plus sensible : lorsqu’une instance dispose d’une représentativité et d’une légitimité internationales dans cette discipline, qui cherche à lui retirer cette légitimité ou à la transférer à une autre structure ?

Cette bascule est importante parce qu’elle place la Direction des sports devant une question qui dépasse le simple traitement d’un différend administratif. Si le dossier oppose effectivement une représentation nationale à une référence internationale, toute intervention administrative ne relève plus seulement d’une décision technique interne : elle touche à l’identité de l’instance habilitée à représenter la discipline et à parler en son nom. C’est précisément là que réside la sensibilité du dossier : sommes-nous face au traitement d’une irrégularité juridique existante, ou face à une recomposition de la carte de la légitimité du jiu-jitsu brésilien au Maroc ?

Sous cet angle, le jiu-jitsu brésilien devient plus qu’un nom cité au passage dans l’intervention de Daoudi. Il constitue peut-être le test le plus clair du principe qu’il défend lui-même : la même règle est-elle appliquée lorsque la légitimité nationale entre en tension avec une légitimité internationale ? Et qui détient la décision finale lorsque les lectures de cette légitimité divergent ?

Lorsqu’il évoque ensuite le hockey, le jiu-jitsu brésilien, puis le kick-boxing et le muay-thaï, Daoudi se rapproche du cœur de la question : la multiplication des conflits au sein des disciplines sportives ne devrait pas conduire à une multiplication des critères administratifs. Une fédération ne doit pas seulement bénéficier d’une reconnaissance institutionnelle ; elle doit également évoluer dans un cadre où la légitimité technique et administrative est clairement définie, et où les différends peuvent être tranchés par des procédures identifiables plutôt que laissés dans une situation d’incertitude.

Dans le dossier du kick-boxing et du muay-thaï, le ton devient plus préoccupant. Daoudi évoque l’absence de la sélection nationale de certaines compétitions internationales et cite notamment un championnat arabe à Benghazi auquel, selon les éléments qu’il avance, les participants bénéficiaient de la prise en charge du transport et de l’hébergement, tandis que le Maroc n’y aurait pas participé. Si les éléments avancés sont confirmés, le différend administratif se transforme directement en coût sportif. Car l’absence ne signifie pas seulement que le Maroc ne figure pas sur une liste de participants ; elle prive les athlètes d’expérience, de confrontation et d’opportunités de progression.

C’est ici qu’apparaît l’un des non-dits les plus importants de son intervention : lorsqu’un dysfonctionnement administratif produit une conséquence sportive, le premier perdant n’est ni le responsable administratif ni la fédération, mais l’athlète. Un sportif qui manque une compétition arabe, continentale ou mondiale perd une expérience, une occasion de confrontation, parfois des points de classement et, dans certains cas, une opportunité qui ne se représentera jamais. La responsabilité administrative prend alors une dimension sportive et humaine.

Avec le taekwondo, Daoudi change encore de perspective. Il ne parle plus uniquement de gouvernance institutionnelle, mais de renouvellement générationnel. Il présente le mouvement que connaît cette discipline comme une forme de débat public et défend le droit d’une nouvelle génération à s’exprimer à travers les réseaux sociaux, tout en mettant en garde contre ceux qui chercheraient à freiner cette dynamique. Le message dépasse ainsi largement le taekwondo : le véritable conflit n’est pas toujours celui qui oppose des personnes pour le contrôle d’une fédération ; il peut aussi être celui qui oppose deux conceptions de l’avenir du sport.

Sa formule selon laquelle « chaque époque a ses hommes » est particulièrement révélatrice. Elle reconnaît que les générations ayant construit une période donnée ne peuvent considérer leur expérience comme une propriété permanente de l’institution. Mais elle impose également à la nouvelle génération une exigence : démontrer sa légitimité par la compétence, la formation, la connaissance et la capacité à construire, et non uniquement par la contestation. Daoudi tente ainsi de déplacer le débat du conflit des personnes vers celui des projets.

Cette logique place toutefois son propre discours devant le même impératif qu’il adresse aux autres : si la nouvelle étape exige davantage de gouvernance, de transparence et d’égalité dans l’application des règles, la critique elle-même doit s’appuyer sur des faits vérifiables et distinguer clairement ce qui relève de l’information établie, de l’interprétation et de la question ouverte.

C’est précisément là que réside la véritable portée de son intervention. Derrière les noms, les fédérations et les dossiers cités apparaissent plusieurs questions auxquelles les institutions devront répondre : pourquoi la vitesse d’intervention administrative varie-t-elle d’un dossier à l’autre ? Qui fixe les critères de désignation des chefs de mission ? Où commence et où s’arrête la responsabilité du Comité olympique et celle du ministère ? À partir de quel moment un différend administratif devient-il un préjudice direct pour une sélection nationale ? Et la Direction des sports peut-elle se limiter à recevoir et traiter les situations conflictuelles, ou doit-elle redevenir un véritable acteur de résolution et d’anticipation ?

C’est là que se trouve le véritable non-dit. Le sport marocain ne souffre pas uniquement d’un déficit de médailles ou de conflits au sein de certaines fédérations. Dans plusieurs dossiers, il est confronté à une question plus profonde : la confiance des acteurs dans les règles du jeu elles-mêmes. Lorsque la règle est claire, connue et appliquée de manière cohérente, une grande partie du conflit s’éteint avant même de devenir une crise.

Le message le plus profond du discours de Daoudi est peut-être celui-ci : une nouvelle étape est déjà en train de s’installer, les modes d’expression ont changé et les nouvelles générations n’acceptent plus nécessairement de rester à l’extérieur du débat. La meilleure réponse des institutions sportives n’est donc pas de fermer la porte aux questions, mais d’y répondre. Car une question à laquelle on répond par des faits et des documents peut être définitivement refermée ; une question laissée sans réponse finit, elle, par devenir une crise de confiance.

Et, au bout du compte, la balle n’est pas uniquement dans le camp de Mohamed Daoudi. Elle est aussi dans celui des institutions qu’il interpelle : soit elles expliquent leurs décisions, soit le silence finit par devenir lui-même une réponse.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus

Recent Comments