Idriss El Azami El Idrissi, député du Parti de la justice et du développement (PJD), a présenté sa candidature à la présidence de la Chambre des représentants face à Ahmed Touizi, député du Parti authenticité et modernité (PAM), soutenu par la majorité. Cette candidature transforme une séance qui aurait pu se dérouler dans un contexte politique largement balisé en un scrutin qui mérite d’être suivi, davantage pour ce qu’il peut révéler sur la position de l’opposition que pour la seule question du résultat final.
Les candidatures ont été officiellement annoncées par la présidence provisoire de la Chambre. Le nom d’El Azami figure ainsi face à celui de Touizi, confirmant le choix du PJD de prendre part à la compétition plutôt que de laisser le candidat de la majorité se présenter sans adversaire. Dans les rapports de force au sein de l’institution, la capacité du candidat de l’opposition à modifier l’issue du vote dépend du nombre de voix qu’il pourra réunir et de la disposition d’autres composantes à soutenir sa démarche. Le dépôt d’une candidature ne suffit toutefois pas à démontrer l’existence d’accords plus larges entre les partis d’opposition.
Ce que l’on peut retenir de cette initiative du PJD, c’est sa décision de participer au scrutin malgré un rapport de forces qui semble favorable au candidat de la majorité. Le parti sait qu’entrer dans la course et disposer des moyens de l’emporter sont deux choses différentes. Entre les deux se trouve un espace d’action politique et parlementaire où la candidature peut prendre sa valeur à travers ce que le vote révélera de la présence effective de l’opposition, au-delà du nom de celui qui accédera à la présidence.
En l’absence d’un candidat concurrent, la séance aurait pu susciter un intérêt limité. L’entrée en lice d’El Azami ajoute un deuxième nom au bulletin de vote et donne aux observateurs une raison concrète de suivre la répartition des suffrages, ainsi que la manière dont les groupes parlementaires se conformeront à leurs positions annoncées. Affirmer que cette candidature a, à elle seule, bouleversé la configuration politique serait néanmoins excessif. L’intérêt qu’elle suscite relève en partie d’une appréciation journalistique ; ce sont les chiffres officiels qui permettront de mesurer la portée réelle de la compétition.
Cette candidature intervient après l’annonce par le secrétariat général du PJD du choix d’El Azami El Idrissi comme président du groupe parlementaire du parti. Le cumul de cette responsabilité avec une candidature à la présidence de la Chambre donne au PJD une figure identifiée pour porter sa présence parlementaire à cette étape. Les éléments disponibles ne permettent cependant pas, à eux seuls, d’affirmer que cette initiative inaugure une stratégie plus large ou qu’elle vise à adresser un message précis à un acteur politique déterminé.
Le scrutin ouvre surtout la voie à plusieurs vérifications. Combien de voix El Azami pourra-t-il recueillir ? Les positions affichées par les groupes d’opposition se retrouveront-elles dans les choix de leurs députés au moment du vote ? Des écarts apparaîtront-ils entre l’appartenance à l’opposition et les calculs propres à chaque groupe ? Les communiqués et les déclarations antérieures ne suffiront pas à répondre à ces questions. Il faudra examiner les résultats et la répartition des suffrages.
La présidence de la Chambre peut sembler hors de portée du candidat du PJD au regard du rapport de forces décrit par les informations disponibles. La compétition conserve pourtant sa place dans le fonctionnement parlementaire, même lorsque les possibilités de modifier l’issue paraissent limitées. Dans ce cas précis, la portée politique de la candidature dépendra de ce qu’elle apportera au débat et à la pratique parlementaires, mais aussi de ce que les chiffres révéleront sur la position de l’opposition au sein de l’institution.
La question ne se limite donc plus au nom du prochain président de la Chambre. Elle porte également sur la capacité de l’opposition à transformer sa présence numérique et politique en une position lisible, susceptible d’être mesurée. La réponse commencera dans l’urne, et non dans l’hypothèse d’un résultat tenu pour acquis avant même sa proclamation.
Les informations publiées le mardi 13 octobre 2026 invitent toutefois à distinguer la compétition électorale d’une éventuelle coordination politique. Selon Hespress, la direction du PJD n’aurait pas engagé de négociations avec les autres groupes de l’opposition pour obtenir leur soutien à El Azami. D’autres médias ont, de leur côté, évoqué une majorité réunissant 207 députés. Ces éléments ne permettent donc pas de conclure que la présentation d’un candidat de l’opposition se traduit automatiquement par l’existence d’un front de vote commun.
Le nombre de voix recueillies par El Azami constituera l’indicateur le plus concret pour apprécier l’étendue du soutien dont il bénéficie au sein de la Chambre. Au-delà du résultat final, le scrutin permettra de confronter les positions politiques affichées aux choix effectivement exprimés par les députés. C’est dans cet écart éventuel entre les discours et les suffrages que se trouvera une partie des enseignements de cette élection.


