Authenticité et Modernité, gauche et partis de la Koutla face à l’épreuve du « changement de cap » : la politique peut-elle reprendre la main sur l’économie, ou assiste-t-on à une recomposition des alliances sans véritable transformation des choix fondamentaux ?
Lecture analytique de la réflexion du professeur universitaire Dr Idriss Kassouri
Le professeur universitaire Dr Idriss Kassouri inscrit la formation du nouveau gouvernement conduit par Fatima Zahra Mansouri dans une séquence politique qui dépasse les négociations sur la répartition des portefeuilles ministériels. Sa réflexion ramène le débat à une question plus profonde : quelle place la décision politique doit-elle occuper dans la conduite des affaires publiques, face au poids des intérêts économiques et des logiques technocratiques ? Et jusqu’où les partis peuvent-ils contribuer à rétablir la confiance entre les institutions et la société ?
Dans son analyse, le slogan du « changement de cap », mis en avant par le Parti Authenticité et Modernité (PAM) pendant la campagne électorale, renvoie à la possibilité de passer d’un modèle associé aux milieux d’affaires, aux technocrates et à la gestion économique à une configuration dans laquelle les partis, les compromis politiques et la médiation institutionnelle retrouveraient une place plus importante.
C’est là le point de départ de la réflexion d’Idriss Kassouri, mais aussi la clé de lecture des enjeux de la nouvelle étape gouvernementale. La question n’est pas seulement de savoir quel parti occupe désormais les premiers rangs de l’exécutif. Il s’agit de déterminer si le mode de conduite de l’action publique peut évoluer après plusieurs années de controverses relatives au pouvoir d’achat, à l’emploi, à la santé, à l’éducation et aux conflits d’intérêts.
La question formulée par Kassouri mérite donc d’être examinée dans toute sa portée : la politique va-t-elle reprendre le dessus sur l’économie ? La réponse suppose toutefois une distinction essentielle. L’économie ne peut être séparée de la politique, pas plus que la présence d’hommes d’affaires au gouvernement ne suffit, à elle seule, à expliquer les difficultés de l’action publique. Le véritable critère réside dans la nature des décisions, leur orientation vers l’intérêt général, la prévention des conflits d’intérêts et la capacité des institutions à rendre compte de leurs résultats.
Du souvenir de l’alternance au projet du PAM
Pour éclairer les enjeux actuels, Idriss Kassouri remonte aux débats politiques qui ont précédé le gouvernement d’alternance, ainsi qu’aux transformations qui ont accompagné l’ouverture politique du Maroc durant les années 1990. Il évoque les discussions autour de la formation d’un gouvernement bénéficiant d’un ancrage politique différent, notamment la perspective d’une participation de l’Union socialiste des forces populaires et d’autres composantes de la gauche, dans un contexte marqué par des réformes politiques et des évolutions dans le domaine des droits humains.
Kassouri interprète le projet de rassemblement des forces de gauche comme l’une des racines intellectuelles et politiques qui auraient précédé la création du Parti Authenticité et Modernité. Dans sa lecture, le conseiller du Roi Fouad Ali El Himma aurait joué un rôle central dans la réflexion sur une nouvelle formule organisationnelle, susceptible de recomposer le paysage politique et de faire contrepoids à la progression du Parti de la justice et du développement (PJD) et du mouvement islamiste.
Pour étayer cette reconstruction, Kassouri s’appuie notamment sur des éléments qu’il attribue au défunt Abdelmoumen Chbari, concernant un cercle restreint de personnalités politiques et de défenseurs des droits humains qui auraient participé à ces discussions. Il cite Fouad Ali El Himma, Habib El Malki, Ahmed Lahlimi, Elias El Omari et Ahmed Herzenni.
Ces éléments relatifs aux échanges, aux intentions et aux rôles individuels demandent néanmoins à être confrontés aux sources historiques et aux témoignages directs avant d’être considérés comme définitivement établis. Cette précaution documentaire n’enlève rien à l’intérêt de la thèse développée par Kassouri : la recomposition du champ partisan aurait été envisagée avant même la naissance du PAM, dans la recherche d’une formule politique capable de répondre aux mutations de la société marocaine.
