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Chérifat Afilal à la tête du secteur de l’énergie et des mines : la continuité des chantiers à l’épreuve de la souveraineté et des résultats

La passation des pouvoirs au ministère de la Transition énergétique et du Développement durable ne s’est pas ouverte sur une page blanche. En prenant ses fonctions auprès de Leïla Benali, le samedi 17 octobre 2026, Chérifat Afilal a hérité de dossiers qui dépassent la gestion administrative d’un département ministériel. Ils touchent à la sécurité des approvisionnements énergétiques, à la valorisation des ressources minières, à la transition vers des sources d’énergie moins polluantes et aux liens de plus en plus étroits entre l’eau, l’énergie et la sécurité alimentaire.

Cette nomination est intervenue au lendemain de la cérémonie présidée par le roi Mohammed VI, le vendredi 16 octobre, consacrée à la formation du nouveau gouvernement dirigé par Fatima Zahra Mansouri. Lors de la passation des pouvoirs, Chérifat Afilal a affirmé sa volonté de poursuivre les grandes réformes engagées et de consolider les acquis, tout en valorisant le capital humain et les compétences du ministère. De son côté, Leïla Benali l’a félicitée pour sa nomination, a remercié les cadres et les équipes du département pour leur travail et les a appelés à poursuivre leur mission dans un esprit de responsabilité et de mobilisation collective.

Les déclarations confirment que le changement de titulaire ne s’accompagne pas, à ce stade, de l’annonce d’une rupture avec la période précédente. Elles ne précisent toutefois ni les programmes que la nouvelle ministre entend conserver, ni ceux qu’elle pourrait réévaluer, ni si la continuité annoncée s’accompagnera d’une révision des priorités ou des méthodes d’exécution. La cérémonie de passation ne permet pas, à elle seule, de trancher ces questions. Les réponses viendront des décisions, des programmes, des budgets et des indicateurs qui seront retenus dans les prochains mois.

De la gestion de l’eau aux dossiers de l’énergie et des mines

Chérifat Afilal apporte à ses nouvelles fonctions une expérience gouvernementale antérieure dans le secteur de l’eau. Elle a occupé le poste de ministre déléguée chargée de l’Eau entre 2013 et 2017, puis celui de secrétaire d’État chargée de l’Eau entre 2017 et 2018. Ingénieure d’État diplômée de l’École Mohammadia d’ingénieurs, elle connaît ainsi un domaine dont les interactions avec l’énergie et le développement durable sont devenues particulièrement étroites.

Cette expérience constitue un point d’appui pour aborder des dossiers transversaux, sans pour autant garantir une transition technique automatique vers un portefeuille plus large. La gestion de l’eau est désormais directement liée à la production hydroélectrique, aux besoins des stations de dessalement et à l’approvisionnement des activités industrielles et agricoles. Leur coordination implique plusieurs secteurs et institutions, dont les responsabilités ne relèvent pas toutes d’un seul ministère.

La nouvelle ministre a précisément insisté sur l’interdépendance entre l’énergie, les mines, l’eau, la souveraineté alimentaire et le développement durable. Cette déclaration traduit une orientation affichée en faveur d’une gestion plus intégrée des politiques publiques. Sa portée concrète dépendra toutefois des mécanismes de coordination, de la répartition des responsabilités et de la capacité à traduire les objectifs sectoriels en résultats mesurables.

Lorsque les besoins électriques des stations de dessalement augmentent, par exemple, l’évaluation d’un projet ne peut se limiter aux volumes d’eau produits. Elle doit également prendre en compte le coût de l’énergie, son origine et la sécurité de l’approvisionnement. De même, le développement des industries minières pose des questions relatives à la consommation d’électricité et d’eau, aux effets environnementaux et aux retombées économiques locales. Ces interdépendances font de la coordination interministérielle une nécessité opérationnelle, bien au-delà d’une formule prononcée lors d’une cérémonie officielle.

Les chiffres révèlent l’écart entre l’expansion des renouvelables et l’indépendance énergétique

Les données officielles publiées par le ministère chargé de la Transition énergétique et du Développement durable placent la question énergétique parmi les principaux dossiers auxquels la nouvelle équipe devra faire face.

