De la crise de la Fédération de kick-boxing et de muay-thaï à la question de l’équité entre sport d’élite et disciplines populaires : un appel à passer de la logique de contrôle des institutions à celle de la responsabilité sportive et nationale.
Dans sa lecture de la déclaration du ministre chargé de la Jeunesse et des Sports concernant la situation de plusieurs fédérations sportives, le militant sportif Mohamed Daoudi a choisi de s’arrêter sur des enjeux qui dépassent la simple annonce d’une intervention ministérielle destinée à corriger les dysfonctionnements juridiques et organisationnels de certaines instances. À ses yeux, il ne s’agit ni d’une mesure administrative isolée ni d’une simple opération de régularisation des situations au sein de fédérations confrontées à des difficultés de gestion. L’enjeu est beaucoup plus profond : il s’agit de réinterroger les fondements de la gouvernance sportive au Maroc, les limites de la responsabilité juridique des dirigeants et le rôle du ministère de tutelle dans la protection des institutions sportives contre les dérives d’une gestion individualisée et les conflits qui finissent par épuiser leurs capacités d’action.
Dans son intervention publiée le 6 novembre 2026, consacrée à la déclaration ministérielle concernant la Fédération Royale Marocaine des sports de kick-boxing, de muay-thaï, des disciplines assimilées et des sports similaires, Mohamed Daoudi développe une lecture critique de plusieurs éléments évoqués par le ministre. Il fait notamment référence aux situations de fédérations relevant de disciplines telles que la natation, le cricket, le hockey, le kick-boxing, le tir sportif et les sports motocyclistes. Toutefois, il accorde une attention particulière au dossier du kick-boxing, en raison de ce qu’il considère comme des complications juridiques et organisationnelles qui ne sauraient être résolues par de simples communiqués ou par des mesures administratives partielles.
L’enjeu n’est pas de changer les personnes, mais de réhabiliter l’institution sportive
L’une des idées centrales défendues par Mohamed Daoudi consiste à rappeler que le traitement des dysfonctionnements au sein des fédérations sportives doit commencer par une détermination précise de la situation juridique des instances dirigeantes, plutôt que par des qualifications administratives qui ne reflètent pas nécessairement la réalité des compétences et des prérogatives exercées.
À propos de la Fédération Royale Marocaine des sports de kick-boxing, de muay-thaï et des disciplines assimilées, le militant sportif soulève la question de la légitimité du maintien du président actuel dans l’exercice de ses fonctions. Il s’interroge sur la nature exacte du mandat qu’il exerce : s’agit-il d’une présidence juridiquement régulière, d’une fonction limitée à la gestion des affaires courantes ou d’une responsabilité provisoire dans l’attente de l’élection d’un nouvel organe dirigeant ?
Cette distinction, sur laquelle insiste Daoudi, ne relève pas d’un simple débat terminologique. La responsabilité au sein d’une institution sportive suppose un fondement juridique clairement établi, ainsi que le respect des compétences, des délais et des procédures prévus par les textes applicables. Toute ambiguïté sur ce point peut avoir des conséquences sur la validité des décisions prises, sur la légitimité de la représentation de la fédération auprès des institutions nationales et internationales, ainsi que sur les droits des associations et des clubs qui en dépendent.
Dans cette perspective, Mohamed Daoudi défend une position claire : une irrégularité juridique, lorsqu’elle est établie, ne peut être corrigée par des procédures qui ne traitent pas l’origine du problème. Il estime également que la régularisation de la situation d’une partie ne devrait pas se transformer en une exigence imposée aux autres acteurs, sans que l’ensemble des composantes de l’institution soit soumis aux mêmes critères de légalité.
La portée de cette observation renvoie à un principe fondamental de bonne gouvernance : le droit ne peut devenir un instrument sélectif de gestion des différends. Il doit constituer une référence commune, applicable aux dirigeants, aux clubs, aux associations et aux organes élus.
De la vacance du pouvoir aux élections : qui détient la légitimité pour gérer la période transitoire ?
Dans son analyse, Mohamed Daoudi considère que l’existence d’une situation de vacance, lorsqu’elle est juridiquement établie, impose de recourir aux mécanismes organisationnels appropriés pour assurer la gestion de la période transitoire. Il évoque notamment les dispositions de l’article 22, ainsi que la nécessité de convoquer une assemblée générale conformément aux conditions et aux procédures applicables.
