À Fès, certains noms n’ont pas besoin de longues présentations. Il suffit de voir Hamid Chabat apparaître dans un meeting électoral aux côtés de Mohamed Ouzzine, puis d’entendre le Mouvement Populaire annoncer son adhésion au parti avec des membres de sa famille, pour que le nom de l’ancien maire retrouve une place au premier plan de la scène politique fassie, cette fois sous les couleurs de la « Sembla » et non plus sous celles du « Balancier ».
La scène organisée à Oulad Tayeb n’était pas seulement une étape électorale destinée à présenter les candidats du Mouvement Populaire aux prochaines législatives. La présence de Chabat y était déjà remarquée, avant que Mohamed Ouzzine n’annonce l’investiture de sa fille Rim Chabat comme tête de liste du parti dans la circonscription de Fès-Nord, parallèlement à la présentation de Khaled Al-Ajli comme tête de liste dans la circonscription de Fès-Sud. Au cours du meeting, les slogans en faveur de Chabat et de sa fille ont à plusieurs reprises interrompu le discours d’Ouzzine, tandis que la présentation de Rim était accompagnée d’applaudissements et de manifestations de soutien. Une séquence qui a replacé l’ancien maire au cœur de la conversation électorale à Fès, alors qu’il n’a plus siégé au Parlement depuis 2021.
Mais l’importance de cette démarche ne réside pas uniquement dans l’ambiance du meeting. Hamid Chabat n’est pas un simple nom électoral que l’on pourrait déplacer d’un parti à l’autre au gré des échéances. Il a dirigé la commune de Fès de 2003 à 2015 et a été député de la ville pendant près de vingt-quatre ans, jusqu’en 2021. Il a ensuite dirigé le Parti de l’Istiqlal en tant que secrétaire général entre 2012 et 2017, à l’une des périodes les plus mouvementées de la vie politique marocaine.
Après son départ de l’Istiqlal, Chabat avait rejoint le Front des forces démocratiques, tandis que sa fille Rim y avait poursuivi sa présence parlementaire. Le passage de la famille au Mouvement Populaire intervient donc dans une configuration politique différente de celle qui avait accompagné son départ de l’Istiqlal. Ce qui se joue à Fès ne relève pas seulement d’un changement d’étiquette politique. Il s’agit aussi de la réinstallation progressive, dans un nouvel espace partisan, d’une famille qui a longtemps compté parmi les acteurs de la vie politique de la ville.
Rim Chabat constitue, à cet égard, le point autour duquel se concentre désormais la démarche. C’est elle qui portera les couleurs du Mouvement Populaire dans la bataille électorale, elle qui a développé au cours des cinq dernières années une présence politique et électorale à Fès, et elle que Mohamed Ouzzine a choisie pour conduire la liste du parti dans la circonscription de Fès-Nord.
Cette décision donne à l’opération une dimension plus large qu’une simple adhésion politique. Ouzzine n’a pas seulement ouvert les portes de son parti à Hamid Chabat. Il a placé directement le nom de Chabat face aux électeurs, à travers la candidature de sa fille.
C’est là que la prochaine échéance électorale prend toute sa signification.
Le résultat obtenu par Rim Chabat à Fès-Nord mesurera évidemment sa propre capacité électorale. Mais il donnera aussi une indication sur le poids que le nom de Chabat conserve encore dans la ville. Une élection ne transforme jamais automatiquement une notoriété en suffrages, mais elle permet de voir jusqu’où une implantation politique peut encore se traduire dans les urnes.
Si Rim Chabat réalise un score important, Ouzzine n’aura pas seulement renforcé les chances de son parti d’obtenir un siège à Fès. Il aura démontré qu’il peut s’appuyer sur un réseau politique local disposant d’une histoire et d’une implantation propres. Pour Chabat et sa famille, une performance solide constituerait également un signal : celui d’une capacité à maintenir une présence électorale malgré plusieurs années d’éloignement des centres traditionnels du pouvoir partisan.
C’est précisément ce qui permet de comprendre l’intérêt que représente Fès dans la stratégie d’Ouzzine. Le secrétaire général du Mouvement Populaire cherche à repositionner son parti dans le paysage national et à lui donner un poids politique supérieur dans les rapports de force à venir. Un tel objectif ne peut pas reposer uniquement sur des listes nationales ou sur de nouvelles figures. Il passe aussi par la reconquête de positions électorales dans les grandes villes.
