jeudi, septembre 3, 2026
AccueilActualitésSánchez disculpe le Maroc dans la crise migratoire de Sebta… et invite...

Sánchez disculpe le Maroc dans la crise migratoire de Sebta… et invite Felipe VI à s’y rendre

Madrid — Pedro Sánchez n’a pas accusé le Maroc, jeudi, devant le Congrès des députés espagnol, d’être à l’origine de la crise migratoire qui a touché Sebta occupée à la fin du mois de juillet. C’est même plutôt l’inverse qui ressort de son intervention.

Le chef du gouvernement espagnol a déclaré clairement que Madrid ne disposait d’« aucune preuve solide » permettant d’affirmer que le Maroc avait planifié ou organisé l’afflux de migrants vers la ville, ou qu’une partie marocaine en avait assuré la coordination. Mais cette prise de distance officielle n’a pas pour autant ramené le dossier de Sebta à une situation apaisée.

Car, au cours de la même séance, Sánchez a révélé que le gouvernement espagnol avait convoqué l’ambassadrice du Maroc à Madrid, Karima Benyaich, le 21 août, en réaction à des déclarations de responsables marocains sur le statut de Sebta et Melilla.

Et au même moment, le président du gouvernement espagnol a ouvert un autre front, beaucoup plus sensible : il a invité le roi Felipe VI à se rendre dans les deux villes au cours des prochaines semaines.

C’est dans cet ordre que le message espagnol a été formulé. La crise migratoire n’a pas été officiellement imputée à Rabat, mais la question de la souveraineté n’a pas été écartée du débat.

Au cours des dernières semaines, les deux dossiers avaient pourtant tendance à se confondre dans le discours politique et médiatique espagnol. L’arrivée massive de migrants à Sebta les 30 et 31 juillet avait relancé les interrogations sur le rôle des autorités marocaines dans la surveillance des abords de la ville, notamment parce que les arrivées se sont produites dans des circonstances exceptionnelles et ont suscité des questions sur le niveau de présence sécuritaire du côté marocain.

Puis, mercredi, un document présenté comme provenant de la police espagnole est apparu dans plusieurs médias. Il faisait état d’une présence « beaucoup plus faible que d’habitude » des forces de sécurité marocaines et évoquait des accusations de laxisme dans la gestion des migrants.

Le document n’a toutefois pas résisté longtemps au démenti officiel. Le directeur de la police espagnole a nié son existence, affaiblissant ainsi une partie des éléments utilisés pour soutenir l’hypothèse d’une opération délibérément favorisée par le Maroc.

Le lendemain, la position de Sánchez devant le Parlement est venue préciser davantage les choses : le gouvernement espagnol ne dispose pas de preuves solides établissant que le Maroc aurait planifié ou organisé l’afflux de migrants.

Cette déclaration est difficile à contourner lorsqu’il s’agit de comprendre la crise, puisqu’elle émane directement du chef du gouvernement, dans une enceinte parlementaire où l’exécutif est appelé à rendre compte de ses positions. Elle signifie, au minimum, que l’hypothèse faisant de Rabat l’auteur de la planification de l’opération n’est pas devenue une conclusion officielle de Madrid.

Cela ne signifie pas pour autant que toutes les questions entourant les événements ont été réglées.

Car l’immigration est une chose. La souveraineté en est une autre.

Sánchez a pris soin de les distinguer lorsqu’il est passé aux déclarations du ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, et au discours prononcé par le ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, devant le roi Mohammed VI à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de la naissance du Prophète.

Selon ce qu’a exposé le chef du gouvernement espagnol, ces déclarations comportaient une affirmation des droits du Maroc sur Sebta et Melilla. C’est pour cette raison, a-t-il expliqué, que Madrid les a rejetées catégoriquement et convoqué l’ambassadrice marocaine afin de lui transmettre la position du gouvernement espagnol.

Cette convocation n’est pas un simple geste administratif. Elle ne signifie pas non plus, à elle seule, l’entrée des relations entre les deux pays dans une crise diplomatique générale. Madrid a choisi un canal diplomatique connu, tout en maintenant parallèlement son affirmation selon laquelle le dossier migratoire devait être distingué du différend sur la souveraineté des deux villes.

Cette distinction est importante pour Sánchez lui-même.

Reconnaître l’existence de preuves d’une implication marocaine dans la préparation de la crise migratoire aurait placé le gouvernement espagnol devant un dossier d’une tout autre nature, notamment compte tenu de l’importance de la coopération avec Rabat dans la lutte contre l’immigration irrégulière et dans le contrôle des frontières.

