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De 120 sportifs à la question des 80 accompagnateurs : quand le discours de Mohamed Daoudi passe de la critique du sport à la question de savoir qui détient l’information et qui a le droit de la révéler

Mohamed Daoudi, ancien secrétaire général de la Fédération Royale Marocaine de Taekwondo, ne parle désormais plus seulement depuis la position d’un ancien responsable ayant vécu de l’intérieur l’expérience d’une fédération sportive. Dans sa nouvelle intervention consacrée à la participation marocaine aux Jeux Méditerranéens de Tarente 2026, il semble parler depuis une position beaucoup plus large : celle d’un observateur de l’ensemble du système sportif marocain, qui en connaît les détails, en suit les chiffres et formule des interrogations dépassant largement le cadre de ses anciennes fonctions pour porter sur la manière dont le sport marocain est globalement géré.

C’est précisément là que commence la véritable histoire.

Le problème n’est pas qu’un ancien responsable sportif critique la fédération dans laquelle il a travaillé, pas plus qu’il ne pose des questions sur les performances des fédérations sportives, leurs résultats ou leurs méthodes de gestion. La critique est un droit, et même une nécessité. Le sport marocain a besoin de davantage de critique professionnelle que d’applaudissements de circonstance. Mais lorsqu’une seule personne semble capable de parler de dossiers multiples, avec des chiffres et des détails administratifs et logistiques qui devraient normalement être répartis entre plusieurs institutions et structures, une question s’impose : d’où viennent ces informations et qui décide qu’elles doivent lui être accessibles ?

Cette question n’est pas une accusation. C’est une question de gouvernance.

Daoudi commence son intervention par le taekwondo, mais quitte rapidement le seul terrain du taekwondo pour embrasser l’ensemble du sport marocain. Il parle de gestion technique, d’absence de vision stratégique, d’intérêts personnels, d’utilisation du sport à des fins politiques et dans des équilibres internes, puis il se déplace vers les fédérations sportives, avant d’aborder la participation marocaine à Tarente, les incitations financières, et finalement de porter un jugement sur la gestion de « 98 % » des disciplines sportives.

À ce stade, la vidéo n’est donc plus seulement un commentaire sur une participation sportive. Elle devient une sorte de déclaration politico-sportive implicite, qui place l’ensemble du système face à ses propres contradictions.

Quand l’information elle-même devient le sujet

La partie la plus intéressante de ce discours n’est peut-être pas ce que Daoudi dit, mais ce qu’il semble savoir.

Parler du nombre de sportifs engagés peut reposer sur des données publiées ou largement accessibles. Évoquer les résultats des précédentes éditions peut être confronté aux archives et aux statistiques officielles. Mais lorsqu’on entre dans le détail de la composition de la délégation, des accompagnateurs et des listes administratives utilisées pour les procédures d’accréditation et de visa, on change de niveau d’information.

Et c’est précisément là qu’il faut s’arrêter.

Selon les éléments que vous avez fournis dans la présentation de ce dossier, les listes qui circulent comporteraient plus de 80 noms d’accompagnateurs, alors que la liste complète de la délégation officielle, avec l’ensemble de ses composantes, n’aurait pas encore été rendue publique à ce stade. Cette question mérite précisément une réponse institutionnelle claire, car il ne s’agit pas seulement de savoir qui figure dans la délégation. Il s’agit de savoir qui est chargé de la gérer, quel est le coût global de sa composition et quels critères ont présidé au choix des différentes catégories d’accompagnateurs.

Une délégation sportive n’est pas seulement un groupe de champions qui prennent l’avion pour participer à une compétition. Elle comprend des entraîneurs, des médecins, des cadres techniques, des responsables administratifs, des professionnels de la communication, des préparateurs et différents accompagnateurs. Chaque nom supplémentaire correspond à une fonction, une responsabilité, un coût et une décision administrative.

Voilà pourquoi la question de la liste complète n’est pas une curiosité journalistique.

C’est une question de gouvernance.

Et c’est précisément dans ce domaine que la transparence doit être la règle.

La presse a le droit de demander… et l’institution a le devoir de répondre

Si une liste officielle de la délégation marocaine existe, pourquoi ne serait-elle pas accessible au public ?

Si la liste définitive n’est pas encore arrêtée, qu’est-ce qui empêcherait l’institution de préciser qu’elle est toujours en cours de finalisation ?

Et si une liste élargie a été transmise pour des raisons administratives liées aux procédures de visa ou d’accréditation, les personnes qui y figurent sont-elles nécessairement appelées à voyager dans la délégation finale ? Ou s’agit-il d’une procédure administrative destinée à anticiper certaines contraintes ?

Ce sont des questions simples.