Et Fès n’est pas une circonscription comme les autres pour le Mouvement Populaire.
Pendant des années, la ville a constitué l’un des principaux terrains politiques de Hamid Chabat. En attirant l’ancien maire et sa famille, Ouzzine cherche donc à reconstruire un point d’appui dans une ville où le parti n’a pas occupé une position comparable à celle qu’il pourrait désormais ambitionner.
Le Mouvement Populaire a d’ailleurs engagé sa préparation électorale à Fès bien avant le meeting d’Oulad Tayeb, avec l’ouverture d’un nouveau bureau dans la ville le 2 septembre et la mobilisation de ses responsables, militants et candidats pour les deux circonscriptions, nord et sud. Cette implantation sur le terrain donne à l’opération une dimension qui dépasse la seule investiture de Rim Chabat.
La situation de Hamid Chabat lui-même est cependant plus révélatrice encore.
Il ne sera pas candidat aux législatives actuelles.
Alors que son nom revient au centre de la scène politique fassie et que sa fille s’apprête à défendre les couleurs du Mouvement Populaire, Chabat choisit donc de rester en dehors de la compétition parlementaire directe. Cette absence est importante, précisément parce qu’elle laisse ouverte la question de la suite.
Son parcours montre qu’il a longtemps évolué à l’intersection du Parlement, de la commune et de la direction partisane. Aujourd’hui, il revient dans le jeu sans être lui-même candidat à la députation. Cette configuration peut être lue comme le signe d’un positionnement qui ne se limite pas au scrutin du 23 septembre et qui pourrait prendre davantage de relief à l’approche des prochaines élections locales.
Il serait toutefois prématuré d’en déduire que Chabat a déjà décidé de briguer la présidence du conseil communal de Fès ou une autre responsabilité élective. Rien ne permet de transformer cette hypothèse en certitude. Mais son absence de la course parlementaire, combinée au retour de sa famille sous une nouvelle bannière politique, rend naturellement les échéances locales de 2027 présentes dans les calculs des différents acteurs.
Pour Ouzzine, l’intérêt est évident si l’expérience fonctionne : le Mouvement Populaire aurait réussi à attirer une personnalité disposant d’un ancrage local ancien et à transformer cet ancrage en présence électorale sous ses propres couleurs.
Pour Chabat, l’opération offre un nouveau cadre politique après plusieurs années passées en dehors du premier cercle de l’Istiqlal. Elle lui permet surtout de revenir à Fès sans passer lui-même par une candidature parlementaire.
Quant à la ville, elle reste le véritable terrain où cette nouvelle équation devra être mesurée.
Depuis ses débuts électoraux jusqu’à son passage à la tête de la commune, puis à la direction du Parti de l’Istiqlal, Chabat a construit une relation politique particulière avec Fès. Même lorsqu’il a perdu la présidence de la commune en 2015, son nom n’a jamais complètement disparu de la vie politique locale.
Aujourd’hui, ce même nom réapparaît, mais dans une configuration entièrement différente : Chabat n’est pas candidat, sa fille porte la liste, le parti n’est plus l’Istiqlal mais le Mouvement Populaire, et Mohamed Ouzzine est désormais celui qui accueille cette nouvelle séquence politique.
C’est pourquoi le résultat de Rim Chabat à Fès-Nord pourrait avoir une portée supérieure au simple décompte des sièges gagnés ou perdus le soir des élections. Une performance électorale importante rendrait difficile de considérer l’arrivée de Chabat au Mouvement Populaire comme une simple opération liée aux législatives. Elle donnerait à Ouzzine un argument supplémentaire pour construire, à Fès, une stratégie qui pourrait se prolonger dans les prochaines élections communales et régionales.
C’est à ce moment-là seulement que la perspective de 2027 pourrait prendre une dimension concrète : les équilibres au sein du conseil communal de Fès, la bataille pour la présidence de la région Fès-Meknès et, éventuellement, la place que pourrait retrouver Hamid Chabat dans cette nouvelle configuration.
Pour l’heure, l’équation est plus simple, mais elle n’en est pas moins politique : Ouzzine a ouvert la porte, Chabat l’a franchie, et Rim porte désormais ce rapprochement jusqu’aux urnes de Fès-Nord.
Le reste dépendra moins des slogans qui ont accompagné l’apparition du père et de la fille à Oulad Tayeb que de la capacité de cette nouvelle alliance à transformer un nom, une histoire et un réseau en véritable force électorale à Fès.