Fondé en 2008, le PAM ne s’est pas construit sur une identité exclusivement socialiste, ni sur une base ouvrière, paysanne ou étudiante comparable à celle des organisations de gauche traditionnelles. Il s’est plutôt présenté comme un cadre susceptible de réunir différentes catégories sociales autour d’une orientation associée à la démocratie sociale et à la modernisation.
Cette ambition soulève une question fondamentale : la démocratie sociale peut-elle devenir un projet cohérent lorsqu’elle rassemble des groupes dont les intérêts économiques et sociaux sont parfois contradictoires ?
Réunir le salarié et l’employeur, les catégories modestes et les détenteurs de capitaux, ne suffit pas à produire une politique commune. Encore faut-il préciser comment seront arbitrés les conflits d’intérêts, quelles priorités seront retenues en matière de fiscalité, de rémunérations, de protection sociale et d’investissement, et comment les bénéfices de la croissance seront répartis.
La solidité d’un projet politique ne se mesure donc pas uniquement à sa capacité de fédérer des sensibilités diverses. Elle dépend surtout de son aptitude à transformer cette diversité en programme cohérent, à définir les coûts des réformes et à expliquer qui en supportera les charges comme qui en recueillera les bénéfices.
Le PAM entre contrepoids au PJD et épreuve du pouvoir
Dans la chronologie proposée par Kassouri, la création du PAM s’inscrit dans un contexte marqué par la faiblesse de la participation aux élections législatives de 2007 et par la recherche d’un nouvel équilibre entre les forces politiques. Le parti a ensuite été confronté aux conséquences du Printemps arabe, qui a transformé le débat public et les attentes sociales, avant de poursuivre sa confrontation électorale avec le PJD lors des scrutins suivants.
L’intérêt de cette lecture ne réside pas seulement dans le récit de la rivalité entre les deux formations. Il tient surtout à la question qu’elle fait émerger sur la nature de l’équilibre politique au Maroc : suffit-il de créer un parti puissant sur le plan organisationnel et électoral pour restaurer la confiance dans la politique ?
Un équilibre entre les partis peut limiter la concentration du pouvoir politique. Il ne garantit pas automatiquement la qualité des politiques publiques. Des formations aux références différentes peuvent coexister sans que les citoyens disposent pour autant d’alternatives suffisamment lisibles, ni que les résultats gouvernementaux soient à la hauteur des attentes.
C’est l’un des enjeux majeurs de la réflexion de Kassouri. Le problème ne se réduit pas à la présence d’un parti donné au gouvernement. Il concerne la capacité de l’ensemble du système partisan à jouer son rôle de médiation entre l’État et la société, en transformant les revendications sociales en décisions publiques concrètes et évaluables.
L’expérience Akhannouch : quand l’économie devient un enjeu politique
Idriss Kassouri accorde une place importante à la période gouvernementale dirigée par Aziz Akhannouch à partir de 2021. Selon son appréciation, le pari d’une gestion fondée sur les milieux d’affaires et les compétences économiques n’a pas permis de réaliser la réconciliation attendue entre le gouvernement et la société.
Il relie cette évolution à l’accumulation des critiques portant sur la hausse du coût de la vie, le chômage, la qualité des services publics et les controverses relatives aux conflits d’intérêts et à la gestion de certains dossiers économiques.
Dans son raisonnement, les espoirs placés dans l’expertise économique et les méthodes de gestion entrepreneuriales se sont heurtés à une réalité sociale : une partie de la population n’a pas eu le sentiment que les résultats de l’action gouvernementale se traduisaient suffisamment dans son pouvoir d’achat, ses perspectives professionnelles ou son accès aux services essentiels.
Kassouri évoque également les revendications des jeunes et les tensions autour de l’emploi, de l’éducation et de la santé, qu’il inscrit dans un contexte plus large de défiance envers les partis et les institutions représentatives.