 

Mais elles révèlent la différence fondamentale entre l’information officielle et la fuite d’information.

La transparence ne signifie pas qu’une personne particulière obtienne un document avant tout le monde et transforme ensuite ce document en instrument de débat public. La transparence signifie que l’information parte de l’institution vers le public selon des règles claires et égales, afin que le journalisme ne dépende pas de sources internes privilégiées et que la source interne ne devienne pas, elle-même, une autorité informelle dans la fabrication du débat sportif.

C’est ici qu’apparaît la question la plus sensible de ce dossier.

Si certains documents administratifs non publiés parviennent à des personnes extérieures à l’institution, il devient légitime de demander : sommes-nous face à une véritable politique institutionnelle de communication, ou à des fuites individuelles ?

La différence est considérable.

Car une fuite, si elle est établie, ne constitue plus simplement un moyen d’obtenir une information journalistique. Elle pose la question de la protection des documents administratifs, du devoir professionnel de ceux qui les détiennent et de la responsabilité de ceux qui les transmettent.

Mais il serait tout aussi dangereux de transformer cette hypothèse en accusation.

Ce qui est nécessaire, c’est une enquête, pas une condamnation.

L’homme qui semble surveiller tout le système

Une autre dimension du discours mérite d’être observée.

En tant qu’ancien responsable d’une fédération sportive, Daoudi dispose naturellement d’une connaissance du fonctionnement interne des structures sportives. C’est légitime et cela peut même être utile au débat public. Mais dans sa dernière intervention, il ne se contente plus d’évaluer son ancienne expérience. Il se présente pratiquement comme un observateur général du paysage sportif marocain.

Il parle des fédérations qui « s’affrontent », des responsables qui chercheraient à occuper des postes, de l’absence de projets, de la gestion quotidienne, des intérêts personnels et des équilibres internes dans les bureaux fédéraux.

Lorsque la critique s’élargit à ce point, le niveau d’exigence doit lui aussi s’élargir.

Celui qui critique l’ensemble du système doit distinguer clairement ce qu’il sait directement, ce qu’il a entendu, ce qu’il déduit, ce qu’il peut documenter et ce qui relève de son appréciation personnelle.

Autrement, le débat sportif risque de devenir un espace où l’information se confond avec l’opinion, l’opinion avec l’interprétation, et l’interprétation avec une vérité présentée comme définitive.

C’est là que réside la fragilité de tout discours qui se veut extrêmement audacieux.

Il peut être utile parce qu’il ouvre des dossiers.

Mais il devient problématique lorsque le public finit par considérer qu’une seule voix détient toute la vérité.

120 sportifs… mais où commence et où s’arrête la délégation ?

Le chiffre de 120 sportifs avancé par Daoudi ouvre à son tour une question plus large.

Le Comité National Olympique Marocain a confirmé la participation du Maroc à Tarente 2026, et les Jeux Méditerranéens doivent se tenir en Italie du 21 août au 3 septembre 2026.

Mais le journalisme ne peut pas s’arrêter au nombre des sportifs.

La véritable question est : quelle est la taille réelle de la délégation marocaine ?

Si 120 sportifs sont engagés, combien y aura-t-il d’entraîneurs ? Combien de médecins ? Combien de kinésithérapeutes ? Combien de préparateurs physiques ? Combien d’administrateurs ? Combien de journalistes ? Combien de photographes ? Combien d’accompagnateurs ? Et surtout, selon quels critères ont-ils été sélectionnés ?

Les chiffres, dans le sport, ne sont jamais de simples chiffres.

Chaque nom représente un coût.

Chaque billet d’avion représente un coût.

Chaque nuit d’hôtel représente un coût.

Chaque accréditation correspond à une fonction et doit pouvoir être expliquée.

C’est pourquoi l’évocation de plus de 80 accompagnateurs, si cette donnée est confirmée, ne peut être considérée comme un détail secondaire. Elle mérite une réponse officielle sous la forme d’une liste claire précisant la qualité et la fonction de chacun.

La publication de cette liste serait d’ailleurs plus efficace que toutes les polémiques.

Le problème n’est pas seulement le nombre d’accompagnateurs

Mais réduire toute l’affaire au chiffre de 80 serait également une erreur journalistique.

Il peut exister des raisons objectives justifiant une délégation importante de cadres et d’accompagnateurs. La multiplicité des disciplines, la nature des compétitions, les exigences médicales et techniques et la dispersion éventuelle des sites peuvent imposer des besoins logistiques particuliers.

Le problème commence lorsque l’explication disparaît.

La bonne gouvernance ne signifie pas nécessairement qu’il faut avoir peu d’accompagnateurs.

Elle signifie que chaque accompagnateur doit pouvoir justifier sa présence.

