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L’Algérie rompt avec les Émirats : des années d’escalade à la carte de « l’oxygène » pour relancer son poids régional

De l’accusation à la rupture : l’Algérie met fin à ses relations avec les Émirats après des années d’escalade

L’Algérie a officiellement annoncé, jeudi, la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, affirmant que « tous les moyens susceptibles de préserver les relations bilatérales » avaient été épuisés.

L’annonce, rapportée par l’Agence Algérie Presse Service et la télévision publique algérienne, constitue le niveau le plus élevé atteint par une crise qui s’est installée progressivement au cours des dernières années. Ce qui apparaît aujourd’hui comme une décision diplomatique soudaine est en réalité l’aboutissement d’une succession de déclarations, d’accusations et de mesures prises progressivement du côté algérien.

Le dossier n’a pas commencé avec la rupture annoncée jeudi.

En 2023 déjà, un quotidien proche des autorités algériennes avait qualifié les Émirats de « pyromane », leur reprochant un rôle jugé « nuisible » dans plusieurs crises régionales, notamment en Libye et au Sahel. Ces attaques étaient alors reliées, dans le discours développé par ce média, aux relations entretenues par les Émirats avec le Maroc et Israël.

Le registre des accusations s’est ensuite déplacé vers le sommet de l’État.

En avril 2024, le président Abdelmadjid Tebboune avait dénoncé, sans nommer explicitement le pays concerné, le rôle d’un État du Golfe auquel il reprochait d’utiliser l’argent pour « détruire » dans des zones de conflit. Il avait notamment cité le Mali, la Libye et le Soudan, affirmant en substance que partout où des populations se battaient, on retrouvait son argent. Plusieurs comptes rendus médiatiques avaient alors interprété ces propos comme visant les Émirats.

Quelques mois plus tard, en novembre 2024, le ministre algérien des Transports avertissait les responsables algériens concernant l’utilisation des aéroports émiratis pour le transit. La crise cessait ainsi de relever uniquement du discours politique ou médiatique pour commencer à produire des conséquences dans la pratique administrative.

En mai 2025, la télévision publique algérienne franchissait une nouvelle étape. Les Émirats étaient violemment pris à partie après la diffusion, par une chaîne basée aux Émirats, d’un entretien avec un historien algérien consacré notamment à l’identité amazighe. Le discours télévisuel algérien allait jusqu’à qualifier les Émirats d’« État fabriqué » et d’« usine de division et du mal », tout en reliant leurs positions à Israël.

Le ton ne s’est ensuite pas apaisé.

En octobre 2025, Abdelmadjid Tebboune déclarait de nouveau que l’Algérie entretenait de bonnes relations avec les États du Golfe, citant l’Arabie saoudite, le Koweït, Oman et le Qatar comme des pays « frères », avant d’évoquer un seul État auquel il reprochait une ingérence dans les affaires intérieures algériennes et des tentatives de déstabilisation. Les médias avaient de nouveau établi le lien avec les Émirats.

Puis est venue une mesure plus concrète.

En février 2026, l’Algérie a engagé la procédure visant à mettre fin à l’accord de services de transport aérien conclu avec les Émirats à Abou Dhabi en mai 2013 et ratifié par décret présidentiel algérien en décembre 2014. La notification avait été transmise par les canaux diplomatiques ainsi qu’à l’Organisation de l’aviation civile internationale, sans qu’une explication détaillée ne soit officiellement donnée.

La rupture diplomatique annoncée jeudi apparaît donc comme le dernier étage d’une séquence déjà longue.

Ce qui mérite d’être observé dans cette chronologie, c’est moins la virulence de certaines déclarations que leur progression. La crise est passée du commentaire médiatique aux accusations politiques, puis aux avertissements administratifs et enfin à une mesure diplomatique irréversible à court terme.

Dans le récit présenté par Alger, les Émirats occupent depuis plusieurs années la place de l’acteur auquel sont attribuées différentes formes d’ingérence ou d’action régionale contestée. Mais ces accusations, même lorsqu’elles émanent de responsables officiels, restent des accusations lorsqu’elles ne sont pas accompagnées d’éléments permettant de les établir de manière indépendante.

Cette distinction est importante au moment où la rupture devient officielle.

Car dans la chronologie disponible, le fait incontestable est que l’Algérie a progressivement durci sa position jusqu’à considérer que les mécanismes permettant de préserver les relations bilatérales avaient été épuisés. La formule employée jeudi ne décrit donc pas seulement une décision prise à un moment donné. Elle reconnaît, en quelque sorte, qu’une longue dégradation est arrivée à son terme.

La question qui se pose désormais n’est plus de savoir si la relation algéro-émiratie était déjà profondément détériorée. Les événements des dernières années l’avaient suffisamment montré. Il s’agit plutôt de mesurer ce que cette rupture va produire sur les relations du Maghreb avec le Golfe, sur les équilibres régionaux et sur les dossiers où les intérêts algériens et émiratis se sont retrouvés en opposition.

Abou Dhabi devra certainement répondre à cette nouvelle situation sur le terrain diplomatique. Mais la décision annoncée jeudi appartient, dans les faits, à Alger : c’est l’Algérie qui a choisi de franchir le seuil de la rupture après avoir déclaré que toutes les voies de préservation de la relation avaient été épuisées.

La crise change ainsi de nature. Elle n’est plus seulement une accumulation de déclarations hostiles ou de désaccords régionaux. Elle devient désormais un dossier diplomatique formel, avec les conséquences politiques, économiques et régionales que cela implique.

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