jeudi, août 27, 2026
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Quand la fuite attribuée à Talbi Alami révèle l’envers du décor du PAM : où se situe Mansouri face à l’ascension de Lekjaa ?

Une autre lecture de la fuite attribuée à Talbi Alami

En politique, les fuites ne révèlent pas toujours autant celui qui parle qu’elles ne révèlent la place occupée par les autres sur l’échiquier. L’enregistrement attribué à Rachid Talbi Alami peut précisément être lu sous cet angle : il ne s’agit pas seulement de savoir qui a dit quoi, mais de regarder qui apparaît dans cet échange comme une personnalité dont le poids politique est pris en compte, et qui en est absent alors que son nom aurait logiquement dû apparaître dans une telle discussion.

Politiquement, la personnalité qui pourrait avoir le plus souffert de cette fuite n’est peut-être pas Fouzi Lekjaa, mais Fatima Zahra Mansouri.

Les propos attribués à Talbi Alami, indépendamment de la polémique entourant l’enregistrement et les circonstances dans lesquelles il a été réalisé, ont placé Lekjaa dans une position différente de celle que les observateurs lui attribuaient habituellement dans le paysage partisan. Il n’y apparaît pas simplement comme une personnalité gouvernementale ou comme un acteur du monde sportif, mais comme un nom autour duquel peuvent se construire des calculs directement liés à l’avenir de l’exécutif. Plus encore, cette discussion intervient au sein d’un parti qui se trouve au cœur de la compétition électorale à venir.

C’est ce qui donne à cet enregistrement une portée qui dépasse largement celle d’un simple contenu circulant sur les réseaux sociaux.

Lorsqu’une éventuelle nomination à un portefeuille régalien ou à une haute fonction gouvernementale devient l’objet d’une discussion entre responsables politiques, cela confère à la personnalité concernée un poids qui dépasse sa fonction officielle. Cela ne signifie ni que la voie vers la présidence du gouvernement est tracée, ni que ce qui figure dans l’enregistrement constitue une décision politique. Mais cela montre au moins une chose : le nom de Lekjaa est désormais présent dans des calculs politiques qu’il devient difficile d’ignorer.

C’est ici qu’apparaît le paradoxe au sein du Parti Authenticité et Modernité.

Fatima Zahra Mansouri demeure l’une des principales figures politiques du parti. Elle en a pris les commandes à un moment où le PAM cherchait à consolider sa position comme force gouvernementale et comme alternative politique capable de peser dans la compétition. Sa présence gouvernementale et son statut politique ont également fait d’elle un nom naturel chaque fois que se pose la question de la prochaine direction politique du pays ou de la personne susceptible d’accéder à la présidence du gouvernement.

Mais l’enregistrement ne l’a pas placée au centre de la scène.

C’est Lekjaa qui y est apparu.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’un bouleversement s’est produit dans les rapports de force au sein du parti, pas plus que Mansouri aurait perdu sa position. De telles conclusions exigeraient des éléments beaucoup plus larges qu’un seul enregistrement. Mais l’épisode permet une autre lecture de la nature du pouvoir au sein des partis marocains : il existe une différence entre ceux qui occupent le devant de la scène organisationnelle et médiatique et les personnalités qui entrent réellement dans les calculs liés aux centres de décision.

Un parti ne se mesure pas uniquement à celui qui le dirige officiellement.

À l’approche des élections, le poids d’un responsable politique dépend aussi de sa capacité à mobiliser des élus, de ses réseaux, de la place qu’il pourrait occuper dans les équilibres à venir et de la portée de son nom au-delà du cadre partisan. C’est pourquoi l’apparition de Lekjaa avec un tel poids dans une discussion de cette nature mérite d’être observée, sans pour autant aller jusqu’à conclure qu’il sera le prochain chef du gouvernement.

L’autre paradoxe est que la fuite, au lieu d’affaiblir Lekjaa, pourrait lui avoir offert un espace politique supplémentaire. La polémique, qui aurait pu rester centrée sur le contenu de l’enregistrement, s’est rapidement déplacée vers une question plus large : pourquoi le nom de Lekjaa apparaît-il de cette manière dans les calculs politiques ?

C’est précisément ce point qui mérite d’être suivi.

Les prochaines élections législatives ne détermineront pas seulement le nombre de sièges obtenu par chaque parti. Elles vont aussi mettre à l’épreuve les positions des différentes personnalités à l’intérieur même des formations politiques et montrer qui est capable de transformer une présence politique en influence réelle. Dans cette phase, certains indicateurs peuvent être plus révélateurs que les déclarations officielles : de qui parle-t-on ? Quels noms entrent dans les calculs ? Et qui devient, même sans aucune annonce officielle, une partie du débat sur le prochain gouvernement ?

Sous cet angle, la portée de l’enregistrement ne réside pas uniquement dans ce qui aurait été dit au sujet de Lekjaa. Elle réside aussi dans ce qu’il révèle de la manière dont les rapports de force commencent à se dessiner avant même que les urnes ne tranchent.

Pour Fatima Zahra Mansouri, le problème n’est donc pas simplement que son nom n’apparaisse pas dans un enregistrement. Le plus important est que cette absence invite à regarder autrement la compétition au sein des partis : le leadership organisationnel et la présence gouvernementale suffisent-ils à placer automatiquement une personnalité au cœur de la course à la présidence du gouvernement, ou existe-t-il, à côté de ces positions visibles, d’autres rapports de force qui n’apparaissent pas toujours dans le discours public ?

L’enregistrement n’apporte pas de réponse définitive à cette question.

Il montre toutefois que la compétition commence à être lue, dans certains cercles politiques du moins, à travers des noms et des poids qui ne correspondent pas nécessairement à l’image donnée par les structures partisanes.

C’est peut-être là la principale leçon de cette fuite : avant même que les urnes ne parlent, certains noms commencent à être testés politiquement, certains poids apparaissent dans les discussions et certaines positions sont réévaluées. Dès lors, la véritable question n’est pas seulement de savoir qui a été fragilisé par l’enregistrement, mais aussi qui en est sorti avec une présence politique plus forte qu’avant sa diffusion.

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