La rencontre nationale de coordination organisée à Rabat le 15 août 2026 par l’association « L’Initiative, la Nation d’abord et toujours », avec la participation de responsables et de représentants de ses antennes au Maroc et à l’étranger, tire sa portée moins de son caractère organisationnel que des dossiers choisis pour être placés au centre des discussions. La présence de représentants du Maroc et de treize pays d’Europe, d’Amérique, d’Afrique et du Moyen-Orient montre que l’association cherche à construire un réseau citoyen dépassant le cadre local, tandis que l’ordre du jour place la jeunesse au cœur d’un passage de la phase de fondation vers une étape plus institutionnelle et davantage tournée vers l’action de terrain.
Le fait que la préparation de l’assemblée générale ordinaire, prévue à la fin de l’année, ait été abordée aux côtés de l’évaluation du travail des antennes, du projet de mémorandum sur la jeunesse et de propositions d’initiatives concrètes révèle une évolution organisationnelle significative. L’association ne cherche plus seulement à étendre sa présence. Elle entend également clarifier ses adhésions, réviser ses statuts, définir un programme de travail et consolider une structure capable de passer de la dynamique de lancement à une action durable. C’est le signe d’une organisation qui cherche à transformer son implantation en capacité institutionnelle.

Mais le cœur de la rencontre se trouvait ailleurs : la jeunesse. Le mémorandum discuté par les participants ne traite pas cette question comme un dossier sectoriel isolé, mais comme le révélateur d’un ensemble de fragilités qui traversent la société. Éducation et formation, compétences de vie, santé mentale, famille, médias, valeurs, gouvernance, justice sociale et territoriale, emploi, investissement et protection dans l’espace numérique ont été réunis dans une même réflexion, parce que les difficultés rencontrées par les jeunes ne peuvent être réduites au seul chômage ou au niveau de revenu. Le message sous-jacent est que la restauration de la confiance suppose d’agir sur l’environnement dans lequel le jeune se construit, et non de s’adresser à lui uniquement lorsque le découragement est déjà installé.
Dans cette perspective, les références à « l’espoir », aux « modèles » et aux « véritables opportunités » dépassent largement le registre des formules morales. Un jeune qui ne perçoit ni trajectoire claire pour ses études, ni perspective professionnelle, ni possibilité réelle de mobilité sociale risque progressivement de se détacher des institutions et du discours public. En reliant la qualité de l’éducation, les compétences, l’emploi, la gouvernance et la santé mentale, l’association reconnaît implicitement que la crise de la jeunesse est aussi, en partie, une crise de confiance dans l’avenir. Son approche actuelle apparaît ainsi comme le prolongement d’une orientation déjà engagée dans ses programmes de formation, d’accompagnement scolaire et d’appui aux jeunes porteurs de projets.
L’intégration des Marocains du monde dans le mémorandum apporte une autre dimension à cette démarche. L’association ne considère pas les jeunes Marocains établis à l’étranger comme une population extérieure au projet national, mais comme un réservoir de compétences, d’expériences et d’initiatives susceptibles d’être davantage reconnectées au développement du pays. La forte participation des antennes étrangères prend ainsi une signification particulière : elle inscrit la diaspora dans une logique de contribution, de transmission et de participation civique, plutôt que dans une simple relation symbolique avec le pays d’origine.
La proposition la plus susceptible de passer rapidement du discours à l’action reste toutefois l’initiative « Ihtidan », ou « Accompagnement ». Son principe est simple mais ambitieux : qu’un individu, une institution ou un groupe d’acteurs prenne en charge l’accompagnement d’un jeune ou d’un groupe de jeunes, non seulement sur le plan financier, mais aussi en matière d’orientation, d’encadrement, de développement des compétences et d’accès aux opportunités. Le champ envisagé est volontairement large : ministères, collectivités territoriales, établissements publics, écoles et universités, familles aisées, cadres, retraités, sportifs, intellectuels, entrepreneurs, entreprises, banques et organisations. L’idée consiste ainsi à déplacer la question de la jeunesse d’une logique où « l’État doit tout faire » vers une logique de responsabilité collective.
C’est précisément là que résident à la fois la force et la difficulté du projet. « Ihtidan » peut devenir un modèle social original si elle dispose d’un cadre précis définissant les bénéficiaires, les critères de sélection, les engagements du parrain ou de l’accompagnateur, les modalités de financement, le suivi et l’évaluation. Sans ces garanties, elle risque de rester une initiative généreuse parmi d’autres, limitée au moment de son annonce. La volonté affichée de voir des personnalités nationales reconnues porter le projet et de lui assurer une reconnaissance officielle et sociale montre d’ailleurs que ses promoteurs ont identifié cette condition : une initiative de cette nature doit dépasser le périmètre de l’association qui l’a imaginée.
Le discours actuel sur la jeunesse s’inscrit également dans une évolution plus large de la posture citoyenne de l’association. Lors des mouvements de jeunesse d’octobre 2025, elle avait appelé au dialogue et à l’apaisement, reconnu la légitimité des revendications et insisté sur la gouvernance, la justice et la protection des ressources publiques, tout en se déclarant prête à contribuer au dialogue et à la recherche de solutions. Le mémorandum aujourd’hui consacré à la jeunesse peut ainsi être lu comme la poursuite de cette démarche : la mobilisation sociale n’est pas considérée comme un aboutissement, mais comme le symptôme d’un besoin de canaux plus structurés d’expression, d’encadrement et de proposition.
Sous cet angle, la préparation de l’assemblée générale n’est donc pas une simple formalité administrative. L’association cherche à réunir plusieurs dimensions : élargir son implantation, renforcer sa structure interne, produire une vision sur la jeunesse et transformer cette vision en initiatives concrètes, au moment où la confiance, le renouvellement des élites et la participation citoyenne occupent une place croissante dans le débat national. Le passage d’une logique de présence à une logique d’impact constitue désormais l’enjeu central de cette nouvelle étape.
La valeur de cette dynamique ne sera finalement pas mesurée au nombre d’antennes, ni au nombre de pays représentés lors de la rencontre, mais à la capacité de l’association à transformer ses diagnostics en résultats vérifiables. La jeunesse a besoin d’une école plus performante, de compétences utilisables, d’un emploi digne, d’un espace pour entreprendre et d’institutions offrant davantage d’équité et de lisibilité. Elle a aussi besoin, lorsque le départ devient difficile, de quelqu’un capable de lui ouvrir une porte. Si « L’Initiative, la Nation d’abord et toujours » parvient à faire de « Ihtidan » un véritable mécanisme d’accompagnement, à relier son mémorandum à des programmes, des partenariats et des indicateurs de résultats, elle aura franchi un cap important entre l’action associative traditionnelle et la construction d’initiatives à impact social. Le véritable test commencera alors après les réunions : lorsque la proposition deviendra engagement, l’engagement programme, et le programme une opportunité réelle pour un jeune qui attend de la société qu’elle lui ouvre un chemin.


