Des informations circulent dans les milieux politiques et médiatiques au sujet d’une éventuelle attribution du secteur des Sports à Mohamed Mehdi Bensaïd, actuel ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication. Si cette hypothèse se confirmait, il pourrait se retrouver à la tête d’un portefeuille réunissant quatre domaines : la culture, la jeunesse, la communication et le sport. À ce stade, toutefois, il s’agit d’une possibilité évoquée, et non d’une décision officielle établie.
Si ce scénario se concrétise, la question ne portera pas simplement sur le nombre de secteurs qu’un même ministre peut cumuler. Elle concernera surtout la logique d’une telle organisation gouvernementale, alors que le sport possède ses propres institutions, ses contraintes et ses attentes, dans un ensemble ministériel qui couvre déjà des domaines très différents.
Mehdi Bensaïd est entré au gouvernement en octobre 2021. Son parcours comprend des études en sciences politiques et relations internationales ainsi qu’une expérience parlementaire entamée en 2011. Entre 2014 et 2016, il a présidé la commission des Affaires étrangères, de la Défense nationale, des Affaires islamiques et des Marocains résidant à l’étranger à la Chambre des représentants, selon sa biographie institutionnelle.
Ces éléments sont établis. Rien n’impose qu’un ministre de la Culture ait nécessairement été artiste, ni qu’un ministre des Sports ait lui-même été un sportif professionnel. Mais cette évidence ne dispense pas d’examiner le parcours de celui auquel un secteur public pourrait être confié, ni de s’interroger sur sa capacité à en maîtriser les enjeux.
Sur le terrain sportif, un élément mérite d’être pris en compte. Bensaïd est associé à la direction du club de l’Union Yacoub El Mansour, qui dispose de différentes sections sportives, dont le football. Le club a également été associé au développement de ses catégories de jeunes et à la progression de son équipe vers le championnat professionnel de première division.
Réduire son parcours à celui d’un homme sans aucun lien avec le sport ne correspond donc pas à ces éléments. Pour autant, diriger un club, quelle que soit la nature de cette expérience, ne revient pas à piloter une politique sportive nationale. Un ministère doit intervenir sur un champ bien plus vaste : les fédérations royales, le sport scolaire, la formation, les infrastructures, le sport de haut niveau, le financement public et les conditions du développement du sport pour tous.
C’est à partir de là que le débat devient intéressant.
Faut-il avoir été coureur, boxeur ou footballeur pour diriger le département des Sports ? Évidemment, ce n’est pas une condition obligatoire. Un ministre n’est pas nommé pour entrer sur un terrain et marquer des buts, ni pour remporter des médailles à la place des athlètes. Il doit être capable de définir une politique publique, de fixer des priorités, de superviser les institutions, de demander des comptes aux responsables et de veiller à ce que les budgets consacrés au sport produisent des résultats concrets.
Mais cette réponse ne saurait devenir une autorisation générale permettant de confier n’importe quel secteur à n’importe quel responsable. L’absence d’une carrière sportive professionnelle n’est pas rédhibitoire ; la connaissance du secteur et la capacité à le gérer restent, elles, essentielles. L’expérience politique ne dispense pas davantage un responsable de présenter une vision claire, des objectifs et une méthode de travail.
Au Maroc, les enjeux sportifs dépassent largement les résultats de l’équipe nationale ou les performances des grands clubs. Le sport scolaire doit trouver une place réelle dans le quotidien des élèves. Les collectivités territoriales doivent pouvoir contribuer à la mise à disposition d’espaces de pratique. De nombreux clubs évoluent avec des moyens inégaux, tandis que des jeunes ne disposent pas toujours d’équipements de proximité leur permettant de s’entraîner et de progresser.
À cela s’ajoutent les questions de gouvernance, de répartition des ressources, de relations entre l’État et les fédérations sportives, ainsi que de mesure de l’impact des dépenses publiques.
