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Ouzzine fixe ses lignes rouges : le Mouvement populaire n’entrera pas au gouvernement à n’importe quel prix

Mohamed Ouzzine n’a pas attendu le 23 septembre pour parler du lendemain des élections. Mais il n’a pas non plus annoncé une alliance déjà conclue. Dans son intervention sur « Saâat Assaraha », le secrétaire général du Mouvement populaire a plutôt dessiné ce qui pourrait devenir la ligne de négociation de son parti : la participation au prochain gouvernement reste possible, mais elle ne se fera pas sans programme, sans engagements précis et surtout pas pour obtenir des postes.

Le message est politique, mais il intervient dans un contexte où chaque déclaration des dirigeants de partis commence déjà à être lue à travers le prisme de l’après-élections.

Le Mouvement populaire avait obtenu 32 sièges à la Chambre des représentants en 2021, se classant cinquième. Quatre ans plus tard, Ouzzine affiche une ambition supérieure à ce résultat. Il ne parle pas d’un retour symbolique au Parlement, mais d’une volonté de repositionner le parti dans la compétition nationale.

Pour autant, il évite de présenter le résultat comme acquis.

Il évoque la possibilité d’alliances après le scrutin, y compris une éventuelle participation gouvernementale, mais refuse par avance l’idée d’un soutien automatique. Pour lui, entrer dans un gouvernement uniquement parce qu’une invitation a été lancée n’aurait pas beaucoup de sens. Le parti devra d’abord regarder son programme, ses priorités et les garanties données par ses éventuels partenaires.

Autrement dit, Ouzzine ouvre la porte au gouvernement, mais entend garder la clé de cette porte entre ses mains.

Reconquérir la confiance avant de conquérir des sièges

Dans son intervention, la question électorale ne se résume pas au nombre de candidats ou à la répartition des circonscriptions. Ouzzine revient à plusieurs reprises sur une question plus difficile : celle de la confiance.

Il estime que les électeurs doivent juger les formations politiques sur ce qu’elles ont promis et sur ce qu’elles ont réellement réalisé. Et cette exigence, selon lui, concerne en premier lieu les partis qui ont gouverné.

Le gouvernement devrait donc, à ses yeux, présenter un véritable bilan : quelles promesses ont été tenues, lesquelles ne l’ont pas été et pourquoi ?

Cette approche lui permet également de déplacer la campagne du terrain des slogans vers celui de la responsabilité politique. Car pour le secrétaire général du Mouvement populaire, la crise de confiance ne peut pas être traitée uniquement par une campagne de communication.

Elle se mesure dans le quotidien des citoyens.

C’est précisément sur ce terrain qu’Ouzzine attaque le bilan gouvernemental, notamment sur le pouvoir d’achat, la gestion des deniers publics et les mécanismes de soutien.

Il parle d’opacité dans la gestion publique et reprend une interrogation que les citoyens formulent eux-mêmes : où va leur argent, leurs impôts et les différentes formes de soutien public ?

Sur les subventions, il reste toutefois prudent. Il affirme que l’opposition a demandé des investigations parlementaires et refuse de désigner publiquement des bénéficiaires sans preuves. Ce point est important : son accusation est politique, mais l’établissement des responsabilités relève, selon ses propres termes, des institutions chargées de vérifier les faits.

Jeunes et femmes : le symbole ne suffit pas

La sélection des candidats constitue un autre révélateur de cette conception.

Ouzzine affirme vouloir renforcer la présence des jeunes et des femmes dans les candidatures du Mouvement populaire. Mais il refuse ce qu’il considère comme une logique purement symbolique : présenter un jeune ou une femme dans une circonscription où ses chances de victoire seraient quasiment inexistantes, uniquement pour afficher un bon chiffre dans les statistiques du parti.

Pour lui, la politique électorale doit rester réaliste.

Cela ne signifie pas, dans son discours, renoncer au renouvellement. Il défend plutôt une construction progressive de nouvelles générations de responsables capables, à terme, de conquérir réellement des sièges et d’assumer des responsabilités.

Cette distinction entre représentation et capacité électorale pourrait être l’un des enjeux internes de la campagne du Mouvement populaire.

Laenser retourne sur le terrain

Le cas de Mohand Laenser illustre également cette volonté de ne pas confondre annonce politique et résultat électoral.

Interrogé sur une éventuelle candidature de l’ancien secrétaire général du parti à Boulemane, Ouzzine rappelle le poids historique de Laenser et son expérience, tout en laissant entendre que la candidature et surtout son issue relèvent encore du processus électoral.

Le message est simple : même un ancien dirigeant du parti doit désormais retourner devant les électeurs.

