vendredi, juillet 24, 2026
AccueilActualités147 milliards de dirhams de déficit de liquidité… Que cache le «...

147 milliards de dirhams de déficit de liquidité… Que cache le « calme » apparent du marché monétaire marocain ? Quand l’intervention de Bank Al-Maghrib devient un pilier de l’équilibre quotidien

À première vue, les chiffres semblent rassurants. Le déficit moyen de liquidité bancaire au Maroc a reculé de 1,57 % au cours de la période allant du 15 au 22 juillet, pour s’établir à 147,2 milliards de dirhams. Mais une lecture approfondie de ces données conduit immédiatement à une autre interrogation, bien plus fondamentale : la véritable question n’est pas de savoir si le déficit a diminué, mais pourquoi le système bancaire marocain continue d’avoir besoin de plus de 147 milliards de dirhams de liquidités pour fonctionner dans des conditions normales.

La dernière note hebdomadaire de BMCE Capital Global Research présente ces chiffres sous un angle purement technique. Pourtant, derrière cette apparente neutralité statistique se dessine une réalité monétaire beaucoup plus significative : celle d’un marché dont l’équilibre reste largement soutenu par l’intervention permanente de la banque centrale.

Car le paradoxe est manifeste. Alors même que le déficit global se réduit légèrement, Bank Al-Maghrib a augmenté de manière substantielle ses avances à sept jours, les portant à 55,4 milliards de dirhams, soit une hausse de près de 17,75 milliards de dirhams par rapport à la période précédente. Autrement dit, la baisse du déficit ne résulte pas d’une amélioration spontanée de la liquidité bancaire, mais d’un soutien plus important de l’autorité monétaire. La diminution du déficit est donc moins le fruit d’un rééquilibrage naturel du marché que celui d’une action délibérée de la banque centrale.

C’est précisément là que commence la lecture « entre les lignes ». Lorsqu’une injection de plusieurs dizaines de milliards de dirhams devient une opération hebdomadaire presque routinière, il ne s’agit plus simplement d’un ajustement technique de politique monétaire. Cela révèle l’existence de tensions structurelles persistantes au sein du système financier marocain.

La liquidité bancaire n’est jamais un indicateur isolé. Elle traduit la vitalité de l’épargne nationale, le rythme du crédit, la capacité de financement des entreprises, les besoins de trésorerie de l’État, les transferts des Marocains résidant à l’étranger, les réserves en devises et, plus largement, la dynamique réelle de l’économie. Lorsque cette liquidité demeure durablement sous pression, c’est souvent le symptôme d’un déséquilibre plus profond.

Un autre indicateur mérite d’ailleurs une attention particulière : la nette diminution des placements du Trésor, dont le pic quotidien est passé de 31,6 milliards à 18,2 milliards de dirhams. Cette évolution signifie que l’État a temporairement retiré moins de liquidités du marché, contribuant ainsi à alléger la pression sur les banques commerciales. Mais cet élément reste essentiellement conjoncturel et ne modifie pas le diagnostic de fond : le déficit de liquidité demeure exceptionnellement élevé.

Dans le même temps, le maintien du taux moyen pondéré à 2,25 % et le léger recul de l’indice MONIA à 2,214 % montrent que Bank Al-Maghrib continue d’atteindre son objectif principal : maintenir les taux du marché monétaire au voisinage de son taux directeur. En d’autres termes, l’intervention de la banque centrale ne vise pas seulement à fournir des liquidités aux banques ; elle cherche avant tout à préserver la stabilité du coût du financement à court terme et à garantir la transmission efficace de sa politique monétaire.

Mais l’information la plus révélatrice réside peut-être dans les perspectives annoncées. Bank Al-Maghrib prévoit de réduire le volume de ses interventions en ramenant ses avances à sept jours à 44,1 milliards de dirhams. Cette décision peut être interprétée comme un signe de confiance dans une amélioration progressive de la situation. Elle peut également être lue comme un véritable test : celui de la capacité du marché bancaire à retrouver une partie de son autonomie sans soutien massif de la banque centrale. Si les tensions de liquidité réapparaissent rapidement, cela confirmerait que le problème est avant tout structurel plutôt que conjoncturel.

L’histoire récente de la politique monétaire marocaine montre d’ailleurs que ce déficit chronique de liquidité n’est pas un phénomène nouveau. Il s’explique par plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement : l’augmentation de la circulation fiduciaire hors du système bancaire, la progression des besoins de financement de l’économie, les fluctuations de la trésorerie de l’État, ainsi que les évolutions des marchés internationaux. Dans ce contexte, le maintien d’un déficit supérieur à 140 milliards de dirhams, malgré quelques améliorations hebdomadaires, traduit une réalité : l’économie marocaine n’a pas encore retrouvé un environnement de liquidité abondante.

La lecture analytique conduit ainsi à une conclusion implicite mais essentielle. Aujourd’hui, la stabilité du marché monétaire marocain repose moins sur une abondance naturelle des ressources financières que sur une gestion extrêmement fine et continue de Bank Al-Maghrib. En soi, cette situation n’a rien d’exceptionnel : toutes les grandes banques centrales interviennent pour réguler la liquidité. Ce qui interpelle davantage est l’ampleur et la permanence de cette dépendance.

C’est ici que commence la véritable question, celle que les chiffres ne posent jamais explicitement. Si l’économie marocaine affiche une croissance plus soutenue, si le tourisme, les exportations et certains investissements connaissent une dynamique positive, pourquoi les banques continuent-elles à dépendre d’un soutien hebdomadaire aussi important de la banque centrale ? S’agit-il d’une simple phase transitoire liée au cycle économique, ou assistons-nous à l’émergence d’un nouveau modèle où un déficit élevé de liquidité devient la norme, géré en permanence par la politique monétaire ?

Au fond, les chiffres racontent toujours davantage que ce qu’ils affichent. Ils ne décrivent pas seulement l’état du marché monétaire ; ils reflètent les équilibres profonds de toute une économie. Et lorsque le déficit de liquidité demeure supérieur à 147 milliards de dirhams, l’information essentielle n’est finalement pas sa baisse de 1,57 %, mais le fait que ce niveau exceptionnel semble progressivement s’installer comme une nouvelle normalité du système bancaire marocain, sous la vigilance permanente de Bank Al-Maghrib.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus

Recent Comments