mercredi, août 26, 2026
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Le PAM et le RNI ouvrent la bataille d’avant-scrutin : quand le recrutement des élus devient un enjeu électoral

Les élections législatives marocaines n’ont pas encore commencé, mais certaines de leurs batailles, elles, ont déjà éclaté. Cette fois, elles ne se jouent ni dans les meetings ni autour des programmes, mais au cœur même de la carte partisane : qui reste avec qui, qui change de camp, et surtout qui est capable d’attirer des élus et des candidats avant même que l’électeur ne se rende aux urnes ?

Le 25 août, le Rassemblement national des indépendants (RNI) a publié un communiqué au ton particulièrement ferme. Le parti au pouvoir affirme que plusieurs de ses parlementaires, élus et responsables font, ces dernières semaines, l’objet de ce qu’il qualifie de « tentatives de séduction et de pressions » de la part du Parti authenticité et modernité (PAM). Il estime que ces pratiques portent atteinte à l’éthique de l’action politique et aux règles d’une compétition démocratique saine.

Le communiqué ne donne toutefois pas, dans sa version publiée, les noms des élus concernés ni les éléments précis permettant d’établir la nature des pressions évoquées. À ce stade, il s’agit donc d’une accusation politique formulée par l’un des protagonistes du conflit, et non d’un fait établi par une décision judiciaire ou par un élément indépendant.

Mais l’importance politique du communiqué ne dépend pas nécessairement de la preuve de l’accusation. Le fait qu’un parti qui dirige le gouvernement fasse de la « séduction » de ses élus un sujet de communication de son bureau politique, à quelques semaines seulement des élections, montre déjà que les mouvements de personnes sont devenus une composante du calcul électoral.

La réponse du PAM, publiée le lendemain, ne s’est d’ailleurs pas limitée à un simple démenti. Le parti a dénoncé ce qu’il considère comme une mise en cause injustifiée de son nom, rejeté catégoriquement les accusations de pression ou de contrainte et affirmé que l’élargissement de ses rangs repose sur le dialogue, la conviction et l’arrivée de compétences qui adhèrent librement à son projet politique.

Puis le PAM a ressorti du dossier des législatives de 2021 un chiffre qui possède sa propre charge politique : selon lui, plus de 17 parlementaires issus auparavant de cinq formations politiques différentes avaient été présentés sous les couleurs du RNI, dont six étaient auparavant membres du PAM. Le parti évoque également des dizaines d’élus des conseils communaux et du Conseil des conseillers.

Le sens de ce rappel n’est pas de démontrer que le PAM a raison aujourd’hui, pas davantage de prouver le contraire. Un changement d’étiquette politique ne constitue pas, en soi, une preuve de contrainte. De la même manière, le recrutement d’élus avant une élection ne devient pas automatiquement une pratique illégitime parce qu’un parti concurrent la conteste.

Le véritable problème se situe ailleurs : où se trouve la frontière entre la liberté de changer d’appartenance politique et la capacité d’un parti à remodeler la carte électorale en recrutant des personnes déjà implantées localement ?

La question prend une dimension particulière parce que le RNI et le PAM ne sont pas deux formations concurrentes venues de camps politiques opposés. Ils appartiennent à la même majorité gouvernementale formée après les élections de 2021, aux côtés du Parti de l’Istiqlal. Les dirigeants des trois formations avaient alors formalisé leur accord de majorité.

Autrement dit, le conflit actuel ne se déroule pas entre un gouvernement et son opposition, mais entre deux composantes de la majorité gouvernementale qui s’apprêtent à entrer dans une compétition électorale susceptible de redessiner leurs propres rapports de force.

C’est aussi ce qui donne tout son relief au calendrier.

Les élections de la Chambre des représentants sont fixées au 23 septembre 2026. La campagne électorale doit se tenir du 10 au 22 septembre, tandis que le dépôt des candidatures est prévu du 31 août au 8 septembre.

Les deux communiqués sont donc intervenus à quelques jours seulement de l’ouverture officielle du dépôt des candidatures.

Ce calendrier n’est pas un détail.

