samedi, novembre 7, 2026
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La démission de Saad Benmbarek révèle les fissures internes du RNI… Crise des investitures ou crise de la décision ? Qui sera le prochain ?

Saad Benmbarek n’aura pas attendu longtemps pour que les désaccords ayant accompagné la gestion des dernières élections législatives se transforment en débat public sur les responsabilités au sein du Rassemblement national des indépendants (RNI). Le coordinateur régional du parti dans la région de Rabat-Salé-Kénitra a choisi de démissionner de ses fonctions organisationnelles, dans une lettre adressée au président du parti, Mohamed Chouki. Il y expose des motifs qui dépassent le simple mécontentement à l’égard des résultats électoraux et touchent à la manière dont les décisions sont prises au sein de l’organisation, aux limites des prérogatives des responsables régionaux et à leur degré d’implication dans des choix dont ils doivent ensuite assumer les conséquences.

Selon les éléments publiés par le quotidien Madar21, qui indique avoir consulté une copie de la lettre le 6 novembre, Benmbarek affirme avoir déjà alerté la direction du parti sur des dysfonctionnements liés à la gestion des candidatures et sur leurs conséquences possibles pour la cohésion de l’organisation et ses chances électorales. Dans sa correspondance, il évoque des interventions dans les affaires de la coordination régionale ainsi que des décisions prises sans tenir suffisamment compte de ses propositions et de ses appréciations du terrain. Une situation qui, selon lui, aurait limité sa capacité à remplir ses missions et affecté la mobilisation interne ainsi que les résultats obtenus.

Ce qui retient particulièrement l’attention dans cette lettre, c’est que son auteur ne réduit pas son désaccord au choix des candidats ou aux résultats sortis des urnes le 23 septembre 2026. Il établit un lien entre l’exercice de ses responsabilités et la nécessité de disposer des conditions permettant de les assumer. Selon sa conception du fonctionnement partisan, un responsable régional doit être associé aux décisions dont il devra ensuite gérer les conséquences. Il invoque également la concertation, la confiance et le principe de responsabilité comme fondements du travail politique.

La démission ne relève donc plus simplement d’un changement de titulaire à la tête d’une structure régionale. Elle constitue une contestation formulée par un responsable placé au cœur de l’appareil chargé de mettre en œuvre les orientations de la direction sur le terrain. Benmbarek estime que l’écart entre sa fonction organisationnelle et son pouvoir réel de décision ne lui permet plus de poursuivre sa mission dans des conditions conformes à sa conception des responsabilités.

Cette question mérite d’être examinée, car le différend touche à la nature même des relations entre la direction centrale et les structures régionales : les coordinations territoriales sont-elles essentiellement des organes chargés de mobiliser les militants et d’exécuter les orientations nationales, ou disposent-elles d’un véritable pouvoir de proposition et d’influence dans le choix des candidats et l’évaluation des équilibres politiques locaux ?

La réponse ne figure pas uniquement dans la lettre de démission. Mais elle permet de comprendre une partie essentielle de son contenu.

Rabat : des tensions antérieures aux élections

Les désaccords au sein de l’organisation du RNI dans la capitale remontent à plusieurs mois avant la démission de Benmbarek.

Le 5 juin 2026, la maire de Rabat, Fatiha El Moudni, ainsi que sept autres élus communaux, ont annoncé leur départ du parti et leur retrait de la vie politique et électorale. Cette décision est intervenue quelques heures après l’annonce des choix du RNI concernant ses candidats dans plusieurs circonscriptions de la capitale.

Le document consulté par TelQuel Arabi portait les noms de huit élus, parmi lesquels Fatiha El Moudni, ainsi qu’Adel Atrassi, président du conseil d’arrondissement de Souissi, et plusieurs autres élus et responsables locaux. Les signataires ont expliqué leur décision à la suite d’une évaluation de leurs années d’engagement politique et de travail communal, sans toutefois détailler l’ensemble des raisons individuelles ayant conduit chacun d’eux à ce départ.

Cette annonce est intervenue au moment où le parti officialisait notamment les candidatures d’Alaa Eddine El Bahraoui dans la circonscription de Rabat-Chellah et de Taha El Jamani dans celle de Rabat-Océan. Le média avait établi un lien probable entre ces choix et le départ collectif, sans pour autant disposer, à ce moment-là, d’une explication directe de Saad Benmbarek sur les circonstances de cette décision ou sur son éventuel rapport avec les investitures.

Cet épisode est important parce qu’il précède de cinq mois la démission du coordinateur régional et montre que les relations entre les choix de la direction centrale et certaines composantes de l’organisation locale étaient déjà marquées par des tensions avant même la proclamation des résultats électoraux.

Il convient toutefois de distinguer les deux situations : Fatiha El Moudni et les sept élus ont annoncé leur départ du parti ainsi que leur retrait de la vie politique et électorale, tandis que Benmbarek a démissionné de ses fonctions de coordination régionale. La nature différente de ces décisions n’efface pas l’existence d’un fil conducteur organisationnel qui mérite d’être examiné : les désaccords autour de la gestion des candidatures et de la place accordée aux acteurs locaux dans la prise de décision.