La vraie question est donc : que fait-il ? Pourquoi est-il là ? Quelle institution l’a désigné ? Qui prend en charge son déplacement et son séjour ? Sa mission est-elle directement liée à la délégation ?

À partir de là, le débat devient professionnel.

Transformer un chiffre isolé en scandale ou, à l’inverse, défendre ce chiffre sans fournir d’explications ne sert ni les sportifs ni le sport marocain.

D’Oran à Tarente… la mémoire ne suffit pas

Daoudi revient également sur la participation marocaine aux Jeux Méditerranéens d’Oran 2022 et évoque un bilan de 33 médailles ainsi que le classement du Maroc, en soulignant la faiblesse de la performance au regard des ambitions affichées.

Mais l’intérêt d’une comparaison ne réside pas seulement dans le nombre de médailles.

La vraie question est : qu’est-ce qui a changé depuis Oran ?

Les méthodes de préparation ont-elles changé ?

Les systèmes de détection des talents ont-ils évolué ?

La relation entre fédérations et clubs s’est-elle améliorée ?

Les modes de financement de la préparation ont-ils été réformés ?

Les résultats sont-ils désormais associés à des indicateurs de performance précis ?

Et surtout, la participation précédente a-t-elle fait l’objet d’une véritable évaluation avant de construire la nouvelle ?

Si ces questions restent sans réponse, augmenter les attentes autour de Tarente relève davantage de l’espoir que de la planification.

Daoudi pose une bonne question… mais laisse une autre question sans réponse

L’une des dimensions les plus fortes de son discours est son refus d’une gestion du sport fondée sur la simple participation. Il appelle à une vision stratégique, éloignée des intérêts personnels et des équilibres internes.

Sur le principe, cette exigence est difficilement contestable.

Mais une autre question s’impose à l’auteur du discours lui-même.

Si les dysfonctionnements sont aussi importants, si les fédérations souffrent d’autant de conflits, si le système a besoin d’un changement aussi profond, pourquoi ces observations ne sont-elles pas transformées en dossiers documentés, avec des décisions précises, des dates, des chiffres et des responsabilités clairement établies ?

C’est là que le discours rencontre la responsabilité.

Parler de « gestion anarchique » est facile.

Démontrer les mécanismes de cette anarchie exige des documents.

Parler d’« intérêts personnels » est facile.

Établir un conflit d’intérêts exige des éléments vérifiables.

Parler d’« équilibres » est facile.

Démontrer leurs mécanismes exige des preuves.

C’est à ce niveau que le débat sportif doit sortir du registre des vidéos et des déclarations pour entrer dans celui de l’enquête véritable.

Et la question la plus sensible : qui fournit l’information à qui ?

Si l’on établissait que des documents administratifs non publiés parviennent à des personnes extérieures à l’administration qui les produit ou les conserve, le dossier dépasserait alors largement le cadre d’une polémique sportive.

Il deviendrait une question de confidentialité des documents, de devoir professionnel des agents concernés, de règles de circulation de l’information administrative et de responsabilité de tous ceux qui participent à sa transmission.

Mais une nouvelle fois, il serait contraire à toute rigueur journalistique d’affirmer que des fonctionnaires ou des responsables administratifs transmettent des documents comme un fait établi en l’absence de preuves.

Ce que l’on peut dire professionnellement, c’est que le niveau de détail qui apparaît dans certains discours justifie que la question soit posée.

À l’institution d’y répondre.

À la presse de questionner.

Au public de savoir.

Mais à personne de transformer un soupçon en condamnation avant vérification.

C’est précisément la frontière entre le journalisme rigoureux et la diffamation.

Le sport marocain n’a pas besoin d’un « tuteur »

Une autre dimension mérite d’être interrogée : la nature du rôle que Daoudi semble désormais s’attribuer dans le débat sportif.

Il n’y a rien de problématique à ce qu’un ancien responsable s’exprime.

Il n’y a rien de problématique à ce qu’il critique.

Il n’y a rien de problématique à ce qu’il formule des propositions.

Mais lorsque le discours devient une évaluation globale des fédérations, du Comité olympique, de l’administration sportive, des résultats, des délégations, des incitations financières et de la gouvernance, il devient légitime de demander : sommes-nous encore face à une voix critique, ou assistons-nous à l’installation d’une forme de tutelle morale sur le sport marocain ?

Le sport marocain n’a pas besoin de nouveaux tuteurs.

Il a besoin d’institutions fortes.

De règles publiques.

D’informations accessibles.

De responsables évalués sur leurs résultats.

Et, pourquoi pas, d’une véritable opposition sportive professionnelle, dont la mission serait de révéler les dysfonctionnements plutôt que de prétendre détenir la vérité.

