vendredi, août 28, 2026
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Lekjaa et les « terroristes des moutons et de la viande »… quand les « farrakcha » entrent au cœur de la bataille politique

Lekjaa place le pouvoir d’achat au cœur de la bataille… et le message dépasse le marché du bétail

Ce qui frappe dans les propos tenus aujourd’hui par Fouzi Lekjaa n’est pas seulement son choix de qualifier de « vrais terroristes » ceux qui ont spéculé sur le marché du bétail. L’essentiel est ailleurs : cette déclaration intervient moins de 48 heures après la diffusion d’un enregistrement attribué à Rachid Talbi Alami, dans lequel ce dernier aurait posé un « veto » politique à l’arrivée de Lekjaa au ministère des Finances dans le prochain gouvernement.

Entre les deux séquences, quelque chose semble avoir changé dans la nature de la confrontation entre le PAM et le RNI. Il ne s’agit plus seulement de savoir qui attire qui, mais aussi de savoir qui entend peser sur la définition de la prochaine étape politique.

Fouzi Lekjaa a tenu ces propos jeudi 27 août, lors d’une rencontre de communication organisée par le Parti authenticité et modernité dans la commune d’Ouled Nasser, dans la province de Fquih Ben Salah. Le pouvoir d’achat des Marocains y a occupé une place centrale.

Lekjaa ramène la bataille au panier de la ménagère

Lekjaa ne parlait pas uniquement du prix de la viande.

Après la polémique autour de l’enregistrement attribué à Talbi Alami, il a choisi de déplacer le débat vers un terrain beaucoup plus concret pour l’électeur : le marché, le prix de la viande et la capacité des familles marocaines à supporter le coût de la vie.

« Les vrais terroristes sont ceux qui ont transformé la joie de l’Aïd al-Adha en inquiétude pour plusieurs familles marocaines », a-t-il déclaré, ajoutant qu’« on ne peut pas laisser les Marocains acheter la viande à 150 ou 160 dirhams ».

Il a surtout fait du pouvoir d’achat « l’une de nos premières priorités pour l’avenir ».

Pris isolément, le propos peut être compris comme une condamnation de la spéculation et des pratiques qui ont affecté le marché du bétail. Mais son calendrier lui donne une dimension politique supplémentaire, sans pour autant permettre d’affirmer que Lekjaa répondait directement à Talbi Alami.

L’enregistrement diffusé depuis mardi 25 août, attribué au président de la Chambre des représentants et membre du bureau politique du RNI, contient en effet un refus explicite de voir Lekjaa prendre en charge le portefeuille de l’Économie et des Finances dans le prochain gouvernement. Il évoque également l’hypothèse du maintien de Nadia Fettah Alaoui à ce poste si le RNI arrive en deuxième position, ainsi que des questions liées au recrutement de parlementaires et d’élus d’autres formations.

Le problème dépasse donc désormais le simple désaccord autour d’un ministère.

L’enregistrement intervient avant même que les électeurs ne se rendent aux urnes, tout en faisant déjà apparaître des scénarios concernant la future configuration gouvernementale.

C’est là que la phrase de Lekjaa sur « la culture du partage des butins » prend une autre résonance.

« Les butins » : un mot qui arrive au mauvais moment pour être anodin

Lekjaa a déclaré que son parti était « très loin de la culture de distribution des butins sans mérite », ajoutant que cette culture « ne nous concerne ni aujourd’hui ni demain ».

Il n’a pas cité Talbi Alami et n’a formulé aucune accusation directe contre le RNI.

Mais parler de « butins » dans un contexte où un enregistrement diffusé quelques heures auparavant tourne précisément autour des postes, des portefeuilles ministériels et des arrangements possibles après les élections donne naturellement à cette expression une portée politique.

Les législatives auront lieu le 23 septembre 2026. La campagne officielle doit commencer le 10 septembre et s’achever dans la nuit du 22 septembre.

Le Maroc entre donc dans les dernières semaines d’une séquence électorale qui va nécessairement modifier les rapports de force entre les partis et à l’intérieur même de certaines formations.

La particularité de la période actuelle est là : les partis sont censés convaincre les électeurs de leurs programmes, mais le débat public s’est déjà déplacé vers la question de savoir qui conservera son influence, qui rejoindra quel camp, qui arrivera premier ou deuxième et, surtout, qui participera au prochain gouvernement.

De la bataille des postes à la question : qui décidera de quoi ?

La confrontation entre le PAM et le RNI n’a pas commencé avec les déclarations de Lekjaa.

Son arrivée au PAM, puis les mouvements d’adhésion et de ralliement de plusieurs élus et responsables politiques, ont cependant donné à la compétition une dimension plus sensible.

L’enregistrement attribué à Talbi Alami a été interprété par plusieurs médias dans ce contexte.

Mais ce que révèle surtout la prise de parole de Lekjaa, c’est une tentative de déplacer le terrain de la confrontation.

Plutôt que de s’enfermer dans la polémique autour de « qui a dit quoi », le ministre délégué chargé du Budget ramène la bataille vers la performance et les résultats.

