dimanche, août 9, 2026
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Lekjaa depuis le fief d’Akhannouch : « Le pouvoir d’achat doit être au cœur du débat »… priorité réelle ou campagne électorale savamment orchestrée ?

Le choix de Fawzi Lekjaa de commencer sa première apparition politique après son entrée au Bureau politique du Parti Authenticité et Modernité à Agadir, dans la région de Souss-Massa, n’est pas un simple détail géographique que l’on pourrait rapidement évacuer. En politique, comme en période électorale, le lieu est un message. Et parfois, le choix du lieu en dit davantage que de nombreux discours prononcés à la tribune.

Lekjaa n’a pas commencé sa campagne politique depuis un territoire neutre.

Il a choisi le Sud, et plus précisément Souss-Massa, une région politiquement et symboliquement associée à Aziz Akhannouch, chef du gouvernement et l’une des figures centrales de la scène politique et économique marocaine. Dès lors, l’apparition de Lekjaa dans cet espace, à ce moment précis et avec ce discours particulier, ressemble davantage à un lancement calculé et soigneusement préparé qu’à une simple étape de communication interne d’un parti à l’approche des élections.

Cela ne signifie évidemment pas qu’une confrontation ouverte ou une bataille directe avec Akhannouch ait été annoncée.

La politique la plus habile ne commence pas toujours par la déclaration d’une hostilité.

Elle peut commencer par le choix du lieu, le choix des mots et celui des thèmes dont le responsable politique sait qu’ils touchent directement le citoyen.

C’est précisément ce qui rend la présence de Lekjaa à Souss-Massa particulièrement intéressante.

Il ne s’est pas rendu à Agadir uniquement pour expliquer son adhésion au PAM, ni pour répondre aux interprétations qui ont accompagné son entrée au Bureau politique. Il a choisi de placer au centre du débat des questions qui touchent directement la vie quotidienne : le pouvoir d’achat, la confiance, la jeunesse, les douars, les projets, les idées et la clarté des engagements.

Comme si le message implicite était le suivant : parlons de ce qui intéresse réellement le citoyen, et non de savoir qui a obtenu quel poste au sein du parti.

C’est là que commence la véritable campagne.

Lorsque Lekjaa affirme : « Je ne suis pas venu au PAM chercher un poste », il répond à une question posée depuis l’annonce de son entrée dans la direction du parti. Mais surtout, il en ouvre immédiatement une autre : s’il n’est pas venu chercher un poste, alors pour quoi est-il venu ?

Sa réponse est claire : pour les idées, les projets, les problèmes réels des citoyens et la restauration de la confiance dans la politique et les institutions.

Cette réponse fait passer Lekjaa d’une position défensive — celle d’un responsable expliquant son choix partisan — à celle d’un acteur qui entend désormais être jugé sur un projet politique.

Or le choix du pouvoir d’achat comme l’un des axes centraux de son discours n’est pas politiquement neutre.

Le pouvoir d’achat est en effet le sujet que le citoyen peut mesurer chaque jour avec sa propre main.

Ce n’est pas un indicateur économique abstrait, ni un chiffre contenu dans un rapport, ni un concept technique nécessitant une longue explication. C’est le prix du pain, des légumes, de la viande, du transport, du logement, de l’électricité, de l’eau, de l’éducation et de la santé ; c’est tout ce qui entre dans le budget familial à la fin du mois.

C’est pourquoi lorsque Lekjaa affirme que « le pouvoir d’achat doit être au cœur du débat », il ne prononce pas simplement une formule électorale.

Il se place lui-même devant une contradiction particulièrement exigeante.

Car l’homme qui affirme que le pouvoir d’achat doit être une priorité est également ministre délégué chargé du Budget.

Autrement dit, il se trouve au cœur même de certaines des politiques financières qui déterminent, directement ou indirectement, les marges de manœuvre en matière de salaires, de fiscalité, de soutien, d’investissement et de dépenses publiques.

C’est là que commence la véritable lecture entre les lignes.

On ne peut pas analyser ses propos comme ceux d’un responsable politique qui observerait le problème depuis l’extérieur du pouvoir.

Lekjaa participe au processus de décision.

Et lorsqu’un responsable politique parle depuis l’intérieur de la décision, les mots deviennent nécessairement plus coûteux.

Si le pouvoir d’achat constitue réellement une priorité, la question devient alors incontournable : où cette priorité apparaît-elle dans la politique financière ?

Dans la fiscalité ?

Dans les salaires ?

Dans les prix ?

Dans les mécanismes de soutien aux catégories les plus exposées ?

Dans la concurrence et la régulation des marchés ?

Dans le coût de l’énergie et du transport ?

