dimanche, novembre 1, 2026
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La MINURSO entre le veto russe et le projet américain : que révèle le débat de « Radar » sur la nouvelle phase du dossier du Sahara marocain ?

Lecture analytique des interventions des invités marocains, russes et américains, des divergences d’interprétation sur l’avenir de la mission onusienne et des limites du changement intervenu au Conseil de sécurité.

L’intérêt de l’émission « Radar », diffusée par Sky News Arabia sous le titre « Sahara marocain : que signifie l’échec du renouvellement du mandat de la MINURSO ? », ne réside pas simplement dans la présentation du veto russe ou dans l’explication des raisons pour lesquelles les projets de résolution américain et russe n’ont pas été adoptés. Ce qui mérite une lecture plus approfondie, c’est la confrontation, au sein d’un même débat télévisé, de plusieurs visions de ce qui s’est produit au Conseil de sécurité et de ses conséquences possibles : une lecture marocaine qui s’appuie sur l’évolution du cadre international du règlement, une lecture russe qui examine le projet américain à travers les rapports de force au sein du Conseil et le principe de non-imposition d’une issue politique, et une lecture américaine qui considère que le maintien d’une mission portant le nom du référendum, après plus de trois décennies sans organisation de celui-ci, ne correspond plus à la réalité du processus politique.

L’émission, d’une durée d’environ vingt-sept minutes, n’a donc pas été un simple échange de positions officielles. Les interventions de ses invités, parmi lesquels le professeur marocain Tajeddine El Houssaini, professeur de science politique, ainsi que l’intervenant russe Mahmoud Afandi et l’intervenant américain Robert Repel, ont permis de comparer les différentes interprétations du vote, les messages portés par le projet américain et les raisons avancées par Moscou pour justifier son veto. Mais la valeur de ce débat ne se limite pas à ce que les invités ont déclaré. Elle tient aussi à ce qu’il convient de soumettre leurs arguments à l’examen : le veto russe constituait-il une défense de la MINURSO dans sa forme ancienne ou une opposition à sa restructuration selon une conception américaine ? L’échec du renouvellement signifie-t-il réellement la fin de la mission, ou ouvre-t-il une période d’incertitude juridique et politique ? Et qu’est-ce qui a changé dans la position de l’initiative marocaine d’autonomie après ce vote ?

Ce sont ces questions qui doivent guider notre lecture de l’émission, plutôt que de transformer les interventions en une simple compilation de déclarations ou de les reproduire sous la forme d’un article d’actualité.

Un double vote : aucun projet ne l’emporte, mais une divergence plus profonde apparaît

Le fait central autour duquel s’est articulé le débat est la séance du Conseil de sécurité du 30 octobre 2026. Les États-Unis ont présenté un projet de résolution visant à proroger le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2027, tout en modifiant son appellation à compter du 1er novembre pour la désigner comme « Mission des Nations unies au Sahara occidental » (MINUSO), et en introduisant des changements dans la nature de sa mission et dans le cadre politique du processus.

Le projet a obtenu onze voix favorables, mais il a été bloqué par le veto russe, tandis que trois membres se sont abstenus.

La Russie a ensuite présenté un projet concurrent prévoyant une prorogation d’un an du mandat de la MINURSO, tout en maintenant son nom et sa structure existante. Ce texte n’a recueilli que trois voix favorables, contre une voix américaine défavorable et onze abstentions.

Une lecture superficielle pourrait laisser penser que la Russie a bloqué le projet américain avant d’échouer, à son tour, à faire adopter son propre texte. C’est exact sur le plan procédural, mais insuffisant pour comprendre la portée de ce qui s’est produit. Le projet américain n’a pas échoué faute de soutien : il a été bloqué par l’opposition d’un membre permanent. Le projet russe, en revanche, n’a pas réussi à réunir une majorité au sein du Conseil, révélant que Moscou, malgré son pouvoir de veto, n’a pas pu transformer son opposition en consensus international autour du retour à la formule antérieure de la MINURSO.

La différence est fondamentale. Le veto russe a empêché l’adoption d’une nouvelle conception américaine, mais il n’a pas donné à la Russie un mandat international pour imposer sa propre alternative. Inversement, l’échec du projet russe ne signifie pas que les membres du Conseil ont automatiquement adopté la vision américaine. Il existe une différence entre voter contre un texte et approuver le projet concurrent. De même, une abstention ne saurait être assimilée à un soutien politique à l’une ou l’autre des parties.

Ce détail est essentiel pour comprendre le débat de « Radar ». Il ne s’agissait pas d’une confrontation entre un projet américain bénéficiant d’un consensus et un projet russe rejeté par la communauté internationale. Il s’agissait de deux approches qui n’ont réussi ni l’une ni l’autre à obtenir l’adoption d’une résolution. La conséquence immédiate a été l’entrée du mandat de la mission dans une situation de non-renouvellement, après son expiration le 31 octobre 2026.

Les éléments publiés sur la séance du Conseil de sécurité confirment que les deux projets n’ont pas été adoptés et que l’avenir de la mission est entré dans une phase d’incertitude. Le rapport de Security Council Report montre également que le projet américain a fait l’objet de plusieurs étapes de négociation et de révision avant le vote, sa version finale étant différente de la première mouture.

L’intervention marocaine : lire le changement à partir du nouveau cadre politique

L’intervention du professeur marocain Tajeddine El Houssaini, professeur de science politique, occupe une place importante dans le débat, dans la mesure où elle ne traite pas la MINURSO comme une institution onusienne isolée de l’évolution politique du dossier. Elle cherche plutôt à relier l’avenir de la mission aux changements intervenus dans les références du Conseil de sécurité et à l’évolution des positions d’un nombre croissant de pays à l’égard de l’initiative marocaine d’autonomie sous souveraineté du Royaume.

La question centrale de cette lecture marocaine est que la MINURSO a été créée en 1991 pour mettre en œuvre un plan de règlement dont le référendum constituait l’un des piliers fondamentaux. Or, ce référendum n’a jamais été organisé. Le processus s’est heurté, dès ses premières années, à des désaccords complexes sur la détermination du corps électoral et les critères de participation. Le différend politique s’est prolongé pendant des années, tandis que la mission est progressivement devenue un élément du dispositif de gestion de la situation sur le terrain et de surveillance du cessez-le-feu.

Trente-cinq années sans réalisation de l’objectif initial placent nécessairement la question de l’efficacité de la mission au centre de tout débat sur son avenir. Mais cette question ne suffit pas à définir l’alternative. L’échec du référendum ne conduit pas automatiquement à un règlement politique, pas plus que le non-renouvellement du mandat ne signifie que le différend est juridiquement terminé ou que toutes les questions liées à celui-ci sont définitivement réglées.

Le changement qui mérite le plus d’attention dans la lecture marocaine est la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025. Cette résolution ne s’est pas limitée à une prorogation technique du mandat de la MINURSO. Elle a inscrit l’initiative marocaine d’autonomie dans le cadre de référence des négociations et a indiqué qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pourrait constituer l’issue la plus réalisable. Elle a également demandé au Secrétaire général de procéder à un examen stratégique de l’avenir de la mission, en tenant compte de l’évolution du processus politique.

Ainsi, le débat sur la MINURSO ne peut plus être séparé de la question de sa fonction et de la pertinence du maintien de son nom et de ses missions dans leur forme actuelle, alors que le cadre politique de discussion du dossier au Conseil de sécurité a évolué.

Il faut toutefois distinguer ce que la résolution 2797 a effectivement établi de ce qu’elle n’a pas décidé. Elle n’a pas déclaré la fin du différend, n’a pas imposé un règlement définitif et n’a pas transformé l’initiative d’autonomie en un accord politique achevé entre les parties. Elle a renforcé la place de l’initiative marocaine dans le cadre des négociations et ouvert la voie à un réexamen de l’avenir de la mission, tout en laissant le processus politique dépendre des négociations et des décisions ultérieures.

Cette distinction ne diminue en rien l’importance de l’évolution diplomatique marocaine. Elle protège au contraire la lecture nationale contre toute interprétation excessive des faits. La solidité de la position marocaine ne nécessite pas d’attribuer à une résolution ou à un vote international une portée que son texte ne lui confère pas.

Moscou : le veto ne signifie ni adhésion à la position marocaine ni défense du Polisario

L’intervention russe est l’une des séquences de l’émission qui exige le plus de recul analytique. Le veto de Moscou ne peut être interprété simplement comme une opposition au Maroc. Il ne peut pas davantage être considéré comme un soutien indirect à la position marocaine.

L’intervenant russe, Mahmoud Afandi, a présenté une lecture fondée sur les objections de Moscou à la formulation du projet américain et à ce qu’elle considère comme une anticipation du résultat du processus politique et une restructuration d’une mission onusienne sans consensus au sein du Conseil de sécurité. Cet argument mérite attention : la Russie n’a pas présenté de projet alternatif visant à soutenir l’initiative marocaine d’autonomie et n’a pas voté en faveur du texte américain. Elle a défendu un texte prévoyant la prorogation de la MINURSO sous sa forme connue, en maintenant son nom et son cadre onusien antérieur.

Mais l’analyse de la position russe ne peut s’arrêter à ses déclarations officielles. Le Conseil de sécurité n’est pas un espace détaché de la compétition entre les grandes puissances. L’utilisation du veto s’inscrit dans des calculs plus larges concernant la place des États-Unis au sein du Conseil et le droit des membres permanents de bloquer des décisions dont ils contestent l’orientation ou la formulation. Cette dimension peut contribuer à expliquer le comportement russe, mais elle ne prouve pas, à elle seule, que Moscou a pris sa décision en raison de considérations extérieures au dossier du Sahara marocain.

Ce qui mérite d’être souligné dans l’intervention russe est la différence entre le rejet du contenu du projet américain et l’attachement au maintien de la MINURSO. Si l’objectif unique de la Russie avait été de préserver l’existence de la mission, son projet concurrent aurait logiquement dû obtenir un soutien plus large. Or, le résultat a été tout autre : trois voix seulement ont soutenu le texte russe, tandis que onze membres se sont abstenus.

Cela ne signifie pas que les États abstentionnistes ont adopté le projet américain. Mais le résultat révèle que Moscou n’a pas réussi à convaincre le Conseil que la prorogation de la mission sous sa forme ancienne constituait la sortie acceptable de la crise. Elle a pu bloquer un projet, mais n’a pas réussi à imposer une alternative.

Il importe également de rappeler que l’opposition russe ne portait pas uniquement sur le changement de nom de la mission. Le projet américain final comportait des modifications relatives au cadre politique des négociations, à la révision de la structure de la mission et à ses ressources. Les premières versions du texte allaient plus loin dans la transformation de la MINURSO en une mission politique, avant que la formulation ne soit révisée au cours des négociations.

Quant aux hypothèses d’un marchandage russo-américain ou d’un accord non déclaré lié à d’autres dossiers internationaux, les informations publiquement disponibles ne permettent pas de les établir. Elles peuvent être évoquées comme des hypothèses dans l’analyse du comportement des grandes puissances, mais ne doivent pas être présentées comme des faits avérés.

La lecture marocaine doit donc aborder la position russe avec réalisme. L’opposition de Moscou à un projet américain ne constitue pas la preuve d’une hostilité russo-marocaine, pas plus qu’elle ne représente un service politique rendu au Maroc. La Russie a agi selon sa propre appréciation de ses intérêts et de sa position au Conseil de sécurité. Le Maroc doit, pour sa part, évaluer les positions des États à partir de leurs conséquences concrètes, et non à travers les impressions ou les attentes.

Washington : reconnaître l’échec du référendum et tenter de redéfinir la mission

Dans l’intervention américaine, un argument différent de celui avancé par la Russie est apparu. L’intervenant américain Robert Repel est parti du constat que la MINURSO a été créée en 1991 pour organiser un référendum qui n’a jamais eu lieu, et que le processus s’est heurté dès ses premières années aux désaccords sur la détermination des personnes habilitées à participer au vote. Après plus de trois décennies, le maintien d’une mission dont le nom renvoie à un objectif non réalisé soulève nécessairement la question de la pertinence du cadre institutionnel existant.

Cet argument n’est pas nouveau dans le débat international, mais il a pris un poids supplémentaire avec la résolution 2797, puis avec l’examen stratégique demandé par le Conseil de sécurité au Secrétaire général. Dans son dernier projet, Washington ne s’est pas contentée de proposer une prorogation du mandat. Elle a tenté de faire de cette prorogation le point de départ d’une transformation de l’identité de la mission et de sa place dans le processus politique.

L’intervention américaine prend toute son importance lorsqu’on la confronte au texte final du projet. Washington proposait de remplacer le nom de la MINURSO par celui de « Mission des Nations unies au Sahara occidental » (MINUSO), de proroger son mandat jusqu’au 31 octobre 2027 et de demander des propositions sur sa structure, ses effectifs et ses ressources avant le 30 janvier 2027. Le projet plaçait également l’initiative marocaine d’autonomie au centre des négociations et présentait une véritable autonomie sous souveraineté marocaine comme l’issue la plus réalisable.

Il s’agit d’une évolution politique importante pour le Maroc, mais elle ne doit pas être interprétée indépendamment de la procédure onusienne. Le projet américain n’est pas devenu une résolution, puisqu’il a été bloqué par le veto russe. En outre, contrairement à la première mouture américaine, le texte final n’a pas définitivement tranché la transformation de la mission en une mission politique spéciale et n’a pas fixé de date précise pour la fin de sa présence. Une partie de son avenir a été laissée aux propositions du Secrétaire général et à l’évolution du processus politique.

La distinction entre la première mouture et le texte final est donc essentielle. Les confondre reviendrait à présenter le projet américain comme s’il avait conservé, jusqu’au vote, toutes les dispositions initialement envisagées. Le rapport de Security Council Report montre que la première version était plus explicite dans sa description de l’initiative marocaine et prévoyait une transformation plus nette de la mission en une structure politique, avant que le texte ne soit révisé au cours des consultations.

Par ailleurs, les déclarations du représentant américain après le vote, notamment sa critique du veto utilisé pour préserver la lettre « R » de l’appellation de la mission, en référence au référendum, révèlent que Washington voulait présenter le débat comme une opposition entre le maintien d’une appellation liée à un processus non réalisé et la modernisation d’une mission appelée à s’adapter à la réalité politique. Mais ce discours américain ne change rien au fait que toute modification du mandat d’une mission onusienne reste soumise à une décision du Conseil de sécurité. La volonté de Washington ne peut, à elle seule, devenir une réalité institutionnelle.

Ce qui n’a pas été suffisamment débattu : l’examen stratégique et les fonctions réelles de la MINURSO

Parmi les éléments qui méritent un examen plus approfondi figure le document consacré à l’examen stratégique de l’avenir de la MINURSO, transmis au Conseil de sécurité le 13 octobre 2026 sous la référence S/2026/811, conformément à la résolution 2797.

Ce document est important parce qu’il dépasse l’alternative entre le maintien de la mission et sa suppression. Il présente au Conseil plusieurs scénarios. Il examine notamment la poursuite des négociations ou le maintien de l’impasse, la possibilité de redimensionner les effectifs, les missions et les moyens de la MINURSO, y compris une réduction du nombre d’observateurs militaires et le recours à des équipes mobiles de vérification et à des moyens techniques de surveillance et d’analyse. Il aborde également le scénario d’un accord politique et les tâches transitoires qui pourraient en découler, notamment la mise en œuvre de l’accord, le retour des réfugiés, le désarmement, la démobilisation et la réintégration.

Cet examen montre que l’avenir de la MINURSO faisait déjà l’objet d’une réflexion institutionnelle avant le dernier vote. Le Conseil de sécurité était donc confronté à une question plus large qu’un simple renouvellement annuel. Le document reconnaît les difficultés qui entravent le travail de la mission, notamment les désaccords politiques persistants, les restrictions à la liberté de mouvement, l’évolution des conditions de sécurité ainsi que les contraintes techniques et financières.

Il est également important de ne pas réduire le rôle de la MINURSO à la seule question du référendum. Au cours des dernières années, la mission a exercé des fonctions liées à la surveillance du cessez-le-feu, au suivi des incidents militaires, aux communications entre les parties, à la prévention de l’escalade et à certaines activités de déminage et de sensibilisation aux dangers des mines. Ces fonctions ne signifient pas que la mission a réussi à résoudre le différend. Elles montrent toutefois que l’expiration de son mandat soulève des questions opérationnelles qui dépassent le changement de nom ou le retrait de ses équipes.

En l’absence d’un mécanisme de surveillance onusien, quelle alternative garantira le suivi des évolutions sur le terrain ? Comment seront traités les incidents que la mission enregistrait et signalait aux Nations unies ? Quelles garanties permettront d’éviter les erreurs d’appréciation ou une escalade dans une zone qui a longtemps été soumise à des arrangements de cessez-le-feu ?

Ces questions ne diminuent pas la portée de la position marocaine et ne contredisent pas la revendication de mettre fin à une mission dont les justifications initiales ont perdu leur pertinence. Elles concernent la gestion de la prochaine étape, la responsabilité de l’État dans la protection de sa sécurité et de son intégrité territoriale, ainsi que la prévention de tout vide susceptible d’être exploité par les autres parties pour raviver les tensions.

Il ne serait pas davantage fondé de considérer l’expiration du mandat comme une autorisation automatique de modifier tous les arrangements sur le terrain ou de s’affranchir des engagements existants. Les questions relatives à la zone tampon, au déploiement militaire et au cessez-le-feu relèvent de références et d’appréciations spécifiques. Elles ne sont pas réglées par la seule expiration du mandat onusien.

Le communiqué royal : passer de la gestion du dossier à la transformation de ses paramètres

Le communiqué du Cabinet royal publié le 30 octobre ne s’est pas limité à exprimer la satisfaction du Maroc face au non-renouvellement du mandat de la MINURSO. Il a inscrit cet événement dans une vision politique plus large, qui entend passer d’une logique de gestion du dossier à une approche visant à en transformer les paramètres. Il considère que le non-renouvellement doit conduire au retrait de la mission, de ses personnels, de ses équipements et de ses symboles dans les jours suivants.

Le communiqué a également appelé à mettre fin à la soumission périodique du dossier au Conseil de sécurité, ainsi qu’à la poursuite des réunions régulières, rapports et briefings onusiens qui lui sont consacrés. Il a annoncé que des démarches similaires seraient entreprises au sein d’autres organes des Nations unies. Dans le même temps, le Maroc a réaffirmé son attachement au cessez-le-feu, à la protection de son intégrité territoriale et de sa sécurité nationale, ainsi qu’à la poursuite de la dynamique diplomatique aux niveaux bilatéral et régional.

Cette formulation porte un message politique clair : Rabat ne souhaite pas que le non-renouvellement du mandat soit interprété comme un simple blocage procédural au Conseil de sécurité. Le Royaume le considère comme une étape dans un processus plus large de redéfinition de la manière dont la communauté internationale traite la question du Sahara marocain.

Toutefois, une lecture juridique exige de distinguer la position marocaine de ses conséquences institutionnelles au sein des Nations unies. Le communiqué royal exprime l’orientation de l’État marocain et les démarches qu’il entend entreprendre. Mais il ne constitue pas, à lui seul, une décision onusienne retirant automatiquement le dossier de l’ordre du jour du Conseil de sécurité. De même, l’absence d’une nouvelle résolution n’annule pas automatiquement les résolutions antérieures et ne met pas fin à la compétence du Conseil pour examiner la question, d’autant que la résolution 2797 indique expressément que le Conseil demeure saisi du dossier.

Cette distinction est essentielle dans l’analyse des interventions de l’émission. Lorsqu’on parle de la fin de la MINURSO, il faut préciser ce que l’on entend : s’agit-il de l’expiration du mandat fixé jusqu’au 31 octobre 2026 ? De la fin de la présence de la mission sur le terrain ? De la disparition du mécanisme de surveillance ? Ou de la fin du processus politique onusien ? Ces quatre questions sont liées, mais elles ne se confondent pas et ne produisent pas les mêmes effets juridiques.

Le Maroc a clairement exprimé sa position concernant la présence de la mission et la soumission périodique du dossier au Conseil. Mais la traduction de cette position en arrangements onusiens et opérationnels dépendra des démarches des institutions concernées, ainsi que des décisions des États membres et des parties.

Les réfugiés des camps de Tindouf : un dossier qui ne peut rester en marge du débat

Un autre sujet mérite une attention particulière dans la discussion sur l’avenir de la MINURSO : la situation des réfugiés dans les camps de Tindouf, notamment la question de leur enregistrement et de leur recensement sous la supervision du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Le projet américain comportait des références à cette question, qui dépasse le débat sur le nom de la mission ou la prorogation de son mandat. L’absence de données précises et actualisées sur le nombre des réfugiés, leur situation et leurs besoins affaiblit la capacité des institutions internationales à planifier l’action humanitaire. Elle rend également plus complexe le débat politique sur la représentation, le retour et l’avenir des personnes concernées.

Le recensement ne doit pas être présenté comme une simple opération technique. Les données démographiques et humanitaires sont liées aux droits des personnes, aux responsabilités internationales et à la possibilité de construire une vision réaliste de tout règlement futur. Toute transition vers une nouvelle étape devrait donc placer la protection des réfugiés et leurs conditions de vie au cœur des préoccupations, sans instrumentaliser leur situation dans le débat politique.

Ce que l’émission a révélé et les questions qu’elle a laissées ouvertes

La principale révélation de l’émission « Radar » est que le dernier vote n’était pas un simple désaccord sur la prorogation d’un mandat onusien pour une année supplémentaire. Il constituait un test pour l’avenir d’un dispositif international mis en place en 1991, à un moment où les références politiques à partir desquelles le Conseil de sécurité examine le dossier ont évolué.

L’intervenant marocain, le professeur Tajeddine El Houssaini, a lu cette évolution à travers le renforcement de la position internationale de l’initiative marocaine d’autonomie. L’intervenant russe a présenté les objections de Moscou à partir du refus de la formulation américaine et des rapports de force au Conseil de sécurité. L’intervenant américain a insisté sur l’échec du référendum et sur la nécessité de revoir une mission qui n’a pas réalisé son objectif initial depuis plus de trois décennies. Ces interventions ont été complétées par des considérations académiques relatives à la sécurité sur le terrain et à l’avenir de la surveillance onusienne.

Mais l’émission laisse également ouvertes plusieurs questions qui exigent un débat dépassant le temps d’un programme télévisé : quelle sera la nature de la phase suivant l’expiration du mandat ? Comment les Nations unies géreront-elles l’absence d’une nouvelle résolution ? Quel sera le sort des fonctions opérationnelles auparavant assurées par la mission ? Et quelles démarches diplomatiques le Maroc adoptera-t-il pour consolider l’évolution politique qu’il défend ?

Le débat doit aussi distinguer les positions officiellement exprimées des appréciations personnelles des invités. L’hypothèse de calculs russes dépassant le dossier du Sahara ne prouve pas l’existence d’un accord. L’évocation d’un vide sécuritaire potentiel ne signifie pas qu’il se produira nécessairement. Et le renforcement de la référence à l’autonomie ne signifie pas que le règlement définitif est déjà acquis du seul fait de l’échec du vote.

La valeur de la lecture marocaine ne réside pas dans l’évitement de ces questions, mais dans la capacité à les traiter avec confiance dans la position nationale, en s’appuyant sur les documents, les résolutions et les faits, sans laisser place à des interprétations susceptibles d’affaiblir l’argumentation marocaine au lieu de la renforcer.

Le vote a montré que Washington avait réussi à réunir onze voix en faveur de son projet, sans pouvoir le faire adopter en raison du veto russe. Il a également montré que Moscou avait pu bloquer le projet américain, mais n’avait pas réussi à réunir plus de trois voix en faveur de son propre texte. Entre ces deux résultats, le Conseil de sécurité n’a adopté aucune nouvelle résolution définissant l’avenir de la MINURSO.

Le Maroc, pour sa part, a considéré le non-renouvellement comme une évolution stratégique appelant une nouvelle étape dans la gestion du dossier du Sahara marocain. Le communiqué royal l’a exprimé sans ambiguïté. Mais le prochain enjeu ne consistera pas simplement à proclamer la fin d’une étape de trente-cinq ans. Il consistera à transformer l’évolution diplomatique en un processus politique et institutionnel stable, capable de protéger les intérêts nationaux, de renforcer l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine et de préserver la sécurité et la stabilité dans les provinces du Sud du Royaume.

Ce qui a pris fin le 31 octobre, c’est le mandat accordé à la MINURSO. L’avenir de la présence onusienne, les modalités de la surveillance sur le terrain et la nouvelle phase du processus politique seront déterminés par les développements et les décisions à venir, et non par le seul résultat du vote.

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