Et ce sont eux qui décideront.

Le gouvernement, mais pas à n’importe quel prix

La position d’Ouzzine sur une éventuelle participation gouvernementale constitue probablement l’un des passages les plus politiques de l’entretien.

Le Mouvement populaire pourrait négocier avec ses futurs partenaires, mais sur la base d’un minimum programmatique. Ouzzine refuse explicitement l’idée d’entrer au gouvernement simplement pour obtenir des portefeuilles.

Cette position est encore une déclaration politique, pas une garantie sur ce que sera le comportement du parti après le 23 septembre. Les rapports de force dépendront des résultats et de la configuration de la prochaine majorité.

Mais elle permet déjà au secrétaire général du Mouvement populaire de fixer une limite : participer au pouvoir ne devrait pas signifier renoncer au programme du parti.

Le monde rural face aux mêmes règles que la ville

L’autre partie de son intervention élargit le débat au-delà des alliances politiques.

Ouzzine revient sur les problèmes rencontrés lors de ses déplacements dans les zones rurales et montagneuses, notamment les procédures liées à l’urbanisme et à la construction.

Il estime que les habitants des zones rurales et montagneuses ne peuvent pas toujours être soumis aux mêmes procédures que ceux des grandes villes lorsqu’il s’agit, par exemple, de construire une habitation.

Derrière cette revendication se trouve une vieille question de politique publique : faut-il appliquer les mêmes règles administratives à des territoires qui n’ont ni les mêmes infrastructures, ni les mêmes contraintes, ni les mêmes réalités économiques ?

Pour Ouzzine, la réponse passe par une adaptation des politiques publiques aux réalités locales.

Les maisons de jeunes et la politique des programmes abandonnés

Son passage sur les maisons de jeunes renvoie, lui, à une expérience personnelle lorsqu’il était ministre de la Jeunesse et des Sports.

Ouzzine rappelle le projet qu’il avait défendu pour transformer ces espaces en lieux d’activités culturelles, artistiques et sportives. Il évoque également la controverse de la « karrata », qui avait fortement marqué cette période.

Mais son analyse va au-delà de cet épisode.

Il dénonce surtout la difficulté à assurer la continuité des politiques publiques. Un programme peut être lancé sous un gouvernement, puis perdre son financement, sa priorité ou sa vocation avec le changement d’équipe.

Il propose donc de redonner aux maisons de jeunes une fonction plus large, avec l’implication des communes et des associations, mais aussi une place pour les activités numériques et les nouvelles formes de création.

Dans les zones rurales comme dans les villes, il les imagine comme des espaces permettant aux jeunes de trouver autre chose que la rue ou l’écran.

Face au numérique, Ouzzine préfère l’éducation à l’interdiction

Sur la relation des enfants aux téléphones et aux technologies numériques, son approche est également révélatrice.

Ouzzine ne défend pas une interdiction générale des smartphones ou des tablettes. À ses yeux, retirer l’outil ne règle pas le problème, puisque l’enfant finira tôt ou tard par être confronté à la technologie.

La réponse devrait donc passer par l’éducation numérique : apprendre aux enfants à sélectionner les contenus, à comprendre les risques et à utiliser les outils sans en devenir dépendants.

La famille, l’école et les médias auraient, selon lui, un rôle essentiel à jouer.

Il ne présente donc pas l’interdiction comme une solution suffisante, mais privilégie l’accompagnement et la formation à l’usage.

L’âge : une autre bataille annoncée

La question des limites d’âge imposées pour certains recrutements dans la fonction publique lui permet enfin d’ouvrir un autre front.

Ouzzine critique les plafonds d’âge qui, selon lui, peuvent exclure des candidats qualifiés alors même qu’ils ont consacré davantage de temps à leurs études et à leur formation.

Il s’oppose notamment à l’idée qu’un candidat puisse être considéré comme trop âgé pour intégrer la fonction publique à 30 ou 35 ans alors qu’il dispose d’un diplôme et des compétences nécessaires.

Il lie également cette situation à l’absence de réforme suffisante des régimes de retraite, mais cette relation relève de son analyse politique et ne constitue pas, en elle-même, une démonstration établie.

Il affirme en revanche que si le Mouvement populaire devait accéder au gouvernement, la question des limites d’âge ferait partie des mesures qu’il chercherait à revoir.

À quelques semaines du scrutin, Mohamed Ouzzine ne promet donc pas seulement une place différente pour son parti dans le prochain Parlement. Il cherche aussi à définir les conditions dans lesquelles cette place pourrait se transformer en responsabilité gouvernementale.

Le résultat du 23 septembre dira d’abord quelle sera la force réelle du Mouvement populaire à la table des négociations.

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