L’intérêt de cette approche réside dans le fait qu’elle déplace le débat de la confrontation entre personnes vers la continuité institutionnelle. Les fédérations sportives ne sont pas la propriété privée de leurs présidents, pas plus qu’elles ne doivent devenir des espaces de règlement de comptes entre acteurs en compétition pour des postes de responsabilité. Elles sont des institutions dont la légitimité doit reposer sur les associations qui les composent et sur le respect des règles de représentation, d’élection et de reddition des comptes.
D’un point de vue institutionnel, une gestion provisoire ne peut devenir une situation permanente. La période transitoire ne saurait servir à reproduire les mêmes rapports de pouvoir. Sa finalité est d’assurer la continuité de l’activité sportive et de protéger les intérêts des clubs et des pratiquants jusqu’au rétablissement d’une légitimité organisationnelle à travers les procédures prévues par les textes.
La question que soulève implicitement Mohamed Daoudi dépasse ainsi le cas d’une seule fédération : quelles garanties peuvent empêcher qu’une gestion provisoire se transforme en pouvoir prolongé, en dehors des principes de délégation et d’élection ? Et quelles instances sont chargées de contrôler le respect des compétences pendant ces périodes de transition ?
Les cotisations et les démissions : des détails administratifs révélateurs d’une crise plus profonde de gouvernance
Mohamed Daoudi revient également sur la question des cotisations d’adhésion. Selon son intervention, une décision attribuée à la présidence de la fédération, concernant l’exonération des associations de leur paiement, soulève des interrogations quant au respect des dispositions organisationnelles qui encadrent les relations entre la fédération et ses composantes.
Cette question renvoie, dans son analyse, à la manière dont les procédures d’adhésion et les documents exigés ont été appliqués : selon des règles uniformes ou dans des conditions ayant créé des situations différentes au sein de la même institution.
L’importance de ce sujet ne se limite pas à sa dimension financière ou administrative. L’adhésion à une fédération constitue l’un des mécanismes permettant d’établir l’appartenance institutionnelle, tout en déterminant les droits et les obligations des associations ainsi que la régularité de leur représentation lors des assemblées générales.
Toute décision relative à une exonération ou aux conditions d’adhésion doit donc être appréciée à la lumière des statuts, du règlement intérieur et des décisions prises par les organes compétents, en vérifiant leur conformité aux dispositions légales qui régissent la fédération.
Dans le même prolongement, Daoudi évoque la démission de huit membres du bureau fédéral et les conséquences susceptibles d’en découler sur la composition de l’instance dirigeante, notamment dans les situations où un responsable cumule une fonction au sein du bureau fédéral avec la présidence d’une ligue régionale.
Il attire ainsi l’attention sur la nécessité de distinguer la fonction au titre de laquelle une démission a été présentée et les conséquences juridiques qui en découlent. Il ne serait pas possible de présumer la disparition automatique de toutes les responsabilités et de toutes les appartenances institutionnelles sans examiner séparément les textes qui régissent chaque fonction.
La portée de cette question tient également au fait que le cumul des responsabilités au sein de l’architecture sportive peut, en l’absence de mécanismes clairs de prévention des conflits d’intérêts et de séparation des compétences, devenir une source de déséquilibre institutionnel. L’enjeu n’est donc pas uniquement de savoir qui a démissionné et qui est resté en fonction, mais aussi de déterminer les conséquences juridiques de chaque démission et les moyens de garantir la continuité des organes élus ainsi que la représentativité des associations.
Le kick-boxing : une discipline populaire dont l’avenir ne peut être réduit à la crise de sa fédération
Si Mohamed Daoudi consacre une partie importante de son intervention aux dysfonctionnements juridiques au sein de la fédération, il inscrit néanmoins la question du kick-boxing dans un débat plus large sur la place des sports de combat dans le paysage sportif national.
Le kick-boxing, le muay-thaï et les arts martiaux ne sont pas de simples disciplines compétitives associées aux médailles ou à la participation aux championnats. Ce sont des pratiques disposant d’un ancrage social important, qui attirent différentes catégories de jeunes et offrent des espaces d’encadrement, de discipline, d’éducation physique et de développement personnel. Elles peuvent également ouvrir des perspectives d’intégration sociale et de professionnalisation sportive.
Cette dimension donne à la question de la gouvernance fédérale une portée qui dépasse largement les frontières du bureau dirigeant. Lorsqu’une institution sportive est engagée dans des conflits organisationnels ou juridiques prolongés, les conséquences potentielles ne concernent pas uniquement les responsables qui s’opposent. Elles touchent également les clubs, les entraîneurs, les pratiquants et les jeunes qui attendent de ces institutions des conditions saines de formation, de compétition et de progression.
