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Abdelrahim Remah et les élections du 23 septembre : dix remarques derrière lesquelles se cache une seule question… qui veut redonner son sens au vote ?

Dans son article consacré aux élections du 23 septembre 2026, Abdelrahim Remah formule dix remarques et propositions qui portent, en apparence, sur l’intégrité du scrutin, le choix des candidats, la participation, le rôle du Parlement et du gouvernement, le débat scientifique, l’orientation religieuse ainsi que la lutte contre l’achat des voix et la corruption électorale dans les zones rurales et les quartiers populaires. Mais la mise en relation de ces différents éléments révèle que l’auteur ne parle pas, au fond, du seul jour du scrutin. Il pose une question plus large : celle de la confiance dans le processus politique et de la capacité des institutions élues à retrouver leur véritable fonction.

Le premier message que l’on peut lire entre les lignes est que l’intégrité des élections constitue, pour Remah, une question qui touche à l’image du Maroc et à sa position dans une période nationale, africaine et internationale particulièrement sensible, et non une simple question de procédure électorale interne. C’est pourquoi il place la crédibilité et la transparence au début de sa réflexion, en les reliant directement au Parlement, aux institutions élues et aux évolutions que connaît la question nationale. Le prochain Parlement devrait ainsi, selon cette lecture, disposer d’une légitimité politique plus forte, parce que la nature de la période exige des institutions capables de parler au nom de la société avec davantage de confiance.

Cette idée conduit directement à sa deuxième remarque consacrée aux candidats. Remah ne se contente pas de demander des élections propres ; il pose une question plus difficile : à quoi sert l’intégrité du scrutin si elle aboutit à élire des représentants qui n’assument pas pleinement leur fonction ? C’est dans ce cadre qu’il évoque les poursuites et les procédures judiciaires, mais aussi l’absentéisme parlementaire. Il place ensuite une part de la responsabilité entre les mains des électeurs eux-mêmes, qu’il appelle à soutenir les candidats répondant aux critères d’intégrité et de crédibilité. Le message est donc clair : la réforme de l’institution ne commence pas uniquement dans l’hémicycle ; elle commence au moment où l’électeur choisit celui qui y entrera.

Cette logique conduit au troisième axe du texte : Remah restitue aux élections leur fonction constitutionnelle et politique. Le Parlement, rappelle-t-il, ne peut exercer pleinement les missions que lui confère la Constitution du 1er juillet 2011 si sa légitimité ne découle pas d’élections crédibles. De même, le gouvernement ne peut fonctionner correctement si son programme n’est pas cohérent avec les références des partis qui le composent et s’il n’est pas soumis au contrôle d’une majorité et d’une opposition réellement crédibles. Le débat dépasse alors largement la technique électorale : il s’agit de redonner son sens à la représentation politique.

La quatrième remarque, consacrée à la participation collective, contient un diagnostic encore plus précis. Remah établit un lien direct entre l’abstention et les possibilités offertes aux candidats recourant à des pratiques douteuses, tandis qu’une participation élevée renforcerait, selon lui, les candidats disposant d’une réelle crédibilité. Il place ainsi une partie de la responsabilité de la dégradation du processus électoral du côté de la société elle-même, et pas seulement des partis ou de l’administration. L’abstention, dans cette perspective, n’est pas une position neutre : elle laisse davantage de terrain à ceux qui disposent de l’argent, des réseaux et des moyens de mobilisation.

Mais l’auteur ne réduit pas les élections au seul fonctionnement du Parlement. Lorsqu’il aborde les conditions sociales, économiques et les droits, il affirme implicitement que la valeur d’une élection doit aussi être mesurée à l’aune de ce que les institutions élues sont capables de produire après les résultats. Il appelle ainsi les salariés du public et du privé, les professions indépendantes, les acteurs des droits humains et les associations de la société civile à soutenir les candidats capables de défendre ces enjeux. L’élection cesse alors d’être une simple opération de sélection des personnes : elle devient une tentative de reconnecter la politique aux préoccupations quotidiennes des citoyens.