Avant même que l’électeur n’entre dans l’isoloir, les partis doivent savoir qui portera leurs listes, qui pourra défendre leurs couleurs dans les circonscriptions, qui dispose d’un réseau local et qui est capable de transformer une implantation sociale, communale ou professionnelle en potentiel électoral.

Dans de nombreuses circonscriptions, l’élu sortant représente ainsi bien plus qu’un simple adhérent. Il connaît le terrain, les acteurs locaux, les réseaux, les équilibres et les mécanismes de mobilisation. Il possède une expérience électorale que l’on ne construit pas en quelques semaines.

C’est pourquoi le déplacement d’un élu d’un parti à un autre, à l’approche du scrutin, peut devenir une question politique dépassant largement la personne concernée.

Mais il y a une autre contradiction dans cet affrontement.

Les deux formations parlent, chacune à sa manière, de liberté de choix.

Le RNI affirme que la compétition doit porter sur les programmes et non sur le recrutement de personnes. Le PAM répond que ses portes sont ouvertes à tous ceux qui souhaitent rejoindre librement et indépendamment son projet politique.

Le principe est clair. La pratique, elle, demande davantage de vérification.

Un élu qui change d’appartenance exerce une liberté politique. Mais le parti qui le recrute réalise en même temps un gain électoral. Entre ces deux réalités existe une zone qui ne peut être tranchée par les seuls discours de principe.

Il faut savoir si le changement est effectivement libre, si les candidatures respectent les règles légales et si les accusations de pression, de contrainte ou d’usage de moyens illégitimes reposent sur des faits précis.

C’est précisément sur ce point que les deux communiqués restent incomplets.

Le PAM, de son côté, a choisi de répondre politiquement plutôt que de se contenter de nier. Lorsqu’il affirme qu’il « n’acceptera de leçons » de personne en matière de respect de la loi et des règles de l’action politique et institutionnelle, il cherche à déplacer le centre du débat : de formation mise en cause, il se présente à son tour comme une formation en droit de rappeler à son concurrent son propre passé électoral.

Le conflit change alors de nature.

Il ne porte plus seulement sur une éventuelle opération de recrutement. Il devient une bataille autour de celui qui peut définir ce que serait une compétition politique loyale.

C’est probablement là que se trouve le point le plus intéressant de cette affaire.

Les élections fixées au 23 septembre ne se résument pas au jour du scrutin. Le processus électoral est déjà entré dans sa phase opérationnelle. Le ministère de l’Intérieur a commencé, le 24 août, à remettre aux électeurs les avis indiquant leurs bureaux de vote, tandis que la commission centrale chargée du suivi des élections a été mise en place en juillet.

Pendant que l’administration prépare le scrutin, les partis avancent sur un autre terrain : composition des listes, choix des candidats, maintien des élus en place et recrutement de ceux qui peuvent apporter une valeur électorale supplémentaire dans une circonscription.

C’est pourquoi le conflit entre le RNI et le PAM ne doit pas être lu uniquement comme une querelle autour de la « séduction » ou de la « pression ». Il constitue aussi le signe que la course au 23 septembre entre dans une phase plus dure : celle où l’on cherche à réorganiser les hommes et les réseaux avant de réorganiser les sièges.

Le différend peut rester limité à deux communiqués politiques. Il peut aussi prendre une autre dimension si des noms, des cas précis ou des documents viennent étayer les accusations. C’est à ce moment-là seulement que le débat pourra passer de l’affrontement politique à l’examen des faits.

Pour l’instant, une chose apparaît clairement : la compétition entre deux formations de la même majorité gouvernementale prend une nouvelle forme.

La question n’est plus seulement de savoir qui convaincra l’électeur avec son programme. Elle devient aussi celle de savoir qui arrivera au jour du scrutin avec le plus grand nombre de candidats, d’élus et de réseaux locaux capables de mener la bataille.

Et c’est là que réside le paradoxe.

Avant que le citoyen ne commence à choisir ses représentants, les partis ont déjà commencé à choisir ceux qu’ils veulent lui présenter.

C’est précisément dans cet écart que se trouve, pour les prochaines semaines, l’un des vrais sujets à observer.

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