Ces problèmes ne se règlent pas par le simple changement du nom inscrit sur la porte d’un ministère.
Dans l’organisation gouvernementale actuelle, le sport relève du ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, tandis que Mehdi Bensaïd est chargé de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication. Si le secteur sportif devait changer de tutelle, il faudrait donc savoir si ce transfert s’accompagnerait d’une révision des compétences, des ressources et des mécanismes de coordination, ou s’il s’agirait principalement d’une redistribution des responsabilités entre ministres.
La différence est importante. Une réorganisation peut répondre à des dysfonctionnements identifiés. Une extension de portefeuille, en revanche, ne garantit pas à elle seule une amélioration de la gestion.
Le regroupement de la Culture, de la Jeunesse, de la Communication et du Sport soulève aussi une question très concrète : comment le ministre répartirait-il son temps et son attention entre ces différents dossiers ?
La culture exige une politique durable en faveur de la création, de la production et du patrimoine. La jeunesse nécessite des programmes adaptés à ses besoins et des institutions capables de les mettre en œuvre. La communication mobilise des enjeux spécifiques, notamment dans le domaine des politiques publiques liées aux médias. Le sport, enfin, impose un suivi régulier des infrastructures, de la formation, des fédérations et du sport professionnel.
Une telle concentration peut favoriser la coordination si elle repose sur une vision cohérente, une administration suffisamment solide et des moyens adaptés. Elle peut également compliquer le suivi quotidien lorsque les responsabilités s’accumulent. Le seul nom du ministre ne permet pas de trancher entre ces deux possibilités.
Pour évaluer sérieusement Bensaïd, il faut donc commencer par les secteurs dont il a effectivement la charge depuis 2021. Quels résultats ont été obtenus dans les établissements de jeunesse ? Comment les infrastructures culturelles ont-elles évolué ? Quels effets les politiques annoncées ont-elles eus sur les artistes et les industries culturelles ? Quels résultats mesurables peut-on relever dans le domaine de la communication ?
Ces questions sont légitimes, d’autant que les bilans ministériels peuvent être confrontés aux objectifs annoncés, aux budgets mobilisés et aux résultats documentés.
Les communications officielles présentant des programmes et des projets ne suffisent pas à clore le débat. À l’inverse, les publications satiriques ne constituent pas, à elles seules, une preuve d’échec. L’évaluation exige de comparer les engagements aux réalisations, d’identifier ce qui a avancé et ce qui a pris du retard, tout en distinguant les responsabilités du ministère de celles d’autres institutions et des contraintes liées aux ressources disponibles.
Quant à l’image évoquée de Bensaïd portant une mallette pour Fouad Ali El Himma, elle ne peut être transformée en preuve de compétence ou d’incompétence sans vérification de son authenticité et de son contexte. Même si l’image était confirmée, elle ne remplacerait ni l’examen des documents relatifs au parcours du responsable ni l’analyse des résultats de son action publique.
Au bout du compte, Mehdi Bensaïd pourrait être en mesure de diriger le secteur sportif ou rencontrer des difficultés importantes dans cette fonction. Une appréciation sérieuse nécessite des critères précis et un bilan vérifiable, plutôt que des présupposés sur son profil personnel.
Si sa nomination à la tête du sport était confirmée, les athlètes, les associations, les clubs, le Parlement et l’opinion publique seraient en droit de lui demander son programme, ses priorités, ses choix budgétaires et les résultats sur lesquels il accepterait d’être évalué.
Un ministre n’a pas besoin d’être champion olympique pour diriger le sport. Il doit toutefois expliquer ce qu’il compte en faire, comment il mesurera les progrès et qui devra répondre de l’écart entre les promesses et les résultats.
Dans l’attente d’une décision officielle, une question demeure : assiste-t-on aux prémices d’une véritable réorganisation gouvernementale ou à une nouvelle information circulant au fil des consultations politiques ?


