mardi, août 4, 2026
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De « l’attraction des nouveaux visages » à la question de la confiance… quand les élites politiques sont jugées sur ce qu’elles laissent derrière elles

Le débat autour des recrutements politiques qui précèdent les élections ne se limite plus à une simple question d’adhésion de nouvelles personnalités à tel ou tel parti. Il révèle désormais une interrogation plus profonde sur la nature des élites politiques marocaines, sur leur mode de production, leur renouvellement et surtout sur les résultats qu’elles produisent lorsqu’elles accèdent aux centres de décision.

À l’approche des prochaines échéances électorales, la course à l’attraction des personnalités connues revient au premier plan. L’arrivée annoncée de Fawzi Lekjaa au sein du Parti Authenticité et Modernité (PAM) a occupé une place centrale dans le débat politique, tandis que d’autres formations cherchent également à renforcer leur poids électoral en attirant des figures issues de l’administration, de l’économie, du monde des affaires ou d’autres secteurs d’influence.

Mais derrière cette dynamique visible se cache une question beaucoup plus profonde : sommes-nous réellement face à un renouvellement des élites politiques, ou assistons-nous plutôt au passage vers l’espace partisan de personnalités qui ont déjà exercé des responsabilités importantes au sein de l’appareil public ?

La question n’est pas celle de la valeur des individus ni de leurs compétences. L’expérience, l’expertise et la capacité de gestion constituent évidemment des atouts pour toute formation politique. Mais la véritable interrogation démocratique est ailleurs : quelle est aujourd’hui la fonction réelle des partis ? Sont-ils devenus de simples espaces d’accueil pour des personnalités déjà reconnues au moment des élections, ou restent-ils des écoles politiques capables de former leurs propres dirigeants à travers l’encadrement, la formation et l’expérience militante ?

De l’attraction des noms à la crise de production des élites

Le débat sur les « nouveaux visages » révèle une contradiction majeure : les partis parlent de renouvellement des élites, mais ils se tournent souvent vers des personnalités qui ont déjà construit leur notoriété en dehors des structures partisanes traditionnelles.

Or, un parti politique n’est pas seulement une plateforme électorale destinée à réunir des figures capables d’attirer des voix. Il est censé être une institution de formation, un espace où émergent des responsables issus du terrain, ayant accumulé une expérience sociale, politique et organisationnelle.

C’est précisément ce point que souligne le dirigeant du Parti de la Justice et du Développement (PJD), Reda Boukmazi, lorsqu’il estime que le phénomène des recrutements politiques ne peut pas être généralisé à tous les partis, certains continuant à investir dans la formation interne et la production de cadres.

Mais selon lui, le véritable problème réside dans le contexte, le calendrier et la méthode de ces changements d’appartenance, souvent concentrés à l’approche des élections. Une situation qui donne parfois l’impression que certaines démarches répondent davantage à des calculs électoraux immédiats qu’à une véritable vision politique.

Car la politique ne se construit pas uniquement avec des noms capables de renforcer une liste électorale. Elle repose aussi sur des parcours, une accumulation d’expériences et une relation durable avec les citoyens.

Quand le parcours militant perd sa valeur

L’enjeu central ne concerne donc pas uniquement ceux qui rejoignent un parti, mais aussi ceux qui y ont consacré des années.

Le jeune militant qui intègre une formation politique, participe à ses structures, travaille sur le terrain et gravit progressivement les échelons, attend naturellement que la politique soit fondée sur la continuité et la reconnaissance du parcours.

Mais lorsque les élections arrivent et que la priorité semble donnée aux personnalités venues de l’extérieur, un message contradictoire peut être envoyé aux bases militantes : le long chemin interne ne garantit pas forcément l’accès aux responsabilités, et la visibilité d’un nom peut parfois peser davantage que l’engagement accumulé.

C’est pourquoi certains observateurs considèrent que le problème n’est pas l’ouverture des partis, mais le moment où cette ouverture devient un substitut à la formation interne.

La compétence technique et les limites de l’action politique

De son côté, le politologue et spécialiste du droit public Abbas El Wardi propose une lecture plus nuancée. Selon lui, l’attraction de personnalités issues de l’économie, de la finance ou du monde des affaires constitue un droit légitime pour les partis politiques et peut représenter une valeur ajoutée lorsqu’elle s’inscrit dans un véritable projet collectif.

Mais il établit une distinction importante entre l’arrivée de responsables politiques et celle de technocrates.