Ces phénomènes doivent toutefois être examinés en distinguant les données mesurables, l’appréciation politique de l’auteur et les conclusions relatives aux responsabilités du gouvernement. Le chômage ne résulte pas d’une seule décision gouvernementale, les difficultés de l’école et de l’hôpital se sont accumulées au fil des années, et le coût de la vie dépend aussi de facteurs extérieurs. Mais la pluralité des causes ne dispense pas l’exécutif d’expliquer ses choix, d’en mesurer les effets et de rendre compte de ses résultats.
C’est précisément ici que se dessine le message que l’on peut tirer de l’analyse de Kassouri à l’adresse des responsables publics : la compétence économique ne peut se substituer à la confiance politique. Une politique économique ne se juge pas uniquement à l’investissement global ou aux indicateurs de croissance. Elle doit également être appréciée à travers la répartition des bénéfices de cette croissance, l’accès effectif aux services publics et le sentiment d’équité dans les règles du jeu économique.
Dès lors, plusieurs questions s’imposent. Le nouveau gouvernement révisera-t-il les mécanismes de soutien et de contrôle qui suscitent des interrogations sur les conflits d’intérêts ? Quelle réponse apportera-t-il à la hausse des prix des carburants et aux difficultés liées au coût de la vie ? Quels critères utilisera-t-il pour mesurer l’impact des dépenses publiques sur la santé, l’éducation et l’emploi ? Et comment démontrera-t-il que le changement politique produit des résultats sociaux différents ?
Si l’on retient le sens que Kassouri donne au changement de cap, il ne s’agit pas de remplacer l’expertise économique par le discours partisan. Il s’agit de soumettre les choix économiques à des orientations politiques explicites, assorties d’objectifs sociaux, de priorités définies et d’obligations de rendre compte.
Le nouveau gouvernement : une épreuve qui dépasse la distribution des portefeuilles
L’arrivée de Fatima Zahra Mansouri à la tête du gouvernement, après sa nomination le 29 septembre 2026, ouvre une nouvelle étape de ce parcours politique. À l’issue des élections législatives du 23 septembre, le PAM s’est retrouvé en position de conduire la formation de la nouvelle équipe gouvernementale, avec la responsabilité de traduire le slogan du « changement de cap » en programme d’action.
Dans la lecture de Kassouri, cette évolution peut être interprétée comme un retour à l’idée d’un rassemblement de forces de gauche et de composantes de la Koutla autour d’un projet politique destiné à conduire la prochaine étape. Mais cette perspective soulève une question déterminante : assiste-t-on à la réactivation d’une ancienne ambition dans un contexte social nouveau, ou le changement concerne-t-il davantage la place du parti dans l’exercice du pouvoir que sa conception de la gestion économique et sociale ?
Le PAM, né dans un contexte politique différent, se retrouve désormais face à des défis qui n’avaient pas la même ampleur au moment de sa création. L’État social occupe une place centrale dans le débat public, les attentes en matière de protection sociale et de qualité des services se sont accrues, tandis que l’emploi des jeunes, les inégalités territoriales et le pouvoir d’achat pèsent fortement dans l’évaluation de l’action gouvernementale.
Dans ces conditions, la participation éventuelle de partis de gauche, de l’Istiqlal, de l’Union socialiste des forces populaires ou du Parti du progrès et du socialisme à la majorité ne suffirait pas, à elle seule, à démontrer l’existence d’une transformation politique profonde. Tout dépendra de leur capacité réelle à influer sur les politiques publiques, plutôt que de se limiter à participer à leur gestion et à se répartir les responsabilités.
Le message à adresser au nouvel exécutif est donc clair : le « changement de cap » ne peut s’achever au moment de l’annonce de la composition gouvernementale. Il doit se manifester dans les arbitrages budgétaires, les priorités d’investissement, la gestion des secteurs sociaux, les règles de transparence et d’intégrité, ainsi que dans la capacité des institutions à apporter des réponses précises aux citoyens.
Le gouvernement devra aussi expliciter le lien entre son programme électoral et les engagements financiers qu’il implique. Toute promesse sociale nécessite des ressources ; tout projet économique doit être accompagné d’une estimation de ses coûts et de ses effets ; toute nouvelle politique doit préciser ses bénéficiaires, ses modalités d’application et ses indicateurs d’évaluation.