Par ailleurs, la concomitance entre le départ des élus et l’annonce des investitures ne suffit pas à établir que tous les signataires ont quitté le parti pour des raisons identiques. Il serait tout aussi imprudent de leur attribuer une position collective qu’ils n’ont pas explicitement formulée.

Des investitures aux urnes : que révèlent les résultats ?

Les élections du 23 septembre ont soumis les choix du parti à une épreuve électorale nationale.

Les résultats définitifs annoncés par le ministère de l’Intérieur le 25 septembre ont placé le Parti authenticité et modernité (PAM) en tête avec 97 sièges, suivi du Rassemblement national des indépendants avec 66 sièges, puis du Parti de l’Istiqlal avec 65 sièges. Le Parti de la justice et du développement (PJD) a obtenu 54 sièges.

Pour le RNI, ce résultat marque le passage de la première place, occupée lors des élections de 2021, à la deuxième position en 2026. Il ne s’agit pas simplement d’un recul dans le classement. Le parti a abordé ce scrutin après cinq années à la tête du gouvernement, ce qui le plaçait devant l’obligation politique de soumettre son bilan au jugement des électeurs.

Mohamed Chouki lui-même s’est exprimé sur ces résultats lors d’une conférence de presse tenue le 24 septembre. Il a indiqué que le parti avait présenté son bilan gouvernemental tel qu’il était, avec ses réalisations et les chantiers qui restaient à achever, laissant aux électeurs le soin de juger cette expérience. Il a également reconnu que les résultats ne devaient pas être minimisés et que la période exigeait une réflexion sur le bilan gouvernemental, organisationnel et communicationnel du parti.

Ces déclarations donnent à la démission de Benmbarek une dimension qui dépasse les seuls calculs locaux. L’évaluation évoquée par le président du parti ne devrait pas se limiter à l’examen de l’action gouvernementale ou de la communication politique. Elle devrait également porter sur la gestion des investitures, la répartition des responsabilités et la capacité des structures régionales à transformer les décisions centrales en mobilisation électorale.

Pour autant, aucun élément ne permet d’attribuer l’ensemble du recul national du RNI à la méthode de sélection des candidats dans la région de Rabat. De même, la démission d’un responsable régional ne constitue pas une preuve que des difficultés identiques existent dans toutes les régions du Royaume.

Les faits établissent trois éléments : le parti a enregistré un recul électoral à l’échelle nationale, des tensions organisationnelles se sont manifestées ouvertement dans la capitale et l’un de ses principaux responsables régionaux a choisi de démissionner en contestant la manière dont la phase électorale a été gérée.

Mohamed Chouki face à l’épreuve des relations entre le centre et les régions

Mohamed Chouki a pris la présidence du RNI à un moment particulièrement délicat pour le parti. Il a hérité d’une organisation sortant de cinq années d’expérience gouvernementale, avant de devoir affronter une échéance électorale qui ne lui a pas permis de conserver sa position de première force parlementaire.

La réorganisation des relations avec les structures régionales figure parmi les défis de cette nouvelle étape. Un parti qui souhaite préserver son poids électoral a besoin de responsables locaux capables de mobiliser les militants, de comprendre les équilibres sociaux et politiques de leurs circonscriptions et de maintenir le dialogue avec les élus et les différentes composantes de l’organisation.

Or, la lettre de Benmbarek soulève une question organisationnelle précise : si la direction centrale conserve le pouvoir de trancher les choix essentiels, comment la responsabilité des résultats est-elle répartie ? Les coordinateurs régionaux disposent-ils de suffisamment de prérogatives pour influencer les décisions dont ils devront ensuite assumer la mise en œuvre ?

Cette question n’est pas secondaire dans le fonctionnement d’un parti politique. Une investiture ne consiste pas simplement à choisir un nom pour le placer en tête d’une liste électorale. Elle engage la capacité du candidat à mobiliser des voix, ses relations avec les élus locaux, son acceptation par les militants et les relais sociaux sur lesquels le parti peut s’appuyer.

La direction centrale peut avoir des considérations nationales ou politiques justifiant le choix d’un candidat au détriment d’un autre. Mais la réussite de ce choix dépend aussi de la capacité du parti à convaincre son organisation locale de le soutenir, et pas uniquement de lui communiquer une décision déjà arrêtée.

Inversement, les désaccords sur les investitures ne dispensent pas les responsables régionaux de leurs obligations en matière d’organisation et de mobilisation électorale. Une évaluation équilibrée doit déterminer si les résultats sont liés aux choix de la direction, à une mobilisation insuffisante, à une perte de confiance envers le parti ou à d’autres facteurs électoraux. Il ne serait pas juste de transformer chaque désaccord en accusation contre la direction, pas plus que d’attribuer automatiquement chaque résultat négatif aux coordinateurs locaux.

