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« Ni peur, ni panique »… Talbi Alami fixe la ligne rouge : « Ceux qui refusent le projet du RNI n’ont pas leur place parmi nous »

Quand nier la peur devient un discours de puissance… Que voulait réellement dire Rachid Talbi Alami au-delà de ses mots ?

Tous les discours politiques ne sont pas prononcés pour annoncer une information, pas plus que toutes les paroles ne servent uniquement à décrire une réalité. Très souvent, le langage devient lui-même un instrument de gestion du moment politique. Le choix des expressions, l’ordre des idées et la répétition de certains concepts constituent alors un message aussi important que le contenu explicite du discours. C’est sous cet angle que l’intervention de Rachid Talbi Alami à Dakhla peut être lue : moins comme une simple communication partisane que comme une opération de construction d’un récit politique destiné à consolider l’image du Rassemblement National des Indépendants (RNI) à l’approche d’une phase de compétition politique plus intense.

Dès les premières minutes, Talbi Alami choisit une métaphore empruntée à l’apprentissage de la conduite automobile. En apparence anodine, cette image remplit pourtant une fonction symbolique. Le moniteur conseille toujours à son élève de ne pas avoir peur, de ne pas paniquer et de ne pas être surpris. Cette recommandation est aussitôt transposée au parti lorsqu’il affirme : « Nous n’avons pas peur, nous ne sommes ni ébranlés ni surpris. » Derrière cette formule, il ne s’agit pas uniquement de rassurer les militants. Dans une lecture analytique du discours, cette déclaration participe surtout à la construction d’une représentation de stabilité et de maîtrise, dans un contexte politique marqué par des mouvements de responsables, des repositionnements et une concurrence accrue entre formations politiques.

Mais le discours ne s’arrête pas à la négation de la peur. Il redéfinit également la source de la force du parti. Celle-ci, selon la narration proposée, ne réside pas dans les individus mais dans l’institution elle-même, dans sa capacité à produire une relève et à remplacer ceux qui partent. C’est pourquoi l’idée selon laquelle « la relève existe déjà » revient à plusieurs reprises. Cette répétition n’apporte pas seulement une information organisationnelle ; elle constitue un message politique destiné à affirmer que, selon cette vision, la continuité du parti repose sur ses structures plutôt que sur ses personnalités.

Dans cette logique, l’une des phrases les plus révélatrices du discours demeure sans doute : « Celui qui ne partage pas le projet politique du parti n’a pas sa place parmi nous. » Cette affirmation fixe les frontières de l’appartenance telles qu’elles sont définies par l’orateur, en liant explicitement la qualité de membre à l’adhésion au projet politique collectif. D’un point de vue analytique, cette formule peut être interprétée comme une insistance sur la discipline interne et la cohésion du parti. D’autres observateurs pourraient également y voir l’expression d’une conception plus exigeante de la loyauté organisationnelle. Le discours lui-même ne tranche pas entre ces lectures, mais il ouvre la voie à ces différentes interprétations.

Le recours répété au terme « projet » n’est d’ailleurs pas anodin. Il permet de présenter le RNI comme une institution durable plutôt qu’une simple machine électorale. Les références aux congrès, au Conseil national, à la formation des cadres, à l’encadrement des militants, à la préparation de nouvelles élites et à l’élaboration d’un programme politique participent toutes d’un même récit : celui d’un parti qui cherche à se définir avant tout par son organisation et sa capacité de renouvellement.

Toutefois, le discours ne se limite pas à défendre son propre modèle. Il établit également une comparaison implicite avec des adversaires jamais nommés. Lorsqu’il critique le « show », le « buzz », les photographies de groupe ou les opérations de recrutement politique, il construit une opposition entre deux façons d’exercer la politique. D’un côté, un modèle fondé, selon lui, sur les programmes, les projets, leur financement, leur mise en œuvre et leurs résultats ; de l’autre, un modèle qu’il présente comme privilégiant davantage la communication et la visibilité médiatique que l’action concrète. Sur le plan rhétorique, cette opposition constitue un procédé classique : l’identité d’un acteur politique se renforce en se définissant implicitement par contraste avec celle de ses concurrents.

Cette logique apparaît avec encore plus de netteté lorsque Talbi Alami évoque le bilan de Raghib Hormatallah à la tête de la commune de Dakhla. Les éloges adressés à cet élu dépassent largement sa personne. Son expérience est utilisée comme illustration d’une méthode de gouvernance territoriale que le parti entend mettre en avant, articulée autour d’un enchaînement récurrent : programmation, financement, exécution et résultats. Ainsi, un parcours local est transformé en démonstration politique destinée à illustrer la philosophie générale du parti.

Le même mécanisme est mobilisé à propos de la candidature de Karim Zidane dans la circonscription de Youssoufia. Plus qu’une simple présentation d’un candidat, cette séquence vise à illustrer une idée centrale : selon le discours, le RNI privilégie la promotion de ses propres cadres plutôt que le recrutement de personnalités issues d’autres formations politiques. Une candidature individuelle devient alors la preuve concrète d’une stratégie plus large de production interne des compétences.

Un autre aspect mérite également d’être souligné. Tout au long de son intervention, Talbi Alami emploie un vocabulaire davantage inspiré du management public que de la confrontation idéologique. Les mots « programme », « financement », « exécution », « résultats », « diagnostic » ou encore « traitement des insuffisances » reviennent de manière récurrente. Cette terminologie traduit une conception de la politique centrée sur la gestion de l’action publique et l’évaluation des performances davantage que sur les clivages doctrinaux traditionnels. Le discours cherche ainsi à convaincre que l’efficacité administrative constitue désormais le principal critère d’appréciation de l’action politique.

Parallèlement, l’intervention développe un second récit : celui d’un parti présenté comme une institution capable d’assurer sa propre continuité. Les références à la transmission de la direction, au travail collectif, à la diversité des compétences, à la cohésion de la majorité gouvernementale et à la stabilité de l’organisation convergent toutes vers une même idée : les individus passent, l’institution demeure. Dans un contexte de préparation des prochaines échéances électorales, cette représentation vise à renforcer l’image d’un parti solide, structuré et capable d’assurer sa pérennité.

Enfin, la conclusion du discours replace cette construction narrative dans un cadre institutionnel plus large. En réaffirmant l’engagement du parti aux côtés de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour accompagner les réformes nationales, ainsi que son attachement constant à la marocanité du Sahara et à l’intégrité territoriale du Royaume, Talbi Alami inscrit le projet politique du RNI dans le registre des constantes nationales et de la continuité institutionnelle.

En définitive, cette intervention dépasse largement le cadre d’une simple réunion partisane. À travers la répétition de notions telles que « institution », « relève », « discipline », « projet », « résultats » et « continuité », le discours construit une narration politique cohérente selon laquelle la force du RNI résiderait avant tout dans ses structures, sa capacité à renouveler ses élites et à préserver sa cohésion. En parallèle, il établit une comparaison implicite avec des concurrents décrits comme privilégiant les effets d’annonce, la médiatisation ou les logiques de recrutement politique. Reste que l’appréciation de cette narration, comme de l’efficacité réelle des politiques et des réalisations auxquelles elle renvoie, relève du débat public et de l’évaluation des faits observables, qui demeurent le fondement de toute analyse démocratique.

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