Dans la politique agricole et alimentaire ?

Ou bien restera-t-elle, comme tant d’autres expressions électorales, séduisante dans le discours mais beaucoup plus difficile à traduire dans les faits ?

Il ne s’agit pas ici d’attaquer Lekjaa.

Bien au contraire.

Il s’agit de soumettre ses propres déclarations à l’épreuve qu’il a lui-même choisie lorsqu’il a placé la « sincérité » et le « raisonnable » au cœur de son discours.

La sincérité politique ne consiste pas à dire au citoyen uniquement ce qu’il souhaite entendre.

Elle consiste aussi à lui dire ce que le politique ne peut pas faire.

Et le raisonnable ne signifie pas multiplier les promesses.

Il signifie définir les moyens disponibles, le coût des engagements, les priorités et les résultats attendus.

C’est ce qui donne une importance particulière à cette autre formule de Lekjaa selon laquelle l’acteur politique doit avoir « une seule parole, et non deux ».

Une seule parole signifie que ce qui est dit à la tribune doit pouvoir être confronté au budget.

Que la promesse électorale doit pouvoir devenir une politique publique.

Et que le citoyen doit pouvoir revenir, quelques années plus tard, au même discours et demander : qu’en est-il advenu ?

C’est à ce moment que le discours de Lekjaa peut commencer à prendre la forme d’un véritable contrat politique.

Mais le choix de Souss-Massa rend ce contrat encore plus complexe.

Car cette région n’est pas seulement un décor électoral. Elle concentre des problématiques liées à l’agriculture, aux exportations, à l’eau, au tourisme, à l’investissement, à l’emploi, à la jeunesse et aux territoires ruraux.

Le pouvoir d’achat à Souss-Massa ne se définit donc pas nécessairement comme il se définit à Rabat ou à Casablanca.

L’agriculteur le mesure à travers le coût de production, l’accès à l’eau, les engrais et l’énergie.

Le travailleur saisonnier le mesure à travers la stabilité de son revenu.

Le jeune d’un douar le mesure à travers l’emploi, le transport et la formation.

La famille le mesure à travers les prix de l’alimentation, les soins et l’éducation.

Ainsi, le choix de Souss-Massa donne à la question du pouvoir d’achat une dimension concrète et territoriale qu’il serait difficile d’ignorer.

Mais il existe également une autre dimension politique qu’il ne faut pas négliger.

Si Akhannouch représente, en raison de sa position politique et gouvernementale comme de son ancrage territorial, l’un des visages les plus importants de la séquence actuelle, Lekjaa a choisi de commencer son parcours politique dans un espace où la présence d’Akhannouch possède précisément l’une de ses plus fortes dimensions symboliques.

Il serait toutefois prématuré d’en conclure que Lekjaa a déclaré une confrontation avec Akhannouch.

La lecture la plus précise consiste plutôt à considérer que le lieu choisi permet d’interpréter son déplacement comme un message politique calculé.

Il ne dit pas : je suis contre Akhannouch.

Il dit, en substance : je suis ici, avec un autre discours sur la confiance, le pouvoir d’achat, la jeunesse et les projets.

C’est une manière beaucoup plus subtile de faire de la politique que d’annoncer une confrontation avant même que la bataille ne commence.

Car la campagne électorale moderne ne commence pas toujours par les slogans des partis.

Elle peut commencer par la modification de l’agenda du débat.

Et celui qui réussit à imposer les questions que les citoyens discutent possède déjà une partie de la bataille avant même l’ouverture des urnes.

C’est aussi ce qui permet de comprendre le passage opéré par Lekjaa : il ne veut pas rester prisonnier de la question de son entrée au PAM.

Il tente de la remplacer par une autre :

Que voulons-nous faire pour le Maroc ?

Ce déplacement n’est pas secondaire.

Il constitue une tentative de redéfinition de son entrée en politique.

Au lieu d’apparaître comme « le nouveau venu dans un parti politique », Lekjaa cherche à se présenter comme un homme d’expérience venu mettre cette expérience au service d’un projet politique.

Mais cette présentation augmente mécaniquement le niveau des attentes.

Celui qui dispose d’une expérience dans la gestion du Budget et du sport, et qui parle d’idées et de projets, ne pourra pas longtemps se contenter de slogans.

On lui demandera des solutions.

On lui demandera des chiffres.

On lui demandera des priorités.

On lui demandera le coût de chaque engagement.

Et surtout, on lui demandera des résultats.

C’est pourquoi la phrase « je ne suis pas venu chercher un poste » devient finalement moins importante que la question qui vient immédiatement après :

Si vous n’êtes pas venu chercher un poste, qu’êtes-vous venu changer ?