Sans ces éléments, le changement annoncé risque de se réduire à une succession de promesses dont les résultats resteront difficiles à mesurer et les responsables difficiles à tenir comptables.
À la société : la confiance ne se restaure pas par les discours
Dans la réflexion de Kassouri, la société occupe une place essentielle pour comprendre les transformations politiques. La défiance ne se limite pas aux opinions des citoyens à l’égard d’un parti ou d’un chef de gouvernement. Elle dépend aussi de leur conviction que la politique peut améliorer leurs conditions de vie et leur offrir des perspectives d’avenir.
Lorsque les jeunes rencontrent des difficultés à accéder à un emploi stable, lorsque l’accès à l’éducation et à la santé varie selon les territoires et les catégories sociales, le problème dépasse la compétition entre partis. Il touche à la crédibilité même de la médiation politique et à la capacité des institutions à transformer les demandes sociales en politiques concrètes.
Cette dimension révèle également un défi culturel. Il ne suffit pas de modifier les méthodes de gestion administrative. Il faut développer une culture politique fondée sur le droit à l’information, le débat public, la responsabilité des élus, le respect du pluralisme et la distinction entre critique politique et mise en cause personnelle.
Dans cette perspective, la société ne peut être réduite au rôle de destinataire du programme gouvernemental. Elle ne doit pas non plus être condamnée à attendre les prochaines échéances électorales pour évaluer l’action publique. Une citoyenneté active implique de suivre les engagements, de comparer les promesses aux réalisations, d’exiger de la transparence et de conserver une distance critique aussi bien à l’égard du gouvernement que de l’opposition.
La question qui se dégage de la réflexion de Kassouri est alors la suivante : la nouvelle étape politique parviendra-t-elle à transformer les tensions sociales en un moteur de réforme institutionnelle ? Ou l’écart persistant entre le discours et les résultats accentuera-t-il l’érosion de la confiance, au point de faire de chaque changement de majorité une nouvelle étape d’un même désenchantement ?
À l’opposition : l’alternative commence par la capacité de convaincre
La lecture de Kassouri pose également, de manière indirecte, un défi aux partis d’opposition. Si le nouveau gouvernement doit démontrer que le changement de cap est possible, l’opposition doit, de son côté, présenter des alternatives précises, plutôt que de se contenter de relever les insuffisances de la majorité ou d’attendre ses difficultés.
Une opposition efficace ne se mesure pas uniquement à la vigueur de son discours. Elle se juge à sa capacité de proposer des solutions applicables, d’élaborer des lectures alternatives du budget et des politiques sociales, de contrôler l’exécution des programmes et d’expliquer les différences entre ses orientations et celles du gouvernement.
Les partis de gauche sont confrontés à une interrogation particulière : si certains d’entre eux rejoignent la majorité, disposeront-ils d’une capacité réelle à infléchir les décisions économiques et sociales ? Ou devront-ils composer avec une tension entre la défense de leurs références politiques et les compromis imposés par la participation gouvernementale ?
Cette question mérite d’être posée, car l’histoire politique marocaine a connu plusieurs expériences de participation gouvernementale, ainsi que des situations où la distance entre le discours d’opposition et la pratique au pouvoir s’est réduite.
Le retour de la gauche aux responsabilités ne suffira donc pas à rétablir son rôle politique. Celui-ci dépendra de sa capacité à défendre des orientations sociales lisibles, à expliquer les compromis qu’elle accepte et à soumettre sa propre action à l’évaluation publique.
Le gouvernement, pour sa part, devra montrer que les divergences entre les composantes de la majorité ne se réduisent pas à une répartition des postes, mais peuvent contribuer au débat, à la correction des choix et à l’amélioration des décisions publiques.
Le changement d’alliances suffit-il à transformer les choix stratégiques ?
Idriss Kassouri aboutit à une conclusion centrale : le changement de cap ne devrait pas se limiter au remplacement des personnes et des partis, mais impliquer une révision des choix stratégiques. Cette conclusion constitue le point le plus important de son analyse, puisqu’elle déplace le débat de la composition de la majorité vers la nature du projet qu’elle est appelée à conduire.