Indicateurs énergétiques du Maroc — 2025

87,9 % Taux de dépendance énergétique

46,1 % Part des énergies renouvelables dans la capacité électrique installée

107,5 Milliards de dirhams : facture énergétique

12 214 MW : capacité électrique installée

Source : indicateurs publiés sur le portail officiel du ministère. Ces chiffres doivent être interprétés selon leur année de référence et leur définition statistique.

Ces données imposent de distinguer deux indicateurs : la part des énergies renouvelables dans la capacité électrique installée et le degré de dépendance du pays à l’égard des approvisionnements extérieurs. Une proportion de 46,1 % de renouvelables dans la capacité installée ne signifie pas que le Maroc produit localement cette même proportion de l’ensemble de l’énergie qu’il consomme. Elle ne signifie pas davantage que les besoins en combustibles importés ont diminué dans les mêmes proportions.

Le taux de dépendance énergétique de 87,9 % enregistré en 2025 traduit la persistance d’une forte exposition de l’économie nationale aux fluctuations des marchés internationaux. La facture énergétique, évaluée à 107,5 milliards de dirhams la même année, rappelle également le poids des approvisionnements énergétiques dans les équilibres économiques du pays.

La capacité électrique installée a atteint 12 214 MW, dont 2 447 MW d’origine éolienne, 1 063 MW d’origine solaire et 2 120 MW d’origine hydraulique, y compris les installations de pompage-turbinage. Ces données montrent que les différentes composantes du système électrique n’évoluent pas au même rythme. L’augmentation de la capacité de production suppose aussi des infrastructures et des réseaux capables d’intégrer cette nouvelle offre.

Le rapport annuel 2024-2025 de la Cour des comptes apporte un éclairage supplémentaire. La juridiction indique que la capacité installée des énergies renouvelables est passée de 3 946 MW en 2020 à 5 439 MW en 2024. Leur part dans la capacité électrique installée atteignait 45,3 % à la fin de 2024. Pourtant, leur contribution à la production d’électricité n’a représenté que 26,7 % cette année-là.

Cet écart n’est pas une contradiction statistique. La capacité installée mesure le potentiel nominal des équipements, tandis que la production effective correspond à l’électricité réellement fournie sur une période donnée. Celle-ci dépend notamment de l’ensoleillement, des régimes de vent, de la disponibilité des ressources hydrauliques, du fonctionnement des installations et de la capacité du réseau à transporter l’électricité et à équilibrer l’offre et la demande.

La Cour des comptes a également relevé des retards dans le programme solaire par rapport aux objectifs fixés pour 2020. À la fin du mois de juin 2025, la capacité solaire installée s’élevait à 928 MW, contre 2 451 MW pour l’éolien et 2 120 MW pour l’hydraulique. Elle a notamment évoqué des modifications apportées aux projets prévus ainsi que des insuffisances de coordination entre l’Agence marocaine pour l’énergie durable et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable.

Ces observations prennent une importance particulière au moment où une nouvelle ministre annonce la poursuite des réformes. L’enjeu ne consiste pas uniquement à multiplier les installations renouvelables. Il s’agit aussi de résoudre les difficultés d’exécution qui déterminent la date de mise en service des projets, leur raccordement au réseau et leur contribution effective à la réduction de la dépendance énergétique.

La Cour des comptes a recommandé une amélioration de la gouvernance du secteur, un suivi renforcé du plan d’équipement électrique pour la période 2025-2030, l’accélération de la réforme du secteur de l’électricité, une clarification des rôles des différents intervenants et l’achèvement des textes réglementaires relatifs aux énergies renouvelables et à l’autoproduction d’électricité. Elle a également souligné la nécessité de définir un cadre plus clair pour le secteur du gaz naturel.

Ces recommandations ont été formulées avant la nomination de Chérifat Afilal. Elles ne constituent donc pas une évaluation de son action, qui vient de commencer. Elles fournissent néanmoins une série de critères concrets pour apprécier la continuité annoncée : respect des calendriers des projets, clarification des responsabilités, publication des textes réglementaires attendus et amélioration de la capacité du système à transformer les investissements en production effective.

Les mines : passer de l’extraction à la création de valeur

Le secteur minier occupe une place tout aussi importante, même si ses résultats ne se mesurent pas avec les mêmes indicateurs que ceux de l’énergie. Les enjeux concernent l’exploration des ressources, le développement de leur exploitation, l’attraction des investissements et la valorisation des matières premières, tout en tenant compte des conséquences environnementales et sociales des activités minières.

En intégrant les mines aux orientations présentées lors de la passation des pouvoirs, la nouvelle ministre souligne implicitement la nécessité de replacer ce secteur dans une stratégie économique plus large. La présence de ressources minérales ne détermine pas, à elle seule, les retombées économiques nationales. Celles-ci dépendent également de la nature des investissements, du degré de transformation locale des matières extraites et des liens établis entre les activités minières, l’industrie, les services et l’emploi.

Les informations disponibles sur la cérémonie ne comportent toutefois ni nouveau programme détaillé pour le secteur minier, ni objectifs chiffrés, ni échéances permettant de mesurer ce que la nouvelle phase pourrait apporter. Il serait donc prématuré d’attribuer à la ministre des orientations opérationnelles qui n’ont pas encore été annoncées.

Plusieurs questions restent ouvertes : la priorité sera-t-elle donnée à l’exploration, à l’augmentation de la valeur ajoutée locale, à l’amélioration des conditions d’investissement ou à la gouvernance du secteur ? Comment ces objectifs seront-ils conciliés avec les exigences de développement économique et de protection des ressources et de l’environnement ?

Les réponses relèvent de la politique publique et ne peuvent être déduites de la seule déclaration de poursuivre les grands chantiers.

La continuité doit pouvoir être évaluée à partir des résultats

En remerciant les cadres du ministère et en appelant à poursuivre le travail dans un esprit de responsabilité et de mobilisation collective, Leïla Benali a insisté sur la nécessité de préserver l’engagement des équipes. Chérifat Afilal a, de son côté, mis l’accent sur la valorisation du capital humain et la consolidation des acquis. Les deux prises de parole se rejoignent sur un point essentiel : la transmission des responsabilités suppose de préserver l’expérience accumulée par l’administration, tout en laissant à la nouvelle direction la possibilité d’évaluer les politiques existantes et de définir ses priorités.

La valorisation des compétences ne se mesure cependant pas aux déclarations. Elle dépend aussi de la clarté des missions, de la stabilité des équipes, de la coordination entre les services centraux et territoriaux, ainsi que de la capacité à suivre les projets et à identifier les responsabilités lorsque des retards ou des difficultés d’exécution sont établis.

Cette question prend une dimension supplémentaire dans un secteur où les responsabilités sont réparties entre le ministère, des établissements publics, des agences spécialisées et des investisseurs privés. La réussite d’une politique énergétique ne dépend pas d’une décision administrative isolée. Elle exige une coordination entre la planification, le financement, les autorisations, les infrastructures et la réglementation. Cette exigence devient plus forte à mesure que les sources renouvelables se diversifient et que le nombre d’acteurs de la production électrique augmente.

La cérémonie de passation ne permet pas, à elle seule, de conclure à l’existence de défaillances administratives ou de considérer que toutes les politiques précédentes ont atteint leurs objectifs. Une telle appréciation exige des rapports d’exécution, des données actualisées et une comparaison entre les objectifs annoncés et les résultats obtenus, en distinguant les responsabilités du ministère de celles des autres institutions.

L’expérience de Chérifat Afilal dans le domaine de l’eau peut faciliter la compréhension de certaines interactions entre les ressources naturelles et les politiques sectorielles. Elle ne dispense toutefois pas la nouvelle ministre de définir une approche opérationnelle claire pour les dossiers énergétiques et miniers. Les décisions à venir, leur réponse aux observations des organes de contrôle et leur capacité à réduire l’écart entre la capacité installée et la production réelle constitueront autant d’éléments permettant d’apprécier l’orientation de cette nouvelle phase.

À ce stade, les engagements annoncés portent sur la poursuite des réformes, la consolidation des acquis et le renforcement des liens entre l’énergie, les mines, l’eau, la souveraineté alimentaire et le développement durable. Les nouvelles priorités détaillées, les ressources budgétaires qui leur seront affectées, les calendriers d’exécution et les indicateurs de résultats n’ont pas encore été précisés dans les informations publiées sur la cérémonie.

Ce sont ces éléments qui permettront de passer d’un engagement politique à une politique publique dont les résultats pourront être suivis, comparés et évalués.

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