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Les coulisses de la formation du nouveau gouvernement : les portefeuilles se négocient, la question de la confiance demeure

Les noms circulent dans les coulisses, les équilibres partisans se dessinent et les négociations se poursuivent autour de la future équipe gouvernementale de Fatima Zahra Mansouri. Mais derrière les discussions sur les portefeuilles ministériels, une question attend déjà sa réponse : le prochain gouvernement parviendra-t-il à modifier quelque chose dans la relation entre les citoyens et les institutions politiques ?

Après la désignation de Fatima Zahra Mansouri, à la suite des élections législatives du 23 septembre 2026, le Parti authenticité et modernité (PAM), arrivé en tête avec 97 sièges, se retrouve au centre du processus de formation de la nouvelle majorité. La répartition des portefeuilles et la composition définitive de l’équipe restent toutefois à confirmer officiellement.

Selon des informations circulant dans l’entourage du parti du Tracteur, Abdelatif Ouahbi pourrait conserver le ministère de la Justice pour un deuxième mandat. Nizar Baraka serait également pressenti pour rester à la tête du ministère de l’Équipement et de l’Eau, tandis que le nom de Fouzi Lekjaa continue d’être évoqué pour le portefeuille de l’Économie et des Finances.

D’autres informations laissent entendre que Nadia Fettah pourrait ne pas figurer dans la prochaine équipe, alors que plusieurs femmes et jeunes issus du bureau politique du PAM seraient susceptibles d’accéder à des responsabilités gouvernementales.

À ce stade, il s’agit de scénarios relayés dans les milieux politiques, et non d’une composition officiellement arrêtée. Leur intérêt tient surtout aux questions qu’ils soulèvent sur les orientations de la future équipe.

Si Abdelatif Ouahbi devait être reconduit, son maintien ouvrirait notamment le débat sur la réforme de la justice, les garanties du procès équitable et les libertés publiques. Pour Nizar Baraka, les enjeux concernent les infrastructures, la gestion de l’eau et la sécurité hydrique. Quant à Fouzi Lekjaa, son éventuel maintien à l’Économie et aux Finances le placerait de nouveau au cœur des arbitrages budgétaires, des politiques d’investissement et du financement des engagements sociaux.

La reconduction d’un ministre peut traduire une volonté de continuité dans un secteur. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure que les politiques menées resteront inchangées. Il faudra examiner les objectifs assignés à chaque département, les moyens disponibles et les engagements inscrits dans le programme gouvernemental.

La place réservée aux femmes et aux jeunes constitue un autre point d’attention. Leur présence pourrait devenir l’un des marqueurs de la nouvelle équipe. Mais le nombre de nominations ne suffira pas à mesurer la portée de ce renouvellement. Les responsabilités confiées, les marges de décision et la capacité à conduire des politiques publiques permettront d’en apprécier la réalité.

Trois portefeuilles pour la Rose, trois pour le Livre ?

Les discussions évoquent également une éventuelle participation de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et du Parti du progrès et du socialisme (PPS), chacun susceptible d’obtenir trois portefeuilles ministériels. L’hypothèse d’une absence d’Idriss Lachgar de la future équipe est aussi évoquée, sans confirmation officielle.

L’Union constitutionnelle et le Mouvement démocratique et social, présidé par Abdessamad Archane, figureraient parmi les formations susceptibles d’apporter leur soutien à la majorité, avec, selon certaines informations, des responsabilités parlementaires à la clé, notamment la présidence de commissions.

Là encore, le partage des portefeuilles ne raconte qu’une partie de l’histoire. Trois ministères aux compétences limitées ne pèsent pas nécessairement autant que trois départements directement engagés dans les grandes politiques économiques et sociales. Le poids d’un parti dépend aussi de sa capacité à défendre ses priorités dans le programme gouvernemental et à participer aux arbitrages.

La nature du soutien parlementaire mérite également d’être précisée. S’agira-t-il d’un accord politique formalisé, assorti d’engagements programmatiques, ou d’un soutien essentiellement fondé sur les votes au Parlement ? La réponse aura des conséquences sur la stabilité de la majorité et sur les conditions dans lesquelles elle pourra défendre ses choix.

La présidence de la Chambre des représentants figure, elle aussi, parmi les enjeux des négociations. Son attribution au PAM est évoquée dans les scénarios qui circulent, mais doit être confirmée. L’institution parlementaire joue un rôle important dans l’examen du programme gouvernemental, l’adoption des lois et le contrôle de l’action de l’exécutif.