C’est cette question qui déterminera la valeur réelle de cette campagne.

Quant au discours sur la jeunesse, sur la nécessité d’aller dans les douars et de rencontrer directement les citoyens, il peut constituer un changement positif — à condition de ne pas se réduire à une nouvelle tournée électorale.

Les jeunes n’ont pas besoin d’un responsable politique qui vient les voir à la veille des élections pour leur demander ce qu’ils veulent.

Ils ont besoin d’un responsable politique capable de leur expliquer ce qui peut réellement être fait, ce qui ne peut pas l’être, combien les solutions coûteront et dans quels délais les résultats peuvent apparaître.

Ils ont également besoin de savoir ce que l’État compte faire en matière d’emploi, de formation, de logement, d’entrepreneuriat, de sport, de culture, de numérique et de migration.

Et surtout, ils ont besoin de sentir que leur voix compte en dehors des périodes électorales.

C’est ici que le discours de Lekjaa sur la nécessité d’associer la jeunesse à la construction d’un « Maroc émergent » prend tout son sens.

Le Maroc ambitionne effectivement de renforcer sa position parmi les économies émergentes, et cette ambition apparaît dans les orientations économiques et financières du pays.

Mais une question finira nécessairement par s’imposer : peut-on parler d’un Maroc émergent si une partie de ses citoyens a le sentiment que sa propre capacité à progresser socialement diminue ?

C’est là que se trouve le véritable nœud du problème.

Un État peut progresser dans les classements, attirer davantage d’investissements, développer ses infrastructures et renforcer sa crédibilité auprès des marchés financiers.

Mais le projet national ne peut être considéré comme pleinement réussi que si le citoyen progresse lui aussi.

Le véritable progrès ne se résume pas à l’augmentation du PIB.

Il se mesure aussi à la qualité de l’école.

À l’efficacité de l’hôpital.

À l’élargissement des opportunités d’emploi.

À la sécurité hydrique.

À la capacité de l’agriculteur à maintenir son activité.

Et à la possibilité pour une famille de terminer le mois sans avoir le sentiment que son revenu disparaît avant même d’avoir couvert ses besoins essentiels.

C’est pourquoi la déclaration de Lekjaa sur le pouvoir d’achat pourrait bien être le passage le plus important de sa première apparition politique.

Non pas parce qu’il aurait découvert une question nouvelle.

Mais parce qu’il a choisi de commencer par l’un des sujets les plus sensibles dans la relation entre le citoyen et l’État.

À partir de maintenant commence donc le véritable test.

Le pouvoir d’achat est-il réellement une priorité ou est-il devenu une priorité électorale ?

La différence entre les deux est considérable.

La première se mesure dans les décisions.

La seconde se mesure dans les discours.

La première apparaît dans le Budget.

La seconde apparaît à la tribune.

La première est ressentie par le citoyen dans sa vie quotidienne.

La seconde est entendue pendant la campagne.

C’est pourquoi le début de cette séquence à Souss-Massa, le discours sur le pouvoir d’achat, l’appel à la sincérité et au « raisonnable », ainsi que l’affirmation selon laquelle il n’est pas venu chercher un poste, constituent autant d’éléments qui donnent à la démarche de Lekjaa les contours d’un message électoral composé : un lieu calculé, un moment calculé, un thème calculé et un message calculé.

Mais une campagne savamment orchestrée ne réussit pas simplement parce que son ingénierie est bien pensée.

Elle réussit lorsqu’elle rencontre la réalité et démontre sa capacité à la transformer.

La véritable question ne sera donc pas de savoir si Lekjaa a bien choisi Agadir.

Elle sera de savoir :

peut-il réellement faire du pouvoir d’achat une priorité de la politique financière et de l’action gouvernementale, ou s’agira-t-il simplement de la porte d’entrée intelligente de sa campagne électorale ?

Et une question plus large s’imposera :

Lekjaa a-t-il commencé à Souss-Massa pour annoncer une confrontation politique, ou pour tenter de redessiner l’échiquier électoral de l’intérieur ?

La réponse ne viendra pas de la tribune.

Elle viendra des prochaines semaines.

Des dossiers qu’il choisira de porter.

Des chiffres qu’il acceptera de mettre sur la table.

Des engagements qu’il acceptera d’assumer.

Et de sa capacité à transformer la « sincérité » et le « raisonnable » d’un slogan électoral en pratique politique.

Car le plus important dans le choix de Souss-Massa n’est peut-être pas que Lekjaa ait choisi le bon ou le mauvais endroit. C’est qu’il ait choisi un territoire qui ne peut pas être considéré comme politiquement neutre dans le calcul électoral.

C’est précisément là que commence la véritable histoire.

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