dimanche, août 9, 2026
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Lekjaa et le « sérieux et le raisonnable » à Souss-Massa : quand un slogan électoral devient une épreuve de vérité sur les priorités du Maroc

La présence de Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération Royale Marocaine de Football, lors de la rencontre organisée à Agadir par le Parti Authenticité et Modernité, n’était pas un simple détail dans l’agenda interne d’un parti à l’approche des prochaines échéances électorales. L’homme qui vient d’intégrer le Bureau politique du PAM s’est retrouvé au cœur d’une scène politique à laquelle le parti a choisi de donner un intitulé aussi simple dans sa formulation que lourd dans sa portée : « la sincérité et le raisonnable ».

Car une élection ne se gagne pas uniquement avec des mots. Elle se gagne lorsque les citoyens sont convaincus que ce qui est dit dans les salles et sur les tribunes peut réellement se transformer en quelque chose de concret dans leur vie quotidienne. Lorsque la « sincérité » devient un slogan, la première question du citoyen est donc : sincérité sur quoi ? Et lorsque le « raisonnable » devient une référence, une autre question apparaît immédiatement : qu’est-ce qui est raisonnable dans un pays où les attentes sociales augmentent, où le coût des grands projets est considérable, tandis que le citoyen continue à payer ses impôts, à supporter le coût de la vie et à attendre une amélioration tangible des services essentiels ?

C’est précisément ici que commence la véritable lecture de la rencontre d’Agadir.

Le PAM n’a pas choisi, à ce stade, un discours frontal. Il n’a pas non plus élevé les promesses à des niveaux difficiles à mesurer. Il a privilégié les mots de confiance, de proximité, d’écoute, de sincérité et de « raisonnable », comme s’il avait compris que l’une des grandes crises de la politique marocaine n’est plus seulement celle des programmes, mais celle de la distance entre le discours politique et l’expérience quotidienne du citoyen.

C’est cette distance qu’il faut lire entre les lignes.

Car le citoyen ne vit pas à l’intérieur de la Loi de finances. Il ne voit pas les chiffres de l’investissement public comme ils apparaissent dans les tableaux budgétaires. Il ne perçoit pas les politiques publiques comme une succession de lignes comptables. Il voit une école proche ou éloignée, un hôpital auquel il peut ou non accéder, de l’eau qui arrive ou qui manque, une opportunité d’emploi qu’il a obtenue ou qu’il n’a pas trouvée, les transports, les prix, et surtout une certaine dignité sociale.

Pour lui, le « raisonnable » n’est donc pas une notion théorique. C’est une réalité quotidienne qui peut être mesurée.

C’est à partir de là que l’entrée de Lekjaa au PAM prend une dimension politique supplémentaire.

Car il arrive dans le parti avec deux expériences particulièrement sensibles dans la perception des Marocains : le Budget et le football. Cette double casquette donne à sa présence une force symbolique particulière, mais elle l’expose aussi à une responsabilité plus importante : expliquer le rapport entre investissement, résultats et impact social.

Lekjaa n’entre donc pas en politique depuis un parcours politique classique. Il y arrive avec une expérience directe de la gestion budgétaire de l’État, tout en étant à la tête de la Fédération Royale Marocaine de Football. Cette dualité donne une portée particulière à son entrée au Bureau politique du PAM.

Elle pose aussi une question que le discours électoral ne pourra pas éternellement éviter : comment transformer l’expérience de la gestion financière en une vision politique capable de hiérarchiser les priorités sociales et économiques du pays ?

Il faut cependant être précis.

Il serait financièrement et journalistiquement incorrect de réduire toutes les sommes investies dans le football et les infrastructures sportives à une simple formule selon laquelle « l’argent des contribuables aurait pu être consacré aux écoles et aux hôpitaux ». Les finances publiques sont organisées autour de crédits, de programmes et de sources de financement différents. Les investissements sportifs peuvent également produire des effets économiques, touristiques, infrastructurels et en matière d’emploi.

Mais corriger cette simplification ne supprime nullement la question.

Au contraire, cela la rend plus forte.

La véritable question n’est pas : pourquoi le Maroc investit-il dans le football ?

La véritable question est : l’investissement dans le football s’inscrit-il dans une hiérarchisation nationale claire des priorités, et les responsables publics sont-ils capables de présenter aux Marocains une évaluation précise de son rendement économique, social et territorial ?

C’est ici précisément que le slogan de la « sincérité et du raisonnable » cesse d’être un simple slogan pour devenir une épreuve politique.

Les Marocains peuvent se réjouir des victoires de leur équipe nationale. Ils peuvent être fiers des stades, des infrastructures sportives et de la capacité du Maroc à accueillir de grandes compétitions. Ils peuvent également considérer le football comme un instrument de soft power, d’attractivité internationale et de rayonnement du Royaume.