Lorsque publier la liste devient plus puissant que répondre

La solution est peut-être beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.

Si les informations qui circulent sur la délégation sont exactes, que les responsables publient la liste officielle.

Si elles sont inexactes, qu’ils publient la bonne liste.

Si les chiffres sont provisoires, qu’ils le disent.

Et si certains noms ont été intégrés uniquement pour les besoins des procédures de visa ou d’accréditation, qu’ils l’expliquent.

La moitié de la polémique disparaîtrait immédiatement.

C’est le vide informationnel qui fabrique les récits.

Lorsque l’information officielle manque, d’autres voix occupent l’espace, chacune selon ses sources, ses interprétations et ses propres objectifs.

C’est précisément là que la transparence cesse d’être un slogan pour devenir une nécessité.

Tarente n’est pas seulement une compétition sportive

Les Jeux Méditerranéens de Tarente ne constituent pas un événement secondaire. Ils représentent une échéance internationale importante et une occasion de mesurer le niveau réel de la préparation sportive marocaine.

La participation marocaine mérite donc davantage qu’un simple décompte de médailles.

Elle mérite un projet.

Elle mérite une communication institutionnelle claire.

Elle mérite une délégation dont la composition puisse être expliquée.

Elle mérite que les champions soient protégés des conflits qui opposent les adultes.

Elle mérite également un journalisme sportif qui ne soit pas seulement la vitrine de la délégation, mais un véritable regard indépendant capable d’observer, de transmettre et de questionner.

Surtout, elle mérite de devenir un instrument d’évaluation du sport marocain, et non une nouvelle occasion de voir s’affronter anciens et actuels responsables.

Au fond… la question n’est pas Daoudi

Il serait facile de transformer ce dossier en affrontement personnel entre Mohamed Daoudi, le Comité National Olympique Marocain ou l’administration sportive.

Ce serait probablement la pire manière de traiter le sujet.

Parce que l’affaire dépasse largement une personne.

Daoudi n’est pas nécessairement le problème, tout comme le Comité olympique ne peut être désigné automatiquement comme la source de tous les dysfonctionnements.

Le véritable problème est celui d’un système dans lequel l’information officielle reste parfois insuffisamment accessible, au point que celui qui détient une information non officielle peut devenir plus puissant dans le débat public que l’institution elle-même.

Le véritable problème est celui d’un système qui n’a pas encore fait de la transparence une règle automatique : un système dans lequel un journaliste ne devrait pas avoir à attendre une fuite pour savoir comment se constitue une délégation nationale, qui accompagne les sportifs, sur quelle base les personnes sont sélectionnées et selon quels mécanismes les ressources sont engagées.

Si Daoudi dispose de documents révélant de véritables dysfonctionnements, il lui appartient de les mettre à la disposition du public ou des autorités compétentes, en distinguant clairement les documents, les opinions et les interprétations.

Si ses informations proviennent de personnes travaillant au sein de l’administration, il appartient alors à l’administration de s’interroger elle-même : comment ces informations sont-elles sorties ? Qui en est responsable ? Les règles de confidentialité professionnelle ont-elles été respectées ?

Et si tout ce qui est dit relève uniquement de son analyse personnelle, il a parfaitement le droit de l’exprimer, mais le public doit savoir qu’il s’agit d’une lecture et non d’une vérité institutionnelle.

C’est ici que la question revient à son point de départ :

Qui détient réellement l’information dans le sport marocain ?

L’institution, qui la rend publique de manière transparente ?

Ou des réseaux informels, qui la font circuler jusqu’à ceux capables de la transformer en discours public ?

C’est là la véritable question cachée derrière l’histoire des « 120 sportifs » et des « 80 accompagnateurs ».

La prochaine bataille de Tarente ne se jouera pas uniquement sur les terrains.

Il y en aura une autre, en dehors des stades : la bataille de la confiance.

Et la confiance ne se construit ni avec des déclarations, ni avec des fuites, ni avec des vidéos.

Elle se construit lorsque les chiffres sont publiés, que les listes sont claires, que les responsabilités sont identifiées, que l’argent public peut être retracé et que l’information est accessible à tous selon les mêmes règles.

Car lorsque quelqu’un semble capable de connaître ce que le public ignore, et de mettre tout le monde en accusation sans que l’on sache clairement d’où viennent ses informations, la vraie question n’est plus :

« Que dit Mohamed Daoudi ? »

Elle devient :

« Qui parle derrière Mohamed Daoudi ? »

Et cette question ne s’adresse pas seulement à l’homme.

Elle s’adresse également à l’institution qui permettrait à l’information de sortir par sa porte dérobée, tandis que sa porte officielle resterait fermée au public.

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