Le rôle attribué au débat scientifique, culturel et médiatique est également révélateur. Remah appelle les universitaires, les intellectuels, les associations culturelles et les professionnels des médias à multiplier les rencontres, les conférences et les analyses. Entre les lignes, on comprend qu’il considère la conscience électorale comme l’un des instruments mêmes de l’intégrité du scrutin. Plus le débat sur les programmes, les candidats et les choix politiques est ouvert, plus l’espace laissé aux manipulations se réduit et plus le citoyen cesse d’être un simple chiffre électoral pour devenir un acteur du débat public.

L’auteur introduit ensuite la dimension religieuse, qui constitue l’un des passages les plus sensibles de son texte. Il sollicite le Conseil supérieur des oulémas et les conseils locaux afin qu’ils contribuent à la lutte contre l’argent illicite et la corruption électorale, en présentant le vote comme un témoignage engageant une responsabilité religieuse et morale. Il cherche ainsi à déplacer la lutte contre l’achat des voix du seul terrain juridique vers celui de l’éthique et de la conscience. Une élection ne se corrompt pas uniquement lorsque la loi est violée ; elle se corrompt également lorsque le vote devient une marchandise.

Mais c’est lorsqu’il aborde directement l’argent que le propos devient le plus explicite. En qualifiant l’achat des voix de « première zone noire » du processus électoral, Remah montre qu’il considère le phénomène comme structurel et non comme une succession d’incidents isolés. Surtout, il ne désigne pas un seul responsable : il renvoie à la fois aux autorités administratives, aux partis politiques et aux citoyens. Le message implicite est important : si l’argent électoral est devenu une pratique connue, sa lutte exige une volonté collective et durable, et non de simples opérations ponctuelles à l’approche du scrutin.

Le texte identifie ensuite deux espaces où cette fragilité serait particulièrement visible : le monde rural et les quartiers populaires. La référence aux « zerda », à la distribution d’argent dans les campagnes et à l’exploitation de la précarité dans certains quartiers urbains révèle une lecture sociale de la corruption électorale. Remah ne présente pas le citoyen pauvre comme l’origine du problème ; il décrit plutôt la manière dont la vulnérabilité sociale peut devenir un instrument d’exploitation politique.

C’est probablement l’un des messages les plus importants de l’article : Remah ne dissocie pas l’achat des voix de la pauvreté et de la précarité sociale. Dès lors, la lutte contre la corruption électorale ne peut réussir par le droit seul si persistent les conditions sociales qui rendent certains citoyens vulnérables à cette exploitation. L’argent achète une voix lorsque la nécessité devient plus forte que la confiance dans la politique.

Au terme de cette lecture, les dix remarques apparaissent différentes dans leur formulation, mais convergent vers une seule interrogation : comment restituer aux élections leur véritable sens politique ? Remah demande davantage d’intégrité dans le scrutin, des candidats plus crédibles, un Parlement plus assidu, un gouvernement plus cohérent, une participation populaire plus forte, un débat scientifique et médiatique plus ouvert, une conscience religieuse et morale de la responsabilité, ainsi qu’une lutte plus ferme contre l’argent électoral.

Mais ce que le texte dit dans sa profondeur est que la crise électorale ne commence pas le 23 septembre et ne s’achève pas avec l’annonce des résultats. Elle commence bien avant l’urne : dans la relation du citoyen à la politique, dans l’image du candidat, dans la capacité des partis à proposer des alternatives, dans le niveau de confiance accordé aux institutions et dans les conditions sociales qui peuvent transformer le vote en marchandise ou, au contraire, en acte de responsabilité.

L’article d’Abdelrahim Remah peut ainsi être lu comme un appel à des élections capables de reconstruire la confiance, et pas seulement de produire de nouvelles institutions. Le véritable test du 23 septembre ne sera donc pas uniquement de savoir qui gagnera et qui perdra. Il sera aussi de savoir si le processus électoral aura réussi à convaincre le citoyen que son vote peut encore faire la différence et que le prochain Parlement mérite réellement de représenter la société.

C’est cette question qui, en réalité, se trouve derrière les dix remarques de l’auteur.

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