Tout cela peut être vrai.

Mais le même citoyen peut, au même moment, demander ce qu’il en est de l’école qui attend encore ses équipements, de l’hôpital qui manque de ressources humaines, des territoires qui attendent l’accès à l’eau, de l’agriculteur confronté à la rareté hydrique, ou du jeune qui ne voit toujours pas devant lui un chemin suffisamment clair vers l’emploi et la stabilité.

Ce n’est donc pas un rejet du football.

C’est le refus de considérer que la réussite dans un domaine puisse dispenser l’État de rendre des comptes sur les autres.

Et cette question prend une dimension particulière à Souss-Massa.

Il est difficile de parler de développement dans cette région sans parler de l’eau, de l’agriculture, du tourisme, de l’industrie et de l’emploi. La région se trouve au cœur de problématiques liées à la pression croissante sur les ressources hydriques et à la nécessité de garantir la continuité de son activité agricole.

Dès lors, si le « raisonnable » est réellement la référence, alors le raisonnable à Souss-Massa ne peut être séparé de la question de l’eau.

Et si la « sincérité » constitue réellement le nouveau langage politique du PAM, alors la sincérité envers l’agriculteur consiste à lui parler du coût de l’eau, de la durabilité de la production, de l’avenir de ses terres et des conditions de maintien de son activité.

Pas seulement à lui présenter des indicateurs de croissance et d’exportation.

L’agriculture n’est pas une question sectorielle parmi d’autres.

Elle participe directement à la sécurité alimentaire du Maroc.

L’eau n’est pas seulement un dossier technique.

Elle relève désormais d’un enjeu de sécurité nationale.

L’école n’est pas seulement un service public.

Elle est l’investissement réel dans la génération qui, dans vingt ans, jugera les résultats de toutes les politiques conduites aujourd’hui.

Et l’hôpital n’est pas simplement un bâtiment.

C’est le lieu où le citoyen éprouve, dans ses moments de plus grande vulnérabilité, la réalité de l’État.

C’est pourquoi le prochain test politique du PAM ne sera pas seulement sa capacité à rassembler des personnalités et des compétences. Il sera sa capacité à répondre à une question simple mais redoutable : si le parti parle de sincérité et de raisonnable, comment définira-t-il les priorités du Maroc lorsque les besoins se multiplient et que les ressources, elles, restent nécessairement limitées ?

Il ne s’agit évidemment pas d’opposer un stade à une école, ni un hôpital à une équipe nationale.

Le véritable enjeu est de savoir si le Maroc dispose d’une logique cohérente de priorisation.

Un État qui ambitionne de devenir une puissance sportive mondiale doit également disposer d’une école forte, d’un hôpital performant, d’une économie productive, d’une sécurité hydrique et d’une sécurité alimentaire solides.

Ces secteurs ne doivent pas être présentés comme des adversaires budgétaires.

Le véritable défi est de construire un équilibre entre eux.

C’est précisément à cet endroit que l’entrée de Lekjaa au Bureau politique du PAM devient politiquement significative.

Le parti ne recrute pas seulement le président de la Fédération de football. Il accueille une personnalité dont le nom est associé à la fois à la gestion budgétaire et au sport.

Ce choix donne donc au PAM une responsabilité supplémentaire : celle de démontrer que l’expertise technique peut devenir une vision politique claire, compréhensible et mesurable.

Car la compétence, en politique, ne se mesure pas seulement au nombre de dossiers qu’un responsable a gérés.

Elle se mesure à sa capacité à transformer cette expérience en choix assumés, à expliquer ces choix et à accepter d’en répondre devant les citoyens.

C’est peut-être là que se trouve la véritable portée du slogan lancé à Souss-Massa.

Si le « raisonnable » signifie quelque chose, il doit pouvoir être appliqué aux arbitrages budgétaires.

Et si la « sincérité » signifie quelque chose, elle doit permettre au citoyen de savoir combien coûte une politique, pourquoi elle est prioritaire, quel retour elle produit et ce qu’elle reporte éventuellement à plus tard.

C’est cela, la véritable transparence politique.

Car lorsque les chiffres deviennent uniquement des instruments de communication, lorsque les projets deviennent des images électorales et lorsque les succès sportifs servent à construire un récit général de réussite, le risque est de reproduire précisément la distance que le PAM prétend aujourd’hui vouloir réduire entre la politique et les citoyens.

Et le sujet de la jeunesse rend cette question encore plus sensible.

À la suite des événements migratoires récents vers Ceuta, des voix au sein même du PAM ont reconnu que le phénomène ne pouvait être réduit à une simple question sécuritaire. L’organisation de jeunesse du parti a notamment évoqué la perte de confiance de certains jeunes dans leur capacité à s’intégrer, à construire leur avenir et à accéder à de véritables opportunités.