En affirmant, au contraire, qu’il n’existe pas de preuves solides, Madrid maintient l’affaire dans le registre d’une crise migratoire dont toutes les circonstances ne sont pas encore établies, plutôt que de la transformer en confrontation directe avec le Maroc.

En revanche, Sánchez n’a pas traité avec la même prudence les déclarations marocaines relatives à la souveraineté.

Le débat s’est alors déplacé de la circulation des migrants vers la question de la souveraineté.

Sebta et Melilla ne sont pas, dans la politique espagnole, deux simples points frontaliers. Leur statut constitue depuis des décennies l’un des dossiers les plus sensibles des relations maroco-espagnoles. Toute déclaration marocaine concernant la souveraineté sur ces deux villes peut, en Espagne, dépasser la personne qui l’a prononcée et devenir une question politique à part entière.

C’est dans ce contexte qu’est intervenue l’invitation de Sánchez au roi Felipe VI.

Si elle se concrétise, cette visite aurait une portée symbolique évidente. La dernière visite d’un souverain espagnol à Sebta et Melilla remonte à novembre 2007, lorsque le roi Juan Carlos Ier et la reine Sofia s’étaient rendus dans les deux villes. Le déplacement avait alors provoqué une crise diplomatique aiguë avec le Maroc.

Depuis, aucun souverain espagnol n’a renouvelé une telle visite.

Que Sánchez invite aujourd’hui Felipe VI à se rendre à Sebta et Melilla, après la crise migratoire de juillet et la convocation de l’ambassadrice marocaine, signifie que Madrid cherche à réaffirmer la présence de l’État espagnol dans ce dossier.

Il serait toutefois difficile, sur la seule base des éléments disponibles, d’affirmer que cette invitation annonce nécessairement une visite imminente ou qu’elle constitue le prélude à une nouvelle confrontation diplomatique avec Rabat.

Le roi n’a pas annoncé, dans les éléments présentés par Sánchez, de date pour cette éventuelle visite.

La différence entre une invitation politique et sa concrétisation est donc importante.

La politique espagnole à l’égard du Maroc, ces dernières années, a précisément consisté à tenter de faire coexister les intérêts sécuritaires et économiques avec la gestion des différends politiques, notamment autour de Sebta et Melilla. La crise de juillet a fait réapparaître cette difficulté : Madrid a besoin de la coopération de Rabat sur l’immigration, mais ne souhaite pas que cette coopération puisse être interprétée comme une remise en cause de son discours sur la souveraineté des deux villes.

La position de Sánchez devant le Parlement apparaît ainsi orientée dans deux directions, sans être nécessairement contradictoire.

Sur l’immigration, il n’a pas accusé officiellement le Maroc, faute de preuves solides permettant de soutenir une telle accusation.

Sur la souveraineté, en revanche, il a élevé le niveau de la protestation contre les déclarations de responsables marocains, avant d’impliquer la monarchie espagnole elle-même en invitant Felipe VI à se rendre à Sebta et Melilla.

Quant à ce qui s’est réellement passé les 30 et 31 juillet, le dossier exige encore de distinguer les faits établis des récits politiques apparus après les événements. L’afflux migratoire a bien eu lieu. Les morts et les disparus font partie des conséquences documentées de la crise. Les interrogations sur le niveau de préparation des autorités marocaines à la frontière existent également.

Mais passer de ces éléments à l’affirmation que l’opération aurait été planifiée par Rabat nécessite des preuves que Sánchez affirme précisément ne pas détenir.

C’est ce qui donne à sa déclaration devant le Parlement sa portée la plus immédiate : elle ne met pas fin à la controverse, mais elle écarte officiellement l’accusation la plus lourde qui pesait sur le Maroc, celle d’avoir planifié la crise migratoire.

Dans le même temps, Sánchez n’a pas refermé le dossier de Sebta.

Il en a plutôt déplacé le centre de gravité : de la question « qui a organisé l’afflux de migrants ? » vers une question plus directement politique pour l’Espagne : comment Madrid doit-elle répondre aux déclarations marocaines réaffirmant les droits du Maroc sur les deux villes ?

La convocation de l’ambassadrice a constitué la première réponse diplomatique.

L’invitation adressée à Felipe VI pourrait devenir la suivante sur le plan symbolique, si elle se transforme effectivement en déplacement.

Pour les relations avec Rabat, l’équilibre reste donc, pour l’instant, fondé sur une tentative de maintenir les deux dossiers séparés : la coopération migratoire d’un côté, le différend sur Sebta et Melilla de l’autre.

La question sera de savoir combien de temps cette séparation pourra tenir, à mesure que Madrid précisera sa réponse aux déclarations marocaines et que l’invitation adressée au roi d’Espagne passera — ou non — du registre politique à celui de la décision.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus