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“El Khattaba”… la comédie de l’Aïd qui fait rire le Maroc tout en révélant, derrière le rire, ses douleurs silencieuses

Dans les soirées de l’Aïd, lorsque les rues marocaines se remplissent de familles en quête d’un moment de respiration au milieu des pressions du quotidien, les salles de cinéma deviennent parfois bien plus qu’un simple espace de divertissement. Elles se transforment en refuge collectif, où l’on vient chercher un rire sincère capable d’alléger, ne serait-ce que temporairement, le poids du coût de la vie, des tensions sociales et des incertitudes du présent. C’est dans ce climat particulier que le réalisateur et acteur عبد الله فركوس revient avec sa nouvelle comédie الخطّابة, programmée pour une sortie coïncidant avec l’Aïd al-Adha, comme s’il avait saisi ce besoin profond d’un cinéma capable de divertir tout en reflétant, en filigrane, les réalités du pays.

Ce film, projeté dans les salles marocaines à l’occasion de la fête, ne se limite pas à une nouvelle proposition comique. Il s’inscrit dans une continuité artistique où Ferkous explore depuis des années les contradictions du quotidien marocain : entre désir de légèreté et poids des contraintes sociales, entre traditions persistantes et mutations rapides des modes de vie. À travers un titre populaire et évocateur, “El Khattaba”, le film semble ouvrir une porte sur des dynamiques sociales sensibles liées au mariage, à la famille, à la pression économique et aux représentations sociales qui encadrent encore fortement les choix individuels.

Au-delà de son aspect humoristique, l’œuvre se distingue également par un geste symbolique fort : l’hommage rendu à la grande actrice فضيلة بنموسى. Dans une industrie où la mémoire artistique est souvent éclipsée par la logique de l’instant et de la visibilité rapide, ce choix réaffirme l’importance des trajectoires longues, de celles et ceux qui ont façonné l’imaginaire collectif marocain bien avant l’ère des plateformes numériques. Ce type de reconnaissance, intégré à une œuvre grand public, rappelle que le cinéma peut aussi être un espace de transmission et de gratitude.

Le film réunit par ailleurs plusieurs figures du paysage artistique marocain, notamment عبد الخالق فهيد, جواد السايح, مهدي تيكيتو, سهام سستا, كلثوم النازي et أمنية أبو تراب, ainsi que des invités comme بشرى أهريش et مهدي بلعياشي. Cette distribution traduit une volonté d’équilibre entre générations, entre figures confirmées et visages plus récents du cinéma comique marocain.

Mais derrière le rire et la légèreté apparente, le film renvoie à une question plus large : celle de la place du cinéma marocain dans une société en pleine transformation. La comédie, loin d’être un simple divertissement, devient ici un indicateur social. Elle révèle un besoin collectif d’évasion, mais aussi une forme de résistance psychologique face à un quotidien de plus en plus exigeant.

Dans ce contexte, le succès potentiel de “El Khattaba” dépasse la seule logique artistique ou commerciale. Il interroge la capacité du cinéma national à continuer de remplir les salles dans un paysage dominé par les plateformes numériques et les contenus globaux. Si le public marocain se déplace encore massivement vers les salles lors des grandes occasions, c’est peut-être parce que le cinéma conserve une dimension collective irremplaçable, un espace où le rire devient une expérience partagée.

Au fond, “El Khattaba” ne pose pas seulement la question de son succès. Il laisse surtout ouverte une interrogation plus profonde : celle de savoir si le cinéma marocain peut encore être ce miroir vivant de la société, capable de faire rire, mais aussi de révéler, en silence, ce que le quotidien ne dit pas toujours à voix haute.

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