Ici, Ceuta et Souss-Massa se rejoignent autour d’un même mot : la confiance.

Le jeune qui envisage de partir ne demande pas nécessairement un discours politique plus brillant.

Il cherche un avenir auquel il puisse croire.

L’agriculteur qui s’inquiète pour ses terres ne demande pas uniquement un programme électoral.

Il demande une ressource en eau sur laquelle il puisse compter.

La famille qui envoie ses enfants à l’école ne demande pas seulement une réforme annoncée.

Elle veut une éducation capable de leur ouvrir une voie.

Le malade ne demande pas seulement un nouvel établissement hospitalier sur une affiche de projet.

Il veut un médecin, un médicament, un rendez-vous et un traitement.

C’est là que la « sincérité et le raisonnable » deviennent mesurables.

Et si le PAM veut transformer ce slogan en véritable force électorale, il devra accepter d’être jugé non seulement sur les tribunes, mais aussi sur les chiffres, les résultats et les réalités quotidiennes.

L’entrée de Lekjaa au Bureau politique ne devrait donc pas être lue uniquement comme un gain organisationnel pour le parti. Elle peut également être comprise comme un nouvel engagement politique.

Le choix présenté par la direction du PAM comme l’arrivée d’une compétence disposant d’une expérience institutionnelle importante produit nécessairement une attente supplémentaire.

Car l’expertise, lorsqu’elle entre en politique, ne peut plus rester une simple réputation.

Elle doit devenir une méthode.

Une méthode pour décider.

Une méthode pour arbitrer.

Une méthode pour expliquer.

Et surtout, une méthode pour rendre des comptes.

C’est pourquoi une question, peut-être inconfortable, mérite d’être posée :

Si le football a bénéficié d’investissements considérables parce qu’il constitue désormais un enjeu national, quelle doit être l’ampleur de l’effort national consacré à l’école ? Quel doit être celui consacré à l’hôpital ? Quel prix sommes-nous prêts à payer pour la sécurité hydrique ? Et quel niveau d’investissement devons-nous consacrer à la sécurité alimentaire ?

Il ne s’agit toujours pas de placer le football face à l’école ou le stade face à l’hôpital.

Il s’agit de placer la logique des priorités face à la logique des événements.

Un État ne se mesure pas seulement à ce qu’il est capable de réaliser lorsqu’une Coupe du monde, une Coupe d’Afrique ou un grand événement international approche.

Il se mesure aussi à ce qu’il accomplit dans un village où aucune caméra ne vient, dans une école que personne ne filme, dans un hôpital qui ne figure pas dans les journaux télévisés, ou dans une exploitation agricole qui lutte chaque jour pour obtenir une goutte d’eau supplémentaire.

C’est là, précisément, que la « sincérité et le raisonnable » pourraient devenir autre chose qu’un slogan électoral.

Ils pourraient devenir un contrat politique.

Dire ce qui est possible.

Reconnaître ce qui ne l’est pas.

Annoncer le coût des choix.

Présenter des résultats mesurables.

Et revenir devant le citoyen pour rendre compte de l’action menée avant de lui demander son vote.

Sinon, le slogan risque de rejoindre rapidement la longue liste des expressions politiques séduisantes que les citoyens ont déjà entendues.

Car une élection n’est pas un concours d’éloquence.

C’est un moment de reddition des comptes.

Et lorsqu’un homme associé à la fois au Budget et au football entre au cœur d’un parti qui se prépare à une bataille électorale, la question n’est finalement plus seulement : qu’est-ce que Lekjaa va apporter au PAM ?

La question devient beaucoup plus importante :

qu’est-ce que le PAM dira aux Marocains sur la manière dont leur argent est dépensé et sur la manière dont les priorités de leur pays sont définies ?

C’est là que la « sincérité » sera véritablement testée.

C’est là que le « raisonnable » devra faire ses preuves.

Car le citoyen marocain ne refuse ni de voir son équipe gagner, ni de voir son pays construire des stades modernes, ni de voir le Maroc devenir une puissance sportive, touristique et diplomatique.

Mais il veut, dans le même temps, voir une école digne de ses enfants, un hôpital digne de sa dignité, une eau capable de garantir l’avenir de ses terres, une agriculture capable de durer et un emploi qui donne à sa jeunesse une raison de rester.

Au fond, le problème n’est pas de savoir s’il faut investir dans le football. Le vrai problème est de savoir : combien avons-nous investi, pourquoi l’avons-nous fait, qu’avons-nous gagné, et que devons-nous désormais placer en tête de nos priorités nationales ?

C’est cette question qui accompagnera la « sincérité et le raisonnable » de Souss-Massa jusqu’aux urnes.

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