Lors de la réunion du Conseil de gouvernement du jeudi 5 novembre 2026, le gouvernement de Fatima-Zahra Mansouri a approuvé onze nominations à des postes de responsabilité supérieure au sein de plusieurs départements ministériels et institutions publiques. Dix nouveaux responsables ont été nommés et un mandat a été renouvelé.
La liste concerne des fonctions relevant notamment du ministère de la Justice, du Secrétariat général du gouvernement, de l’Industrie et du Commerce, de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, du Transport et de la Logistique, de l’Économie et des Finances, ainsi que de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville.
La décision est clairement établie par le communiqué officiel du gouvernement. En revanche, qualifier cette série de nominations de distribution du « gâteau des hautes fonctions » relève d’une lecture politique qui nécessite des éléments supplémentaires, notamment sur les procédures de sélection, les parcours professionnels des candidats et les critères ayant conduit au choix de chacun d’eux.
Le communiqué annonce les décisions finales, mais ne fournit pas de détails sur les dossiers de candidature, les éventuelles commissions de sélection ou les éléments comparatifs ayant permis de départager les postulants.
L’article 92 de la Constitution et les critères du mérite : que prévoit le cadre juridique ?
La référence à l’article 92 de la Constitution ne constitue pas une simple formalité administrative. Elle renvoie à un dispositif juridique encadrant les nominations aux emplois supérieurs de l’administration publique et aux hautes fonctions au sein des établissements et entreprises publics relevant de la compétence du Conseil de gouvernement.
La loi organique n° 02.12, promulguée le 17 juillet 2012, fixe les principes devant encadrer ces nominations. Elle prévoit notamment l’égalité des chances, le mérite, la transparence et l’égalité entre les candidates et les candidats, tout en proscrivant les discriminations fondées sur l’appartenance politique, syndicale ou sur tout autre motif incompatible avec les principes constitutionnels et les droits humains.
Les critères de sélection prennent également en considération le niveau de formation, les compétences requises, l’intégrité, la probité et l’expérience professionnelle acquise au sein des administrations et établissements publics ou dans le secteur privé, au Maroc comme à l’étranger.
L’article 5 de cette loi prévoit que les modalités de proposition des candidatures, de constitution des dossiers et de présentation au Conseil de gouvernement sont encadrées par un texte réglementaire. Le décret n° 2.12.412 du 11 octobre 2012 constitue le texte d’application relatif à cette procédure.
Ce cadre juridique déplace donc le débat vers la manière dont les critères de mérite sont effectivement appliqués. La validation par le Conseil de gouvernement représente l’étape institutionnelle de la décision, mais elle ne dispense pas d’examiner les conditions dans lesquelles les candidatures ont été préparées et proposées par les autorités gouvernementales compétentes.
Or, le communiqué du 5 novembre ne précise ni si les postes concernés ont fait l’objet d’appels à candidatures, ni combien de dossiers ont été examinés, ni comment les compétences des postulants ont été évaluées. Il ne fournit pas davantage de rapports détaillés sur les travaux des éventuelles commissions de sélection.
L’absence de ces informations dans le communiqué ne prouve pas que les procédures légales n’ont pas été respectées. Elle limite toutefois la possibilité, pour le public, d’apprécier concrètement la transparence et la qualité du processus de sélection.
Onze nominations dans plusieurs secteurs : où se concentrent les responsabilités ?
La répartition des nominations montre qu’il s’agit de fonctions administratives aux missions très différentes, et non d’un ensemble homogène de postes.
Au Secrétariat général du gouvernement, Taoufik Mediani a été nommé directeur de la législation relative à la gouvernance, aux droits et libertés et aux législations particulières. Mohamed El Yadini a, pour sa part, été nommé directeur de la législation relative aux infrastructures, aux secteurs productifs et au développement durable.
Ces deux fonctions occupent une place importante dans le travail législatif, la préparation des textes réglementaires et l’accompagnement juridique des politiques publiques.
Au ministère de la Justice, Fatima Zahra Chaâba a été nommée directrice de l’Institut national des greffes et des professions juridiques et judiciaires.
Le ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Intégration économique a accueilli Yassine Ahmimi au poste de directeur des statistiques, des études, de la veille et de l’évaluation. Cette responsabilité concerne directement la production des données nécessaires au suivi des politiques sectorielles et à l’évaluation de leurs résultats.
Le département de la Jeunesse, de la Culture et des Sports a enregistré deux nominations : Hafida Khoyi à la direction de l’Institut national supérieur de musique et d’art chorégraphique, et Mohamed Chakal à la direction de la Jeunesse.
Dans le secteur du Transport et de la Logistique, Safaa Reddaf a été nommée directrice de l’Aviation civile.
Au ministère de l’Économie, des Finances et de l’Efficience publique, Chafik Sellouh a été nommé directeur du Contrôle et des recherches douanières au sein de l’Administration des douanes et impôts indirects.