Cette réalité conduit à poser une question essentielle pour les politiques sportives : l’importance d’une fédération doit-elle être évaluée uniquement à travers sa présence dans les compétitions et les résultats obtenus, ou également à travers sa capacité à élargir la base des pratiquants, à assurer un encadrement de qualité, à protéger les petits clubs et à garantir l’égalité des chances aux jeunes ?
Les disciplines de combat et de défense personnelle disposent d’un potentiel social, éducatif et économique qui ne devrait pas rester enfermé dans les seules considérations de gestion administrative ou de concurrence pour les postes de responsabilité.
Infrastructures et investissement : la répartition des moyens révèle la philosophie de l’État à l’égard du sport
Parmi les observations formulées par Mohamed Daoudi figure également la question des disparités entre les disciplines sportives en matière d’infrastructures, d’équipements et de moyens disponibles. Il évoque notamment certaines disciplines bénéficiant d’installations spécialisées et d’équipements de haut niveau, en prenant l’exemple d’une salle dédiée au hockey, dont il souligne les caractéristiques et le niveau qu’il considère comme particulièrement élevé à l’échelle africaine.
Cette référence revêt une importance particulière, car elle ouvre le débat sur la nature des investissements sportifs et leur répartition entre les différentes disciplines.
L’investissement dans les grandes infrastructures n’est évidemment pas négatif en soi. Il constitue une nécessité pour développer les disciplines compétitives, accueillir des manifestations internationales et améliorer les conditions de préparation des sportifs marocains.
La difficulté apparaît lorsque les investissements consacrés à certaines disciplines ne s’inscrivent pas dans une vision globale de justice territoriale et sociale dans la distribution des moyens.
Certaines disciplines nécessitent des infrastructures spécialisées et des équipements coûteux, tandis que d’autres pourraient élargir considérablement leur base de pratiquants grâce à des moyens plus accessibles, à condition de disposer d’espaces adaptés, d’un encadrement technique permanent et d’un soutien effectif aux associations et aux clubs.
Il ne s’agit donc pas d’opposer les disciplines les unes aux autres, mais de revoir les critères de l’investissement public afin que la valeur d’un sport ne soit pas uniquement déterminée par le coût de ses infrastructures ou sa visibilité dans les compétitions internationales. Elle doit également tenir compte du nombre de bénéficiaires, de son impact sur la jeunesse, de sa capacité à créer des emplois et de sa contribution à la santé, à l’intégration et à la cohésion sociale.
Dans cette équation, les disciplines populaires, notamment les sports de combat et de défense personnelle, apparaissent comme des domaines susceptibles de générer un rendement social important, particulièrement dans les quartiers populaires et les territoires qui ont besoin de nouveaux espaces d’encadrement sportif et éducatif.
Une salle de sport n’est pas simplement un bâtiment. Une fédération n’est pas seulement un appareil administratif. Un club n’est pas uniquement une association à la recherche de cotisations. Ces structures constituent les maillons d’un système de développement qui devrait faire de la pratique sportive un droit accessible, et non un privilège dépendant des moyens financiers ou de la situation géographique.
L’intervention ministérielle : de la correction des dysfonctionnements à la construction d’un nouveau modèle de gouvernance
Mohamed Daoudi rattache la déclaration du ministre à une orientation qu’il considère nécessaire : l’activation du rôle du ministère dans le contrôle du secteur sportif et l’accompagnement des fédérations confrontées à des dysfonctionnements juridiques et organisationnels.
Son message essentiel semble être que l’intervention ministérielle ne devrait pas se limiter au traitement de dossiers urgents. Elle devrait devenir une politique institutionnelle permanente, capable de mettre fin aux irrégularités organisationnelles, d’imposer le respect des textes et d’établir une relation claire entre les fédérations sportives et le département de tutelle.
Une telle intervention doit toutefois être encadrée. L’accompagnement et le contrôle ne signifient pas que le ministère doit se substituer aux organes élus, ni transformer les fédérations en prolongements administratifs de l’État. Ils doivent plutôt garantir le respect du droit et protéger l’intégrité des institutions sportives, tout en préservant leur autonomie dans un cadre de responsabilité et de reddition des comptes.
Cet équilibre constitue l’un des véritables tests de la gouvernance sportive : comment le ministère peut-il exercer son contrôle sans porter atteinte à la légitimité élective ? Comment peut-il protéger les institutions contre les dysfonctionnements sans que les procédures de régularisation deviennent des instruments de recomposition des rapports de force internes ?
À travers ses critiques de ce qu’il considère comme l’utilisation de certaines fédérations à des fins personnelles ou pour gérer des conflits individuels, Daoudi met en évidence une problématique plus profonde : celle de la culture de la responsabilité dans le milieu sportif.