Un changement politique profond ne se définit pas uniquement par l’identité du chef du gouvernement ou par le nombre de partis représentés dans l’exécutif. Il se mesure à la capacité des institutions à définir des priorités de développement, à relier les dépenses publiques aux résultats sociaux, à créer des emplois productifs, à améliorer l’école et l’hôpital, à garantir l’égalité des chances et à clarifier les rapports entre le pouvoir économique et la décision politique.
Il convient ici de distinguer deux niveaux. Le premier concerne les grandes orientations stratégiques de l’État, qui dépassent la durée d’un seul mandat gouvernemental. Le second porte sur les politiques que le gouvernement peut modifier ou développer dans le cadre de la Constitution, de la loi et des ressources disponibles.
Tous les échecs ne relèvent pas nécessairement d’un choix stratégique, de même qu’un gouvernement ne peut s’attribuer chaque évolution positive sans évaluer les effets de ses propres décisions.
L’enjeu n’est donc pas de substituer la politique à l’économie, mais de rétablir leur articulation autour d’une finalité sociale clairement définie. L’investissement est indispensable, l’entreprise joue un rôle essentiel dans la création d’emplois et l’expertise technique est nécessaire à la gestion des secteurs publics. Mais ces éléments perdent une partie de leur légitimité sociale lorsqu’ils ne s’accompagnent pas de transparence, d’équité et d’égalité des chances.
La question soulevée par Kassouri peut dès lors être formulée avec davantage de précision : le nouveau gouvernement saura-t-il transformer le « changement de cap » en une évolution mesurable de la répartition des opportunités, des richesses et des services publics ? Les partis de la majorité pourront-ils s’accorder sur un programme économique et social lisible tout en conservant leur capacité de débat ? L’opposition proposera-t-elle une alternative que les citoyens pourront évaluer et comparer aux politiques mises en œuvre ?
Ces questions n’ont pas de réponses préétablies. Elles ne peuvent être tranchées par la seule lecture des alliances ou par le rappel de l’histoire des partis. L’épreuve commencera avec le programme gouvernemental, se poursuivra avec le budget et se mesurera, enfin, aux résultats concrets dans la vie des citoyens.
Conclusion : la politique se rétablit lorsqu’elle accepte d’être comptable de ses résultats
L’intérêt de la réflexion du professeur universitaire Dr Idriss Kassouri réside dans sa manière d’inviter à lire la formation du nouveau gouvernement comme un test de la relation entre politique et économie, entre partis et société, entre promesses électorales et orientations stratégiques.
En inscrivant le retour du PAM à la tête du gouvernement dans une histoire plus longue de recomposition du champ politique, Kassouri donne au « changement de cap » une portée qui dépasse les circonstances électorales. Il le replace dans un contexte social et économique où les attentes des citoyens sont devenues plus exigeantes et où la question de la confiance institutionnelle occupe une place déterminante.
La réussite de cette nouvelle étape dépendra toutefois de l’action du gouvernement davantage que de sa seule portée symbolique. La réconciliation avec la politique ne s’obtient pas par le simple changement d’une majorité. Elle suppose que les citoyens puissent constater que leur voix compte, que les responsables expliquent leurs décisions, que les institutions corrigent leurs erreurs et que le développement soit évalué non seulement à travers les indicateurs globaux, mais aussi à travers l’amélioration effective des conditions de vie et des perspectives d’avenir.
La question finale que Kassouri soumet ainsi au nouveau gouvernement, à l’opposition et à la société peut se formuler en ces termes :
Sommes-nous face à un changement de personnes et d’alliances, ou à une volonté réelle de transformer les règles de la décision publique afin que l’économie serve davantage le développement social ?
La réponse ne sera déterminée ni par les déclarations ni par les slogans. Elle s’écrira dans les politiques adoptées, les budgets votés, les résultats obtenus et la capacité de tous les acteurs à accepter la reddition des comptes lorsque les promesses dépassent les réalisations.