Concernant les départements régaliens et la présence éventuelle de personnalités partisanes à leur tête, les informations disponibles ne permettent pas d’établir une liste fiable ni de conclure à des arbitrages déjà rendus. La composition définitive du gouvernement et la répartition officielle des compétences permettront de dépasser les hypothèses.

L’ouverture de la session parlementaire et l’épreuve de la confiance

Le vendredi 9 octobre, l’attention politique se porte également sur l’ouverture de la session parlementaire d’automne sous la présidence du roi Mohammed VI. Ce rendez-vous intervient après les élections législatives et alors que les négociations pour la formation du gouvernement restent au centre de l’actualité politique.

Entre le discours du Trône du 30 juillet et l’ouverture de cette session, plusieurs dossiers ont occupé la scène nationale et internationale : les tensions liées à Sebta et à la question migratoire, les évolutions politiques en Espagne, le dossier du Sahara marocain et la recherche d’une solution politique à un conflit qui continue de peser sur les relations régionales.

Sur le plan intérieur, les résultats électoraux appellent également une lecture attentive. Le taux de participation annoncé pour les élections du 23 septembre s’est établi à 38,08 %, contre 50,86 % lors du scrutin législatif de 2021. Cet écart mérite d’être examiné, notamment au regard de la confiance accordée aux partis, de la perception de l’utilité du vote et de la capacité des institutions élues à répondre aux attentes de la population.

Les chiffres relatifs aux personnes qui ne se sont pas rendues aux urnes doivent cependant être maniés avec précision. L’abstention ne traduit pas nécessairement une position politique unique : elle peut correspondre à la défiance, au désintérêt, à des obstacles pratiques ou à d’autres motivations. Les résultats ne suffisent donc pas à établir les raisons individuelles de chaque absence.

Ils posent néanmoins une question politique incontournable : comment le prochain gouvernement entend-il renouer le dialogue avec les citoyens qui ne se sont pas reconnus dans l’offre électorale ?

Avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants, le PAM dispose de la première position parlementaire, mais pas d’une majorité absolue, qui nécessite 198 sièges. La constitution de la nouvelle équipe exige donc des accords avec d’autres formations. Les négociations portent à la fois sur les postes ministériels, la représentation des partis et les orientations du programme gouvernemental.

La difficulté ne consiste pas seulement à réunir suffisamment de sièges. Il faudra construire un programme commun entre des partis dont les priorités, les intérêts et les approches peuvent diverger. Il faudra également déterminer comment les responsabilités seront réparties et comment les engagements collectifs pourront être évalués.

Le pouvoir d’achat n’attend pas la fin des négociations

Pour une partie de la population, les discussions sur les portefeuilles ministériels restent éloignées des préoccupations quotidiennes. Le prix des carburants, les dépenses alimentaires, le logement et les charges des petites entreprises occupent une place beaucoup plus immédiate dans les arbitrages des ménages.

Le texte à l’origine de cette analyse mentionne un prix du gasoil de 16,20 dirhams le litre. Ce montant doit être vérifié en fonction de la date du relevé, du lieu et du point de vente avant d’être présenté comme un prix général. La pression sur le pouvoir d’achat et les débats autour des prix des carburants constituent néanmoins des enjeux majeurs pour la future équipe.

Le bilan du gouvernement sortant, dirigé par Aziz Akhannouch, sera nécessairement examiné à travers ces questions. Les critiques relatives au coût de la vie et à la portée des engagements sociaux ont marqué le débat public. En revanche, interpréter les pertes électorales comme une volonté de sanction collective ou de revanche politique supposerait d’attribuer des intentions qui ne peuvent être établies par les seuls résultats du scrutin.

La responsabilité politique consiste plutôt à confronter les promesses aux résultats : quelles mesures ont été appliquées, quels objectifs ont été atteints et quelles difficultés persistent ?

Le programme du prochain gouvernement devra répondre à ces interrogations par des engagements précis. Des objectifs mesurables, des échéances identifiables et une répartition claire des responsabilités permettraient de dépasser les annonces générales et de faciliter le contrôle de l’action publique.

L’ouverture politique fait aussi partie de l’équation

Certains dossiers ne se mesurent pas uniquement en dépenses budgétaires. Les droits humains, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et les conditions de participation politique influencent directement la relation entre les citoyens et les institutions.

Sur le terrain des droits humains, des associations et des acteurs politiques continuent de soulever des questions concernant les personnes détenues dans des affaires à caractère politique, les garanties du procès équitable et l’exercice des libertés publiques. Une démarche d’apaisement pourrait contribuer à traiter certaines tensions, dans le respect du droit et des compétences constitutionnelles.

