lundi, novembre 2, 2026
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Marrakech 2026 : le Festival international du film entre rayonnement mondial et ambition de structurer l’industrie cinématographique

La ville de Marrakech s’apprête à accueillir, du 20 au 28 novembre 2026, la vingt-troisième édition de son Festival international du film. Au-delà de l’attractivité artistique et de la présence de grandes figures du cinéma mondial, cette nouvelle édition met en évidence une orientation de plus en plus affirmée : faire du Festival un espace qui associe rayonnement culturel, accompagnement des projets et développement des relations professionnelles au sein de l’industrie cinématographique internationale.

Le choix de l’actrice française Marion Cotillard à la présidence du jury constitue l’un des principaux marqueurs de cette édition. Sa présence témoigne de la capacité du Festival à attirer des personnalités de premier plan et à consolider son positionnement dans le paysage cinématographique international. Mais l’enjeu ne se limite pas à la dimension symbolique de cette nomination. Le jury aura également la responsabilité d’évaluer les œuvres en compétition officielle et de décerner les prix de cette édition, dans un espace de confrontation entre des sensibilités, des expériences et des approches cinématographiques différentes.

En parallèle de cette dimension artistique, l’attention se porte sur les Ateliers de l’Atlas, dont la neuvième édition, prévue du 22 au 26 novembre à Marrakech, sera présidée par le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho. Ce choix prend tout son sens au regard de la vocation de ces ateliers : accompagner les projets à différents stades de leur développement et de leur réalisation, tout en les mettant en relation avec des compétences, des réseaux et des opportunités issus de l’industrie internationale.

Les chiffres annoncés donnent une mesure de l’ampleur de cette initiative et de son ouverture géographique. Trente projets et films issus de 14 pays ont été sélectionnés parmi 410 candidatures. La sélection comprend 14 projets en développement, 11 films en production ou en postproduction, ainsi que cinq projets marocains présentés dans la section « Atlas Close-Ups ». Ces données ne traduisent pas uniquement une opération de sélection. Elles révèlent également l’importance croissante des plateformes professionnelles capables de faire évoluer un projet depuis sa conception jusqu’aux étapes de réalisation, de financement et de distribution.

La dimension marocaine apparaît plus particulièrement à travers le programme « Atlas Station », qui a retenu huit professionnels marocains pour bénéficier d’un parcours consacré au développement des compétences, à la formation et aux rencontres avec des experts internationaux. À cette initiative s’ajoute l’accompagnement de cinq courts métrages marocains en phase de postproduction, avec une attention particulière portée au montage final et à la distribution.

L’intérêt de ces dispositifs dépasse le nombre de bénéficiaires concernés. Il renvoie à une question plus large : celle de la place des compétences marocaines dans l’industrie cinématographique et de leur capacité à transformer une expérience de production en véritable parcours professionnel. Le talent et la capacité à produire ne suffisent pas, à eux seuls, à garantir la continuité d’un projet ni sa circulation sur les marchés. Les étapes qui suivent la production, notamment la finalisation artistique, la recherche de distributeurs et l’accès aux réseaux professionnels, restent déterminantes pour l’avenir des œuvres. Sous cet angle, l’accompagnement des courts métrages et des projets marocains vise à réduire une partie de l’écart entre la production nationale et les conditions de circulation du cinéma au-delà des frontières.

Les rencontres professionnelles consacrées à la distribution cinématographique, qui devraient réunir près de 60 professionnels d’Afrique, du monde arabe et d’Europe, ajoutent une dimension stratégique aux Ateliers de l’Atlas. La distribution demeure en effet l’un des principaux défis auxquels sont confrontées de nombreuses productions, notamment les œuvres indépendantes qui ne disposent pas toujours de réseaux suffisamment structurés pour assurer leur promotion et leur diffusion. Un film ne termine pas son parcours avec la fin du tournage ou sa première projection. Sa capacité à rencontrer les distributeurs, les festivals, les plateformes et, finalement, son public conditionne également sa durée de vie et sa portée.

Pris dans leur ensemble, ces choix traduisent une évolution progressive de la fonction du Festival. Celui-ci ne se limite plus à célébrer le cinéma et à accueillir ses grandes figures. Il cherche également à intervenir dans certaines étapes de son écosystème, à travers la formation, l’accompagnement des projets et la mise en relation des réalisateurs, producteurs et professionnels avec des réseaux de coopération internationale. Cette orientation revêt une importance particulière pour les cinémas marocain et africain, qui ont besoin de possibilités plus larges d’intégration dans les circuits de production, de distribution et de commercialisation, au-delà de la seule présence dans les manifestations cinématographiques.

La portée réelle de cette ambition dépendra toutefois de ce que ces programmes pourront produire au-delà des journées du Festival. Les formations, les rencontres et les sélections devront pouvoir se traduire par des projets achevés, des accords professionnels et de véritables perspectives de distribution. Le rayonnement international confère à Marrakech une place importante, mais la consolidation de cette position suppose que cette visibilité contribue également au développement de l’industrie cinématographique et permette aux talents marocains de franchir le passage entre la vitrine festivalière et le marché de la production et de la distribution.

Entre la présidence de Marion Cotillard à la tête du jury, le choix de Kleber Mendonça Filho pour diriger les Ateliers de l’Atlas et le renforcement des dispositifs destinés aux projets marocains, l’édition de novembre 2026 apparaît ainsi comme une nouvelle occasion de mesurer la capacité du Festival de Marrakech à réunir deux ambitions complémentaires : faire venir le monde du cinéma dans la ville ocre et donner au cinéma marocain et africain des moyens supplémentaires pour aller à sa rencontre.

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