Une fédération qui devient un espace de règlement de comptes ou de préservation de positions d’influence perd progressivement sa vocation première. La place des sportifs et des clubs dans ses priorités s’en trouve réduite, tandis que sa capacité à planifier, à investir et à négocier avec ses partenaires et les instances internationales s’affaiblit.
Le sport marocain face à l’épreuve du passage à une professionnalisation institutionnelle
Dans la conclusion de son intervention, Mohamed Daoudi appelle à une nouvelle conception de la gestion sportive, capable de faire sortir le sport marocain d’un mode de fonctionnement improvisé et arbitraire pour l’inscrire dans une logique professionnelle, fondée sur des règles précises, un contrôle régulier et un accompagnement permanent du département de tutelle.
Cet appel dépasse la seule dimension organisationnelle. Il touche à l’avenir du sport en tant que secteur économique, social et culturel.
La professionnalisation ne se réalise pas simplement par l’organisation de compétitions, la signature de contrats avec des sponsors ou le recrutement de champions. Elle commence par l’existence d’institutions capables de planifier leurs finances, de gérer leurs ressources, de garantir la transparence, de protéger les droits des clubs et des pratiquants et de relier la responsabilité à l’obligation de rendre des comptes.
L’investissement sportif ne peut, de son côté, atteindre ses objectifs de développement sans une gouvernance institutionnelle garantissant une affectation équitable des ressources, des conditions de continuité et la prévention de l’utilisation des aides publiques ou des partenariats privés au service d’intérêts particuliers.
Dans un pays qui considère le sport comme un levier d’inclusion sociale, de développement humain et de renforcement de son rayonnement international, la réforme des fédérations sportives devient une composante d’une réforme plus large, liée à la place de la jeunesse dans les politiques publiques et à la capacité des institutions à répondre à ses attentes.
L’enjeu n’est pas seulement de former des champions, même si cet objectif demeure légitime et nécessaire. Il consiste également à construire une large base de pratiquants, à offrir des possibilités de formation, à soutenir les associations locales, à valoriser les compétences nationales et à créer des parcours professionnels et économiques dans les domaines de l’entraînement, de l’arbitrage, de l’organisation et de la gestion sportive.
Des questions qui dépassent la fédération et concernent l’avenir de la politique sportive
La lecture proposée par Mohamed Daoudi ouvre ainsi une série de questions stratégiques qui méritent de faire partie du débat public sur l’avenir du sport marocain.
Le ministère dispose-t-il d’un mécanisme uniforme permettant de diagnostiquer les dysfonctionnements juridiques et organisationnels des fédérations sportives, ou ses interventions resteront-elles liées aux dossiers qui parviennent à émerger sur la scène publique ?
Quelles garanties permettent de protéger la légitimité élective et d’empêcher qu’une gestion provisoire se prolonge au-delà de ses limites légales ?
Comment prévenir l’utilisation des procédures administratives et organisationnelles dans les conflits personnels ou dans la redistribution des positions d’influence au sein des institutions sportives ?
Quels critères président à la répartition des investissements publics entre les disciplines nécessitant des infrastructures coûteuses et les sports populaires qui attirent un grand nombre de jeunes ?
Les associations et les petits clubs bénéficient-ils du même niveau d’accompagnement et de soutien que les disciplines disposant d’une plus grande visibilité médiatique et compétitive ?
Enfin, comment transformer les sports de combat et de défense personnelle en leviers d’intégration sociale et de formation professionnelle, au lieu de les réduire aux résultats des compétitions et aux conflits liés à la gestion des fédérations ?
Ces interrogations dépassent largement les frontières du kick-boxing et du muay-thaï. Elles concernent la philosophie même de la gestion du sport national.
Au terme de son intervention, Mohamed Daoudi place le service de la jeunesse marocaine passionnée de sport au cœur de la finalité des réformes. Cette idée mérite une attention particulière, car la réussite d’une politique sportive ne se mesure pas uniquement au nombre de champions qu’elle produit ou aux infrastructures qu’elle construit, mais aussi aux possibilités équitables qu’elle offre aux citoyens et à sa capacité à protéger leur droit de pratiquer le sport au sein d’institutions saines et transparentes.
Une fédération sportive existe pour servir le sport et les sportifs, et non l’inverse. C’est précisément cette distance que la réforme doit désormais permettre de parcourir : passer de la gestion des personnes à la construction des institutions, de la logique du privilège à celle de l’équité, et de la lutte pour les positions à l’investissement dans l’être humain marocain.