La demande d’une amnistie générale en faveur des détenus politiques relève d’un débat politique et juridique qui nécessite de préciser les personnes concernées, les situations individuelles et le cadre légal applicable. Les différents dossiers ne peuvent être considérés comme identiques, ni une mesure de cette nature être présentée comme une simple formalité administrative.

La réforme de la justice demeure, elle aussi, un chantier institutionnel. Elle concerne l’indépendance du pouvoir judiciaire, la qualité des décisions, les délais de traitement des affaires, les droits de la défense et l’exécution des jugements. Son évaluation exige de regarder les dispositifs réellement appliqués, les moyens mobilisés et les résultats obtenus, au-delà des annonces ou de la responsabilité d’un seul ministre.

La presse traverse, de son côté, des difficultés qui touchent à la liberté d’exercice, aux procédures judiciaires visant des journalistes, à la fragilité économique de nombreuses entreprises et à la répartition des ressources publicitaires.

Affirmer que la presse a disparu traduit le sentiment d’une partie des professionnels face à la dégradation de leurs conditions de travail. La réalité reste toutefois plus diverse : des journalistes et des médias continuent d’exercer, tandis que des problèmes structurels fragilisent l’indépendance éditoriale et la viabilité économique du secteur.

La dépendance de certaines entreprises médiatiques à l’égard de contrats publicitaires ou de partenariats insuffisamment transparents peut peser sur leur autonomie. Une réforme crédible devrait donc porter sur les règles de financement, la transparence de la publicité, les garanties professionnelles, le pluralisme et l’application équitable de la loi.

Sans conditions favorables à l’enquête journalistique, à la critique et à la reddition des comptes, la capacité de la société à contrôler les politiques publiques s’affaiblit. Cette question dépasse les intérêts d’une profession : elle concerne l’accès des citoyens à l’information et la possibilité de débattre des décisions qui les engagent.

Que disent l’abstention et les mobilisations de la jeunesse ?

La baisse de la participation électorale mérite d’être rapprochée des autres formes d’expression politique, notamment des mobilisations de jeunes associées au mouvement « Gen Z ». Cette lecture doit cependant éviter de présenter les abstentionnistes et les manifestants comme un groupe homogène poursuivant un programme unique.

Leurs motivations peuvent être différentes. Certains expriment une défiance envers les partis, d’autres réclament des réponses à des difficultés sociales ou économiques, tandis que d’autres encore contestent les mécanismes de représentation politique. Pour comprendre ces attitudes, il faut écouter les personnes concernées, examiner leurs revendications et distinguer les déclarations publiques des interprétations qui leur sont attribuées.

Pour Fatima Zahra Mansouri, la formation du gouvernement constitue la première responsabilité. Mais la réussite de cette étape ne suffira pas à elle seule à mesurer la portée de son mandat.

La majorité devra défendre un programme identifiable. Les ministres devront disposer de responsabilités clairement définies et rendre compte de leurs résultats. Le Parlement devra exercer ses fonctions de contrôle, tandis que les partis seront confrontés à une question concrète : leur participation aux institutions permet-elle de produire des changements perceptibles dans la vie des citoyens ?

Les négociations sur les portefeuilles et les présidences de commissions sont inhérentes à la formation d’une coalition. Elles ne répondent toutefois pas, à elles seules, aux interrogations sur les libertés publiques, la réforme de la justice, l’indépendance des médias et la confiance envers les institutions élues.

Certains des noms qui circulent aujourd’hui seront peut-être confirmés ; d’autres disparaîtront de la liste finale. Une majorité parlementaire pourra être constituée et un gouvernement entrer en fonction. Mais sa stabilité politique ne constituera pas, à elle seule, une preuve de réussite.

L’évaluation commencera avec la présentation du programme, le choix des priorités et les premières décisions. Elle se poursuivra à travers les résultats économiques et sociaux, les réponses apportées aux demandes de réforme et la manière dont les institutions traiteront les désaccords.

Une dernière question accompagnera donc la naissance de cette nouvelle équipe : la négociation gouvernementale se limitera-t-elle à la répartition des responsabilités entre les partis, ou débouchera-t-elle également sur une démarche concrète d’ouverture politique, d’amélioration des libertés et de restauration de la confiance citoyenne ?

La réponse ne se trouvera pas uniquement dans la liste des ministres. Elle se mesurera à ce que le gouvernement fera, aux engagements qu’il tiendra et à la place qu’il accordera aux citoyens dans la vie publique.

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