Pour le citoyen, dit en substance son discours, la question essentielle n’est pas de savoir qui conservera tel poste, mais combien coûte la vie, combien coûte la viande, et ce que les politiques publiques changent réellement dans son quotidien.

« Nous pouvons parler comme nous voulons et nous exprimer comme nous voulons, mais nous devons trouver des résultats concrets dans la vie quotidienne des citoyennes et des citoyens », a-t-il insisté.

Cette phrase dépasse le registre technique.

Lekjaa parle à la fois comme responsable du PAM et comme ministre délégué chargé du Budget, c’est-à-dire comme l’un des responsables placés au cœur de la politique financière de l’État.

Faire du pouvoir d’achat une priorité politique signifie donc aussi accepter une question en retour : quelles mesures concrètes permettront effectivement de réduire la pression sur les ménages ?

La crise du marché du bétail autour de l’Aïd al-Adha montre que le problème ne se résume pas à l’existence de « spéculateurs ».

Si des pratiques de spéculation ou de concentration ont effectivement pesé sur les prix, la question est aussi de savoir pourquoi le système a permis que la pression atteigne le consommateur avec une telle intensité, où se situent les failles de régulation et de contrôle, et qui assume la responsabilité lorsque le prix d’une denrée devient une source d’angoisse pour les familles.

C’est une question beaucoup plus lourde que celle de savoir qui sont les « farrakcha », les intermédiaires accusés d’avoir profité du marché.

Du « tracteur » au citoyen

Une autre partie du discours de Lekjaa mérite attention.

Le responsable du PAM a appelé les jeunes à se rendre aux urnes le 23 septembre, mais il a refusé que la relation entre le parti et les citoyens se réduise à une demande de vote en faveur du symbole du « tracteur ».

Il faut, selon lui, expliquer les objectifs et les moyens, sortir les citoyens de la marge et en faire des acteurs du processus politique.

Le message correspond directement à la séquence électorale qui s’ouvre.

Car le scrutin ne déterminera pas seulement le nombre de sièges de chaque formation. Il déterminera aussi la légitimité politique à partir de laquelle chaque parti pourra prétendre porter une vision pour la prochaine étape.

C’est dans ce cadre qu’il a parlé d’un « Maroc à deux vitesses », appelant à réduire les écarts territoriaux et à faire en sorte que le développement avance au même rythme « de Tanger à Lagouira ».

Il a également insisté sur la nécessité d’aller vers les citoyens des villages, des montagnes et des zones éloignées, et de les associer à la définition des choix politiques et de développement.

Le parti politique, dans cette conception, ne peut pas apparaître uniquement à la veille du scrutin pour demander des voix.

Mais cette ambition pose une autre question : les partis seront-ils capables de transformer cette rhétorique en engagements mesurables ?

La véritable bataille a déjà commencé

Les événements des derniers jours disent quelque chose d’important sur les élections du 23 septembre.

Le scrutin n’a pas encore eu lieu. La campagne officielle n’a même pas commencé. Pourtant, le débat sur la prochaine majorité, les futures alliances, les postes ministériels et les rapports de force est déjà installé.

C’est précisément ce qui rend la séquence actuelle intéressante.

La bataille électorale se déroule désormais sur deux terrains.

Le premier est celui du vote : convaincre les Marocains.

Le second est celui de l’après-vote : préparer les rapports de force qui permettront de négocier la prochaine architecture gouvernementale.

Et c’est probablement dans cet écart que se situe l’un des enjeux les plus importants de cette campagne.

Car lorsque les électeurs entendent parler, avant même de voter, du ministère des Finances, de qui doit l’occuper, de qui doit rester en place et de qui doit rejoindre quel parti, une question finit nécessairement par surgir : à quel moment le citoyen retrouve-t-il la place centrale dans cette compétition ?

Le discours de Lekjaa tente précisément de ramener cette place au centre.

Le pouvoir d’achat, le prix de la viande, les jeunes, les territoires marginalisés, les résultats concrets : autant de sujets qui permettent au PAM de déplacer la confrontation vers un terrain où le citoyen peut mesurer la politique autrement que par les rapports de force entre dirigeants.

Mais cette stratégie comporte également une exigence.

Une fois les élections passées, le discours sur le pouvoir d’achat devra rencontrer des résultats. La promesse d’un Maroc qui avance à la même vitesse devra rencontrer des politiques publiques capables de réduire les écarts. Et la dénonciation de la « distribution des butins » devra être cohérente avec la manière dont seront effectivement distribuées les responsabilités.

C’est là que la séquence commencera réellement.

Le 23 septembre pourra donner à un parti la première place et à un autre la deuxième. Il pourra recomposer les alliances et modifier les équilibres.

Mais il ne réglera pas la question essentielle soulevée par le discours de Lekjaa : qu’est-ce qui changera réellement dans la vie du citoyen ?

Au fond, la bataille autour du ministère des Finances pourrait n’être que la partie visible d’un affrontement plus large.

Celui qui opposera, dans les semaines et les mois à venir, deux conceptions de la politique : celle qui se joue autour de la répartition des positions et celle qui devra, tôt ou tard, être jugée sur ce qu’elle produit dans la vie quotidienne des Marocains.

C’est probablement là que se trouvera le véritable verdict du 23 septembre.

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