Le ministère de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville concentre, quant à lui, la part la plus importante des décisions concernant les agences urbaines. Trois postes sont concernés : El Hussein Haida prend la direction de l’Agence urbaine de Skhirat-Témara, Hicham El Khersani celle de l’Agence urbaine de Rabat-Salé, tandis que Saïd Kobra voit son mandat renouvelé à la tête de l’Agence urbaine d’Errachidia-Midelt.
Cette répartition concerne des institutions dont les missions dépassent la gestion administrative interne. Les agences urbaines interviennent dans la planification territoriale, l’encadrement de l’expansion urbaine et l’accompagnement du développement local. Leurs décisions et leurs documents de planification ont des conséquences directes sur les investissements, l’organisation de l’espace, les besoins en logement et les relations avec les collectivités territoriales.
Trois postes dans l’urbanisme : un secteur particulièrement représenté
La concentration de trois nominations au sein des agences urbaines mérite une attention particulière. Les territoires concernés présentent des réalités urbaines et territoriales différentes : Rabat-Salé, Skhirat-Témara et Errachidia-Midelt.
Leur efficacité dépendra notamment de leur capacité à accompagner les transformations urbaines, à améliorer la qualité de la planification, à faciliter le traitement des dossiers et à offrir davantage de visibilité aux investisseurs, aux collectivités territoriales et aux citoyens.
Dans le secteur de la Jeunesse et de la Culture, les deux nominations concernent également des institutions aux missions distinctes : un établissement supérieur de formation artistique et musicale, d’une part, et une direction chargée de la politique de la jeunesse, d’autre part.
Au Secrétariat général du gouvernement, les deux nouvelles responsabilités touchent à la qualité de la production législative et à l’accompagnement juridique des politiques publiques.
Ces fonctions seront évaluées à travers les résultats de leur exercice, et non uniquement à partir des intitulés des postes.
La direction des statistiques, par exemple, devra être appréciée à l’aune de la capacité de l’administration à produire des données fiables et actualisées. La direction du Contrôle et des recherches douanières sera attendue sur l’efficacité du contrôle des échanges et la lutte contre les infractions douanières. Quant à la direction de l’Aviation civile, elle intervient dans un domaine exigeant des niveaux élevés de réglementation, de sécurité et de performance opérationnelle.
Nouveau gouvernement, anciennes responsabilités : la méthode de nomination évoluera-t-elle ?
Un élément chronologique mérite d’être précisé avant toute interprétation : la réunion du 5 novembre 2026 n’était pas la première réunion du Conseil de gouvernement depuis l’investiture de l’équipe dirigée par Fatima-Zahra Mansouri. Les archives officielles de la Primature font état d’une réunion antérieure, tenue le 20 octobre 2026.
Ce qui distingue donc la réunion du 5 novembre, c’est l’approbation de cette série de nominations, et non son statut de première réunion du nouvel exécutif.
Sur le plan politique et administratif, le changement à la tête du gouvernement place ces nominations au cœur d’une première épreuve : celle de la continuité ou du renouvellement des pratiques de gestion des responsabilités publiques.
Les hautes fonctions administratives ne devraient pas être considérées comme une prolongation automatique des équilibres politiques ayant permis la formation de la majorité gouvernementale. Elles ne peuvent pas non plus relever de critères de choix qui échapperaient à toute exigence de transparence.
Le cadre juridique impose le mérite, la compétence, la transparence et l’égalité des chances. Le respect formel de la procédure constitutionnelle ne suffit donc pas, à lui seul, à clore le débat. La qualité du processus de sélection, la manière dont les candidats ont été évalués et l’adéquation de leurs qualifications avec les responsabilités confiées demeurent des éléments essentiels pour apprécier la solidité de ces décisions.
À ce stade, les documents publiés et consultés ne permettent pas de reconstituer en détail les parcours professionnels des onze personnes concernées ni les résultats des éventuelles commissions de sélection. Il serait donc prématuré de se prononcer sur leur mérite individuel. Aucun élément vérifié ne permet non plus de qualifier ces nominations de partage partisan des postes ou de récompenses politiques.
De même, le communiqué ne fournit aucune information sur les rémunérations et les indemnités liées à ces fonctions. L’expression de « postes particulièrement avantageux » peut traduire une appréciation politique de l’importance de ces responsabilités, mais elle ne constitue pas une qualification financière établie.
Le renouvellement du mandat de Saïd Kobra constitue par ailleurs un cas distinct des dix nouvelles nominations. Il appelle une appréciation de son bilan antérieur et des résultats obtenus par l’Agence urbaine d’Errachidia-Midelt. Le renouvellement ne devrait pas être examiné uniquement comme une ligne supplémentaire dans une liste, mais aussi au regard des objectifs assignés à l’établissement et de leur niveau de réalisation.
L’épreuve du gouvernement de Fatima-Zahra Mansouri ne se mesurera donc pas seulement au nombre de nominations approuvées, mais à sa capacité de faire du mérite, de la compétence, des résultats et de la reddition des comptes les véritables fondements de l’accès aux responsabilités publiques.
Pour les citoyens, l’enjeu ne réside pas uniquement dans l’identité des nouveaux directeurs, mais dans les changements concrets que leur gestion devra produire au sein des institutions qu’ils dirigent.