Qui a précédé Benmbarek ? Et qui pourrait suivre ?

Le précédent le plus visible à Rabat reste le départ de Fatiha El Moudni et des sept élus en juin. Toutefois, les sources consultées ne permettent pas d’établir l’existence d’autres démissions comparables de responsables régionaux de même niveau avant celle de Benmbarek, dans cette séquence politique.

Quant aux noms de personnes qui pourraient prochainement démissionner, la prudence s’impose. Aucun document ni aucune déclaration directe ne permet actuellement d’affirmer qu’un autre coordinateur régional ou un membre du bureau politique prépare son départ en protestation contre la gestion des élections.

Certains médias ont évoqué le nom de Hassan Filali, coordinateur provincial du parti à Khémisset et membre du bureau politique, parmi les personnalités susceptibles de succéder à Benmbarek à la tête de la coordination régionale. Cette évolution concerne le remplacement du responsable démissionnaire. Elle ne constitue aucunement un indice d’une éventuelle démission de Filali ou d’un désaccord de sa part avec la direction.

L’indicateur qui mérite davantage d’attention est de savoir si les critiques formulées par Benmbarek existent également dans d’autres structures territoriales, et si certains responsables locaux ont adressé à la direction des correspondances similaires sans que celles-ci se traduisent par des démissions publiques.

Si de nouveaux cas apparaissent, il faudra en examiner le contenu et les circonstances. La proximité des dates ne signifie pas nécessairement que les motifs sont identiques.

La succession de Benmbarek peut-elle régler le problème de fond ?

Le nom de Hassan Filali a émergé parmi les candidats potentiels à la succession du coordinateur démissionnaire. Plusieurs médias ont évoqué l’ouverture des candidatures pour la période allant du 6 au 12 novembre, avec l’obligation de présenter un programme de travail et une vision pour la gestion de la prochaine étape.

Si cette procédure est confirmée, le parti aura donc engagé rapidement le processus de remplacement du responsable régional. Mais la désignation d’un nouveau coordinateur ne répondra pas, à elle seule, aux questions soulevées dans la lettre de Benmbarek.

Le prochain responsable héritera de la même mission : coordonner les relations entre la direction centrale et les structures locales, reconstruire la mobilisation, gérer les conséquences des tensions précédentes et préparer les prochaines échéances électorales.

Le véritable test résidera dans la nature des prérogatives qui lui seront accordées, ainsi que dans le degré de participation des coordinations territoriales aux décisions relatives aux investitures. Le choix du titulaire du poste ne suffira pas à lui seul.

La direction devra également préciser si elle compte ouvrir une révision interne de la gestion des élections de septembre et si elle entend examiner les observations que Benmbarek affirme lui avoir déjà adressées avant de présenter sa démission.

À ce stade, aucun document publié ne permet de connaître la réponse de Mohamed Chouki au contenu de cette correspondance, ni de savoir si la direction a procédé à une évaluation détaillée des choix électoraux dans la région de Rabat-Salé-Kénitra. Cette absence d’information doit rester clairement identifiée, plutôt que de laisser supposer que le différend a été réglé ou que la direction a rejeté les critiques.

Après la démission de Benmbarek : fin de crise ou début d’une révision ?

Les développements placent le Rassemblement national des indépendants devant plusieurs dossiers étroitement liés : des résultats électoraux qui ne lui ont pas permis de conserver la première place, le départ antérieur d’élus importants dans la capitale, des critiques formulées par un coordinateur régional sur la gestion des candidatures, puis une démission intervenue après que son auteur a estimé ne plus pouvoir assumer une responsabilité sans disposer, selon son appréciation, des conditions nécessaires à son exercice.

La direction pourrait réussir à contenir la situation en désignant un nouveau coordinateur et en réorganisant les structures régionales. Mais cette réponse ne sera pas suffisante si les questions relatives à la concertation, aux prérogatives et à la responsabilité restent sans réponse.

Les prochains jours permettront de déterminer si le dossier de Rabat relève d’une difficulté organisationnelle circonscrite, ou si les éléments révélés par la lettre de Benmbarek traduisent un désaccord plus large sur la manière dont le parti entend fonctionner après être passé de la direction du gouvernement à une phase de réévaluation de son poids politique.

Quant à la question « Qui sera le prochain ? », les éléments disponibles ne permettent pas aujourd’hui de désigner une personnalité précise. La démarche journalistique la plus rigoureuse consiste à suivre les positions des coordinateurs, des élus et les éventuelles nouvelles correspondances ou décisions organisationnelles, plutôt que de dresser une liste de démissions hypothétiques.

La démission de Saad Benmbarek est désormais un fait public. Le contenu de ses critiques est connu à travers la correspondance publiée. En revanche, leur éventuelle extension à d’autres régions ou leur transformation en crise au sein de la direction nationale restent des hypothèses qui nécessitent de nouveaux éléments avant de pouvoir devenir des conclusions journalistiques établies.

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