Car la maîtrise technique d’un domaine ne signifie pas automatiquement la maîtrise de l’action politique. Un responsable politique doit également savoir communiquer avec la société, définir des priorités, construire des compromis et défendre des choix publics devant les citoyens.

Le véritable risque apparaît lorsque les partis cessent de développer leurs propres mécanismes de formation et préfèrent chercher constamment à l’extérieur les profils capables d’occuper les premières places.

Or, l’article 7 de la Constitution marocaine définit clairement le rôle des partis politiques : encadrement, formation des citoyens et contribution au fonctionnement de la démocratie représentative.

La réussite d’un parti ne se mesure donc pas seulement au nombre de personnalités célèbres qu’il attire, mais à sa capacité à créer une génération entière de responsables issus de la société.

Fawzi Lekjaa et la question de la symbolique politique

Dans ce contexte, l’arrivée de Fawzi Lekjaa dans le débat partisan prend une dimension particulière, non pas uniquement en raison de sa personnalité, mais parce qu’elle représente un symbole politique.

Il ne s’agit pas ici de juger son parcours ni ses compétences. Fawzi Lekjaa est une figure connue ayant occupé des responsabilités importantes dans la gestion publique, notamment dans le domaine financier, ainsi que dans le secteur sportif.

Mais son cas pose une interrogation plus large :

Lorsqu’un parti attire une personnalité qui possède déjà une expérience significative au sein des cercles de décision, sommes-nous face à un véritable renouvellement politique, ou à une nouvelle étape dans la transformation d’une élite déjà existante en acteur partisan ?

La question fondamentale devient alors :

Le problème du Maroc réside-t-il dans l’absence de compétences, ou dans la capacité du système partisan à transformer les compétences disponibles en projets politiques répondant aux attentes sociales ?

L’immigration… le véritable test des élites

C’est ici que le débat dépasse largement les calculs électoraux.

Les élites politiques ne sont pas seulement évaluées sur le nombre de sièges qu’elles obtiennent ou sur les personnalités qu’elles réussissent à attirer. Elles sont jugées aussi sur les réalités quotidiennes vécues par les citoyens.

Lorsque l’immigration, sous différentes formes, devient une perspective envisagée par une partie de la jeunesse et des familles à la recherche de meilleures opportunités, elle impose une interrogation politique sur les résultats des politiques publiques dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, de la santé et du logement.

Un citoyen qui voit un avenir possible dans son pays, qui bénéficie d’une école efficace, d’un accès digne aux soins et d’une possibilité réelle d’insertion professionnelle possède davantage de raisons de construire son avenir sur place.

Mais lorsque s’installent le sentiment de blocage et la perte de confiance, l’immigration cesse d’être uniquement une décision individuelle et devient un indicateur social d’une crise plus profonde.

La question posée aux élites n’est donc pas seulement : qui allez-vous attirer pour gagner les prochaines élections ?

Elle devient :

Qu’avez-vous produit pour les citoyens après des années de présence dans les institutions et les centres de décision ?

Entre importation des élites et construction de l’avenir

Le Parti Authenticité et Modernité défend une lecture différente de cette dynamique. Salah Eddine Abkari, président de l’organisation de jeunesse du parti, considère que l’ouverture aux compétences nationales est un phénomène normal et que les partis doivent rester accessibles à tous les citoyens, quels que soient leur âge ou leur parcours professionnel.

Il affirme également que l’ouverture aux personnalités extérieures ne signifie pas l’abandon de la formation interne, rappelant que plusieurs responsables du parti ont suivi un parcours progressif au sein de ses structures.

Cette distinction est essentielle : il existe une différence entre une ouverture intelligente qui enrichit un parti et une dépendance permanente à des profils extérieurs qui révélerait une incapacité à produire ses propres dirigeants.

Conclusion : la vraie question n’est pas qui entre dans les partis… mais ce que les partis produisent

Au fond, la bataille autour des « nouveaux visages » n’est pas une bataille de personnes. C’est une bataille sur le sens même de la politique.

Une démocratie n’a pas seulement besoin de personnalités compétentes qui rejoignent la vie publique. Elle a besoin d’institutions politiques capables de former des générations de responsables connectés aux réalités de leur société.

Car la véritable mesure d’une élite n’est pas seulement sa capacité à accéder au pouvoir, mais sa capacité à faire en sorte que les citoyens considèrent leur propre pays comme un espace possible d’avenir.

Et c’est là que revient la question centrale :

Si les élections produisent des élites politiques, ces élites ont-elles réussi à construire un pays où ses enfants choisissent d’abord de rester avant de penser au départ ?

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